Archives de Catégorie: Plume

Pour Edith

Ce poème a été écrit suite à un pari dans un bar. J’avais envie d’écrire un poème préparatoire à celui que je compte écrire sur l’Eau Noire (la rivière de Couvin) et j’ai été demander à la serveuse si je pouvais écrire un poème parlant d’elle. Les gens qui m’avaient invité à leur table (dont une amie) m’ont alors mis au défi de faire des rimes sur son prénom, Édith. Je me suis rajouté la contrainte d’imiter le style Gainsbarre époque « Variations sur Marilou ».

 

Petite

Edith,

Entourée d’acolytes

Aux regards lubriques,

J’adresse une supplique

Aux miroirs dont je profite.

Tandis que tu médites,

J’hésite :

Ta blondeur énergique

Tel un doute m’habite;

Ton corps incite

A l’illicite;

Je rêve de troglodytes,

De rites antiques

Fort peu liturgiques.

 

Edith

Tu es un hit !

Poster un commentaire

Classé dans Plume, Poésie

La Parmesane (Chapitre Premier)

10406748_784470294920784_2366754346528187610_n

Elle se prénommait Jihane, mais ses amis l’appelaient Giana.

Elle avait acquis ce surnom un soir de février, attablée au restaurant devant une assiette de spaghetti à la bolognaise. Intriguée par le ravier en inox apporté par le serveur, elle s’était tournée vers sa mère pour lui demander:
« C’est quoi, M’man ? »
La réponse d’Ines avait été truculente:
« C’est du parmesan. Un fromage qui a du caractère, comme toi. N’en mets pas trop, c’est fort ! »

Elle n’avait bien entendu tenu aucun compte de cette injonction, profitant des rares moments de distraction d’Ines pour saupoudrer à qui mieux-mieux ses pâtes de cette poudre de perlimpimpin blême, jusqu’à les rendre en fin de compte impropres à la consommation.
Elle n’avait alors que trois ans, mais une personnalité déjà bien trempée. Elle serait, à dater de ce jour, La Parmigiana .

Ce sobriquet avait l’inconvénient d’être cryptique. D’aucuns, parmi les moins physionomistes – son physique situait clairement ses origines sur l’autre rive de la méditerranée – la croyaient originaire d’Emilie-Romagne. D’autres – affligés de difficultés d’audition probablement – la prenaient pour une campagnarde. Certains, enfin, la soupçonnaient de vouer un culte à la charcuterie.

Il serait l’un des premiers à capter immédiatement le jeu de mot, mais n’anticipons pas …

Poster un commentaire

Classé dans Plume, Roman

Pas d’accord avec Sim !

A_-_KomprimiertGolden_Eagle

L’allée des azalées,
Orangées tel les blés,
Souvent j’ai visité,
Par l’arôme alléché.

Ce buisson foisonnant,
Aux branches pétalant
De pistils éclatants
Aux effluves enivrants,

M’inspire et me détend,
Rend mon pas sautillant
Et mes yeux pétillants
Dès l’orée du printemps.

Superbe éricacée,
Splendeur ensoleillée,
Tes trompes évasées
N’ont cesse de m’inspirer.

Poster un commentaire

Classé dans Non classé, Plume, Poésie

Marabout

Pour un mégot, si tu veux l’amende éviter,
Va dans une poubelle t’en débarrasser :
Cela est très bien accepté,
Tu te feras l’ami des pompiers !

On dorlote les canidés :
Leur déjections sont assistées,
Mais les urinoirs sont comptés
Et les canisettes prohibées !

Du panurgisme, j’en ai soupé !
Je veux voir la révolte gronder,
Mais vais-je vivre assez
Longtemps que pour y assister ?

Poster un commentaire

Classé dans Plume

Coccinelle

MINOLTA DIGITAL CAMERA

 

L’unique véritable souvenir que je garde de mon père tient plutôt du cauchemar.

Je dormais, allongé sur le siège arrière de la Coccinelle, lorsque l’accident survint. Il était tard, après tout, pour un petit garçon de quatre ans à peine. D’ordinaire, j’étais au lit depuis belle lurette à cette heure-là !

Toujours est-il que ce sont les cris de ma mère qui me réveillèrent en sursaut:  » Coupe le contact ! Vite, sinon on va cramer !  » Totalement paniqué, je ne reconnaissais plus cet environnement si familier et mis un certain temps à réaliser, dans l’hystérie ambiante, que nous nous trouvions sur le toit. Mon père était au volant ce soir-là, saoul comme souvent, quand une embardée nous laissa tête-bêche, après plusieurs tonneaux.

