Archives mensuelles : septembre 2017

Le lacet de chaussure

ce ne sont pas les choses importantes

qui envoient un homme en

maison de fous, la mort il y est préparé, comme

le meurtre, l’inceste, le viol, l’incendie, l’inondation…

non, ce sont les successions de petites tragédies

qui envoient un homme en

maison de fous…

pas la mort de son amour

mais un lacet qui casse

quand on n’a pas le temps…

(Charles Bukowski).

 

 

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Classé dans Ecrivain, Extraits

La fille cygne

Un jeune paysan de la paroisse de Möllby, qui se divertissait souvent en chassant, vit un jour trois cygnes voler vers lui et se poser sur la rive d’un bras de mer à proximité. S’en approchant, il fut surpris de voir les trois cygnes se dévêtir de leur tenue de plumes, qu’ils jetèrent dans l’herbe, et trois jeunes filles d’une beauté éblouissante en émerger et plonger dans l’eau. Après s’être ébattues dans les flots pendant quelques instants, elles revinrent à terre, où elles revêtirent leurs tenues et aspects antérieurs et s’envolèrent dans la direction d’où elles étaient venues.

Ce court laps de temps lui suffit pour s’éprendre éperdument de l’une d’entre elles, la plus jeune et la plus belle, au point qu’il ne pouvait plus détacher ses pensées de son image. Sa mère, remarquant que quelque chose clochait chez son fils et que la chasse, auparavant son plaisir favori, avait pour lui perdu toute attraction, finit par s’enquérir de la cause de sa mélancolie ; sur quoi il lui relata ce qu’il avait observé et lui déclara qu’il ne pourrait plus y avoir pour lui de bonheur en sa vie s’il ne pouvait posséder la belle cygne.

« Rien n’est plus facile », lui dit la mère. « Mardi prochain, rends-toi au crépuscule à l’endroit où tu l’as aperçue la dernière fois. Lorsque viendront les trois cygnes, observe bien où ton élue pose sa tenue de plumes, prends-la et éloigne-toi vite. »

Le jeune homme écouta les instructions de sa mère et, se rendant le mardi suivant à une cache proche du bras de mer, il attendit impatiemment l’arrivée des cygnes. Le soleil était en train de se coucher derrière les arbres quand les oreilles du jeune homme furent frappées par un sifflement dans l’air et les trois cygnes se posèrent, comme lors de leur précédente visite.

Dès qu’elles se furent débarrassées de leur tenue de cygne, elles furent à nouveau transformées en très belles jeunes filles et, sautant sur le sable blanc, folâtraient bientôt dans les flots. Depuis sa cachette, le jeune chasseur avait pris soin de noter où son enchanteresse avait posé ses plumes de cygne. S’avançant prudemment, il s’en empara et revint se cacher dans le feuillage.

Peu après, il entendit deux des cygnes s’envoler, mais la troisième, à la recherche de sa parure, découvrit le jeune homme devant qui, le croyant responsable de sa disparition, elle tomba à genoux et le supplia de lui rendre sa tenue de cygne. Le chasseur n’était cependant pas prêt à lui céder sa belle prise et, lui posant son manteau sur les épaules, la ramena chez lui.

Les préparatifs battirent bientôt bon train pour un magnifique mariage, qui eut lieu dans les règles et le jeune couple se construisit un nid d’amour.

Un mardi soir, sept ans plus tard, le chasseur lui raconta comment il l’avait conquise. Il alla chercher et lui montra ses plumes de cygne blanches d’autrefois. A peine les eut-il placées entre ses mains qu’elle se transforma à nouveau en cygne et s’envola immédiatement par la fenêtre. Le souffle coupé par la surprise, l’homme regarda avidement sa femme, qui disparaissait rapidement à l’horizon et, moins d’un an et un jour plus tard, il fut couché, ainsi que ses espérances et son chagrin, dans la place qui lui avait été réservée au cimetière du village.

 

(Adaptation personnelle d’une légende du jeu de rôle med-fan Hârn, elle-même clairement inspirée du mythe d’Orphée et Eurydice.)

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Classé dans Conte de fées

Léviathan

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Il existe peu de choses qui ne puissent être représentées fictivement.
(« Léviathan », Thomas Hobbes, 1651)

Vous avez deux heures !

Texte intégral de l’oeuvre disponible ici.

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How to build a girl (Caitlin Moran)

J’ai entendu parler de ce livre et de son auteure par le biais d’une interview publiée sur le site du Guardian. Je vous en livre ici quelques extraits expliquant pourquoi je compte me l’offrir bientôt!

