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Léviathan

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Il existe peu de choses qui ne puissent être représentées fictivement.
(« Léviathan », Thomas Hobbes, 1651)

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Texte intégral de l’oeuvre disponible ici.

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Misogynie et sorcellerie

Vers le milieu du XVe siècle, l’Occident s’embrase. Un incendie monstrueux, en forme d’épidémie. On brûle des femmes et des hommes, mais surtout des femmes. Les sorcières sont les fiancées du Diable. La rumeur le dit, les juges civils et religieux le prouvent. Elles vont au sabbat, jettent des sorts, sèment la maladie et la mort. Pendant deux siècles, des milliers de sorcières sont traquées, dénoncées, mises à la question, avant d’être livrées aux flammes. Il faudra attendre l’extrême fin du XVIIe siècle pour que des voix se fassent entendre qui crient raison et que peu à peu s’éteignent les derniers bûchers. (quatrième de couverture de Les sorcières, fiancées de Satan, de Jean-Michel Sallmann).

Qui étaient les sorcières, ou prétendues telles ? Lançaient-elles vraiment des sorts ? Habitaient-elles les villes, les campagnes ? Étaient-elles toutes des femmes âgées ? Pourquoi, surtout, après les avoir tolérées de longues années, se décidait-on tout d’un coup à les exterminer ? Ces questions ont toujours embarrassé les historiens, qui laissaient volontiers le sujet aux romanciers.

Depuis une vingtaine d’années, de considérables découvertes sur la vie et la mort des sorcières, comme sur leur répartition en Europe – plus de la moitié furent brûlées en moins de soixante ans dans une région très limitée (en gros le sud et l’est du Saint Empire, de la Lorraine à la Westphalie) – ont permis de mieux situer le problème. La liquidation massive des sorcières autour de 1600 dans le centre-ouest de l’Europe a moins été le dernier meurtre du Moyen Age que le premier des Temps modernes. Vue dans la perspective large de l’auteur, elle est liée à l’émergence de la modernité religieuse et sociale du continent, phénomène d’exclusion parmi d’autres dans une vaste histoire de la persécution qui n’a pas fini de produire de prétendues purifications ethniques ou politiques (préface de La sorcière et l’Occident, de Guy Bechtel).

Naissance et Mort

La fécondité de la femme effraie, car la germination, la fermentation de la vie, est toujours associée à la mort. Le sang de la femme serait à l’origine de toutes les malédictions et prédisposerait donc toutes les filles d’Eve à devenir des suppôts de Satan. Statistiquement d’ailleurs la chasse aux sorciers fut en fait une chasse aux sorcières.

La sorcière n’a ni père, ni mère, ni fils, ni époux, ni famille. C’est un monstre, un aérolithe venu on ne sait d’où. Qui oserait, grand Dieu ! en approcher ? Où est-elle ? Aux lieux impossibles, dans la forêt des ronces, sur la lande où l’épine, le chardon emmêlés, ne permettent pas le passage. La nuit, sous quelque vieux dolmen. Si on l’y trouve, elle est encore isolée par l’horreur commune ; elle a autour comme un cercle de feu. Qui le croira pourtant ? C’est une femme encore. Même cette vie terrible presse et tend son ressort de femme, l’électricité féminine… (Jules Michelet (1798-1874), La sorcière.)

Simone de Beauvoir souligne la récurrence du thème de la mort dans les représentations mythiques de la femme :

Ce sont des femmes- Les Parques- qui tissent la destinée humaine mais ce sont aussi elles qui en tranchent les fils; la mort est femme et, dans quasiment toutes les civilisations, c’est aux femmes qu’il revient de pleurer les morts parce que la mort est leur oeuvre. Ainsi la femme-mère a un visage de ténèbres : elle est le chaos d’où tout est issu et où tout doit un jour retourner. (Simone de Beauvoir, Le Deuxième sexe).

L’ Embryon glaireux ouvre le cycle qui s’achève dans la pourriture de la mort[…] La terre-mère engloutit dans son sein les ossements de ses enfants. (Simone de Beauvoir, Le Deuxième sexe).

Représentation ambivalente de la virginité

Partout où la vie est germination, fermentation, elle soulève le dégoût. (Simone de Beauvoir, Le Deuxième sexe).

Dans les mentalités patriarcales, la destination de la femme étant d’être dominée et possédée par un homme, la pérennité de la virginité n’est acceptée que si elle est consacrée à un dieu.

Les vierges que l’homme n’a pas maîtrisées, les vielles femmes qui ont échappé à son pouvoir sont, plus facilement que les autres, regardées comme des sorcières… La malédiction est dans leur chair. (Simone de Beauvoir, Le Deuxième sexe).

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