Il tenait probablement ce vice de ma grand-mère, qui s’enfilait allègrement ses huit Stella Artois par jour. Quand les choses ont commencé à se gâter avec ma mère, qui le trompait ouvertement, il s’est accroché à l’alcool comme à une bouée de sauvetage. Lorsqu’un de ses clients lui réglait ses honoraires d’avocat, il faisait la tournée des Grands Ducs, payait à boire à la ronde et rentrait aux petites heures, gris et fauché. Mais toujours avec un cadeau à mon intention, enfoui dans la poche de son manteau. Puis venaient les cris et hurlements, les bousculades, les écroulements de lampadaires, les échanges de coups…

Fort heureusement, mon père était aussi efflanqué que moi, soixante kilos à tout casser pour un mètre quatre-vingt. Ma mère n’était pas non plus du genre à s’en laisser compter: ces joutes étaient donc somme toute assez équilibrées. Ma mère rendait les coups. Mon père, qui n’était pas de nature violente, retenait sûrement les siens. Jamais ma mère n’arbora un cocard matinal, en tous cas.

Par miracle, nous sortîmes tous trois indemnes de ce carambolage spectaculaire – à cette époque, les ceintures de sécurité et autres airbags n’existaient pas encore! Notre vitesse modérée nous fut salutaire lors de cette exploration inattendue des champs avoisinants et, fort heureusement, aucun obstacle ne vint arrêter notre course folle. Nous en fûmes quittes pour quelques ecchymoses et la longue attente d’une dépanneuse dans le froid hivernal.

Le lendemain, dans la cour de récréation, je connus la gloriole des héros.

Poster un commentaire

Classé dans Plume

Saint-Valentin scabreuse

Roses are red,
Violets are blue.
Le ciel est bleu,
La mer aussi,
Fuck you !

J’en ai ras’l’bol
de ta sale tronche,
Qui s’étiole
Autant qu’mes bronches
Fuck you !

Ca m’prend deux heures, deux
Quand j’te quitte
Disait Burnel
A la va-vite
J’m’en fous !

Moi je le fais
Encore plus vite;
J’garde la voiture
J’te laisse, j’me cuite,
Fuck you !

(improvisation sur un thème imposé – ici « Le ciel est bleu, la mer aussi, fuck you ! » – et en un temps limité (10 minutes),  février 2016).

Poster un commentaire

Classé dans Plume, Poésie

Canicule

Nous vivons une canicule
Qui fait flétrir les renoncules,
S’évaporer les molécules
D’humidité d’leurs pédoncules.

Mais toi, je sais, c’est ridicule,
Tu fais frémir mon ventricule.
J’en pince pour ton matricule.
Je te tiens dans mon réticule,

Mais si tout l’temps tu gesticules,
Que tu avances, que tu recules,
En me parlant de tentacules,
Comment veux-tu que j’t’inocule ?

1 commentaire

Classé dans Plume, Poésie

La Chrysalide (1ère partie)

Mai 2013

Cela fait maintenant cinq ou six ans que je travaille exclusivement à La Marionnette, un café bruxellois proche des étangs d’Ixelles, réputé pour son look suranné, sa déco « originale » (on se croirait chez un brocanteur) et sa bonne zique. La clientèle y est principalement constituée d’un mélange hétéroclite d’étudiants d’art et de marginaux et intellectuels de tous âges.

Depuis deux ans, la fille du patron, L., est tout doucement en train de « reprendre la boutique » et le café marche de mieux en mieux. En plus des transformations effectuées, qui ont rajouté un étage plus cosy au rez-de-chaussée déjà spacieux, reconfiguré les toilettes (qui en avaient bien besoin), ajouté un fumoir, etc., des concerts et DJ sets ont été ajoutés aux activités récurrentes du lieu, ce qui change pas mal du club de Go du lundi ! Et je dois dire que la première fois que j’ai vu des jeunes filles danser sur les bancs – heureusement robustes – je n’en croyais pas mes yeux : jamais je n’aurais imaginé assister à un tel spectacle sous l’égide de
J-M!

Mais la corollaire de tout ceci, c’est que la clientèle a énormément rajeuni (et s’est aussi quelque peu embourgeoisée). Très content tout d’abord des transformations apportées, de l’audace de L. – qui, en plus de gérer les commandes, l’agenda des concerts, le nouveau site Facebook, fait aussi la cuisine le midi – je me sens de plus en plus déphasé derrière le bar face à une clientèle dont la moyenne d’âge fait trente ans de moins que moi. J’ai aussi commencé à travailler beaucoup plus souvent la journée, ce qui ne fait pas de mal à mes artères vieillissantes, mais l’adaptation à ces nouveaux horaires ne se passe pas sans mal.

Cela fait donc huit mois que je traîne la patte pour aller au boulot. Moi qui sortais faire la bringue deux à trois fois par semaine, j’ai mis trois fois les pieds dans un bar durant cette période : après le boulot, je vais faire mes courses, rentre chez moi, mange, puis me met au lit pour y regarder des séries télé, lire ou glander, en attendant que le sommeil me prenne enfin. Le matin, je me lève le plus tard possible, me douche, me change, prend un café et part travailler.

Mais aujourd’hui, je décide de ne pas rentrer tout de suite, préférant faire un tour du côté de la Porte de Namur. Et la chance est avec moi, car une de mes barmaids favorites est de service. Comme elle est surchargée de boulot, je lui file un petit coup de main, discute avec elle, me fait inviter par des clients jusqu’ici inconnus à partager leur spliff et m’éternise sur les lieux. Je rentre donc chez moi fort tard, dort très bien et, le matin venu, me sens nettement plus en forme que depuis des mois.