Adolescente, Caitlin Moran s’attendait, un jour ou l’autre, à ce que ses parents hippies aient avec elle la Grande Conversation. Malheureusement pour elle, lorsque celle-ci se produisit enfin, en lieu et place d’abeilles et de fleurs, elle se contenta de mentionner l’itinéraire à suivre pour aller se réfugier dans la campagne galloise, lorsque les avertissements annonçant la première Bombe arriveraient enfin. Pendant les deux années suivantes, elle continua à espérer que l’autre Grande Conversation (celle traitant du sexe) allait finir par arriver, tentant même de la provoquer, mais le silence radio persista.

 

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Heureusement, les sujets que vos parents ont du mal à aborder avec vous n’effrayent pas la TV, le cinéma, la littérature, les magazines ou la musique pop. Mes hormones prenant le pouvoir, je délaissai toutes les autres activités pour me consacrer exclusivement à la recherche sur les informations cochonnes que le monde mettait à ma disposition. Merci, monde !

J’avais déjà compris les bases grâce aux romans de Jilly Cooper, mais les informations ainsi acquises nécessitaient la présence d’hommes. En attendant, j’avais besoin de devoirs sexuels, quelque chose que je puisse pratiquer pendant mon temps libre – dépourvu d’hommes – pour être prête à l’action une fois qu’un de ceux-ci se présenterait.

C’est à cette époque que je vis une scène dans un épisode de Twin Peaks, où le personnage de Sherilyn Fenn, pour prouver son potentiel à son futur employeur – tenancier d’un bordel huppé – prend une cerise dans son verre de cocktail, la place dans sa bouche rouge et sexy et, dix secondes plus tard, en ressort la queue, maintenant décorée d’un noeud parfait. Cette scène me fit forte impression : m’imaginant qu’apprendre à faire un noeud dans une queue de cerise était une compétence vitale pour toute adolescente, je passai des heures à m’entraîner seule dans ma chambre avec un morceau de ficelle – les cerises étant un luxe rare dans ma famille. En une semaine, j’avais maîtrisé la technique. Je tiens à préciser qu’elle finit par payer… vingt ans plus tard.

Mais à dix-sept ans, mon intérêt pour les choses du sexe restait toujours aussi intense. Vous connaissez ces mémoires de garçons captivés par le football à onze ans et qui, à dix-sept, sillonnent le pays pour assister à toutes les rencontres de York City ? J’étais comme ça – mais avec la baise.
A dix-sept ans, j’avais décidé d’être un super bon coup. je voulais que les gens me montrent du doigt aux surprises-parties littéraires en chuchotant : « Tu vois cette fille ? C’est un coup légendaire ! »

C’est à ce moment-là que vous vous attendez à ce que je dise « mais cela s’avéra très difficile – sinon impossible. »

Mais les récits traditionnels sont rédigés par des garçons – qui ont du mal à trouver des partenaires. Une fille, elle, peut en trouver quand elle veut. Vraiment. Grosse, mal fagotée, timide, maladroite, il n’y a jamais quelque chose qui cloche chez une femme qui l’empêchera de baiser quand ça lui chante, tout simplement en prononçant l’incantation infaillible : « Ca te dirait d’aller tirer un coup ? »

Et c’est une des choses que j’aime chez les hommes : ils ne sont pas compliqués. Ils pensent : « Le sexe, c’est chouette », donc ils essayent de le pratiquer aussi souvent que possible. Et pourquoi pas ? Bien sûr, le sexe est une activité potentiellement risquée pour une femme, mais je fréquentais un cercle social plutôt fermé, je me tapais des collègues ou des amis d’amis et, pour moi en tous cas, c’était moins dangereux que de rouler à vélo en ville. J’avais encore du mal à faire la différence entre gauche et droite, ne comprenais rien au code de la route et était souvent distraite quand un pigeon voletait autour de moi. J’étais bien plus en sécurité sur un homme que sur mon vélo.

Remarque : Ce livre n’a pas encore été traduit en français, mais le premier ouvrage de Caitlin, Comment peut-on (encore) être une femme ? est, lui, disponible chez Flammarion.

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Classé dans Dans ma PAL

Cows that type

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Pour les anglophones parmi vous, je conseille la lecture de cette critique, à l’humour typiquement britannique, du livre pour enfants Click, Clack, Moo : Cows that type.

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Misogynie et sorcellerie

Vers le milieu du XVe siècle, l’Occident s’embrase. Un incendie monstrueux, en forme d’épidémie. On brûle des femmes et des hommes, mais surtout des femmes. Les sorcières sont les fiancées du Diable. La rumeur le dit, les juges civils et religieux le prouvent. Elles vont au sabbat, jettent des sorts, sèment la maladie et la mort. Pendant deux siècles, des milliers de sorcières sont traquées, dénoncées, mises à la question, avant d’être livrées aux flammes. Il faudra attendre l’extrême fin du XVIIe siècle pour que des voix se fassent entendre qui crient raison et que peu à peu s’éteignent les derniers bûchers. (quatrième de couverture de Les sorcières, fiancées de Satan, de Jean-Michel Sallmann).