Dix jours plus tard, je n’ai toujours pas dessaoûlé. Il est tard, je suis sur mon lieu de travail, passablement émêché, quand les deux jeunes de service me demandent de l’aide pour gérer un client massif, qui a lui aussi abusé de la dive bouteille. Le reconnaissant, je leur dis que je m’en charge et me dirige vers lui. Nous devisons et il me confie que sa femme l’a plaqué, je l’apaise, il quitte le bar et, le problème ainsi résolu, je me réaccoude au comptoir. Mais peu après, l’un des barmen me signale que le même client est revenu s’attabler (je lui tourne le dos), et je me dirige vers sa table, un peu énervé de le voir installé en compagnie de sa nana ! La discussion reprend sur un ton plus vif que la dernière fois, je décide de le mettre dehors, mais le gaillard est plus que costaud, je suis plus qu’imbibé et il faut bientôt que les barmen me viennent en aide, vu que je suis à terre en train de me prendre une branlée.

L’intrus finalement éjecté et l’adrénaline ayant (un peu tard) dissipé les vapeurs méphitiques de mon cerveau embrumé, j’assiste à l’arrivée du fils du patron, T., venu relever un des deux jeunôts de service. Je le vois rire au récit des mésaventures de la soirée au moment où je décidais de lever le camp. Enervé par la douleur de mes côtes et de mon épaule droite, maintenant bien perceptible, je remercie les barmen une dernière fois pour leur intervention, mais ne peut m’empêcher d’adresser à T. un cinglant : « Par contre, toi, je ne te félicite pas ! »

Le lendemain au réveil, je réalise deux choses :
1) Je me sens totalement incapable d’aller travailler dans mon état : mon bras droit et mon torse sont bleus et douloureux, mes mains écorchées par les coups rendus.
2) Et de toute manière, je n’ai probablement plus de boulot : J-M est un papa gâteau, j’ai insulté son fils devant une centaine de clients. Entre famille et employé, son choix sera vite fait, malgré toute l’estime réciproque que nous nous portons.

Je décide donc de passer à La Marionnette dès son ouverture pour raconter à L. les événements de la veille, lui annoncer mon indisponibilité pour les jours à venir et vérifier que cela vaut encore la peine que je m’en soucie.

4 Commentaires

Classé dans Plume

Le papillon (2è partie)

Avril

Je ne pense pas qu’elle ait pris la mouche : elle continue à venir, en général l’après-midi ou en début de soirée, toujours accompagnée de son amie et colocataire. Fascinante, elle aussi, d’ailleurs. Plus forte, clairement, plus à même de se défendre, plus avancée dans le lent processus de guérison des blessures d’un passé, que je devine récent. Elle s’est teint les cheveux en violet dernièrement : Dieu sait qu’il en faut du courage pour oser faire cela, même dans un café où patron comme personnel font de leur mieux pour protéger les jeunes filles fragiles d’inévitables prédateurs.

Mais je n’ai d’yeux que pour Elle, évidemment. Et, ayant sciemment décidé d’éviter de La mettre à nouveau mal à l’aise par mes regards insistants, je profite du prétexte ainsi octroyé pour regarder, plus souvent que d’habitude, dans leur direction. Pendant ce temps, les autres clients et clientes, mes collègues, mon patron même – pourtant si clairvoyant d’ordinaire en ce domaine – semblent ne rien remarquer. Mais je pense qu’il est distrait par son attirance pour la colocataire. Il m’a d’ailleurs confié que c’est sur sa suggestion qu’elle s’est teint les cheveux. Histoire de noyer ses cauchemars dans une mer d’améthyste, peut-être? En tous cas, cela lui va comme un gant! Et tant que ça m’aide à camoufler mes sentiments pour Elle, je ne vais pas m’en plaindre, après tout…

Poster un commentaire

Classé dans Plume

Le papillon

Mars

Elle est menue, si menue … comme un oisillon tombé du nid. Et si fragile que j’ai peur qu’elle se brise en mille morceaux si un client venait à élever la voix. Et pourtant, ma seule envie est de la prendre comme un sauvage sur le comptoir. Et le long regard bestial que je viens de lui adresser ne lui a sûrement pas échappé.

Après plusieurs secondes de ce viol ophtalmique, elle détourne d’ailleurs brusquement le regard, gênée – voire effrayée ? – par son intensité. Se pourrait-il qu’elle soit trop innocente pour l’avoir déchiffré ? Moi qui me suis toujours flatté de ne jamais déshabiller des yeux les filles que je convoitais, je me sens tout-à-coup honteux, comme souillé. Je sens mon visage s’empourprer dans un mélange de honte et de rage intériorisée. L’ai-je effarouchée ? Va-t-elle encore oser franchir les portes de La Marionnette ? N’ai-je fait qu’accentuer encore son malaise ? Ne serais-je pour elle qu’un bourreau de plus, à ajouter à la longue liste de mes prédécesseurs ? Qu’elles sont longues, les minutes qui suivent cet échange muet …

(à suivre)

Poster un commentaire

Classé dans Plume