Qui étaient les sorcières, ou prétendues telles ? Lançaient-elles vraiment des sorts ? Habitaient-elles les villes, les campagnes ? Étaient-elles toutes des femmes âgées ? Pourquoi, surtout, après les avoir tolérées de longues années, se décidait-on tout d’un coup à les exterminer ? Ces questions ont toujours embarrassé les historiens, qui laissaient volontiers le sujet aux romanciers.

Depuis une vingtaine d’années, de considérables découvertes sur la vie et la mort des sorcières, comme sur leur répartition en Europe – plus de la moitié furent brûlées en moins de soixante ans dans une région très limitée (en gros le sud et l’est du Saint Empire, de la Lorraine à la Westphalie) – ont permis de mieux situer le problème. La liquidation massive des sorcières autour de 1600 dans le centre-ouest de l’Europe a moins été le dernier meurtre du Moyen Age que le premier des Temps modernes. Vue dans la perspective large de l’auteur, elle est liée à l’émergence de la modernité religieuse et sociale du continent, phénomène d’exclusion parmi d’autres dans une vaste histoire de la persécution qui n’a pas fini de produire de prétendues purifications ethniques ou politiques (préface de La sorcière et l’Occident, de Guy Bechtel).

Naissance et Mort

La fécondité de la femme effraie, car la germination, la fermentation de la vie, est toujours associée à la mort. Le sang de la femme serait à l’origine de toutes les malédictions et prédisposerait donc toutes les filles d’Eve à devenir des suppôts de Satan. Statistiquement d’ailleurs la chasse aux sorciers fut en fait une chasse aux sorcières.

La sorcière n’a ni père, ni mère, ni fils, ni époux, ni famille. C’est un monstre, un aérolithe venu on ne sait d’où. Qui oserait, grand Dieu ! en approcher ? Où est-elle ? Aux lieux impossibles, dans la forêt des ronces, sur la lande où l’épine, le chardon emmêlés, ne permettent pas le passage. La nuit, sous quelque vieux dolmen. Si on l’y trouve, elle est encore isolée par l’horreur commune ; elle a autour comme un cercle de feu. Qui le croira pourtant ? C’est une femme encore. Même cette vie terrible presse et tend son ressort de femme, l’électricité féminine… (Jules Michelet (1798-1874), La sorcière.)

Simone de Beauvoir souligne la récurrence du thème de la mort dans les représentations mythiques de la femme :

Ce sont des femmes- Les Parques- qui tissent la destinée humaine mais ce sont aussi elles qui en tranchent les fils; la mort est femme et, dans quasiment toutes les civilisations, c’est aux femmes qu’il revient de pleurer les morts parce que la mort est leur oeuvre. Ainsi la femme-mère a un visage de ténèbres : elle est le chaos d’où tout est issu et où tout doit un jour retourner. (Simone de Beauvoir, Le Deuxième sexe).

L’ Embryon glaireux ouvre le cycle qui s’achève dans la pourriture de la mort[…] La terre-mère engloutit dans son sein les ossements de ses enfants. (Simone de Beauvoir, Le Deuxième sexe).

Représentation ambivalente de la virginité

Partout où la vie est germination, fermentation, elle soulève le dégoût. (Simone de Beauvoir, Le Deuxième sexe).

Dans les mentalités patriarcales, la destination de la femme étant d’être dominée et possédée par un homme, la pérennité de la virginité n’est acceptée que si elle est consacrée à un dieu.

Les vierges que l’homme n’a pas maîtrisées, les vielles femmes qui ont échappé à son pouvoir sont, plus facilement que les autres, regardées comme des sorcières… La malédiction est dans leur chair. (Simone de Beauvoir, Le Deuxième sexe).

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Classé dans Cogito

N’oublie pas ton poireau !

Une heure avant le début de leur concert, les musiciens du Vienna Vegetable Orchestra (Orchestre Légumier de Vienne) se dirigent vers le marché le plus proche, à la recherche des meilleurs proies disponibles à l’étal.

Pendant que le public se met en route vers la salle, ils sont en train de mettre frénétiquement la dernière touche à leurs instruments. Des lambeaux de carotte s’envolent, la panique menace lorsqu’une citrouille se voit écrasée, mais tout va bien se terminer : ils ont prévu un backup.

Mais ce n’est pas le moment de lambiner : les spots s’allument et le concert doit commencer…

 

 

Source :  Cultura Inquieta.

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Classé dans Musique

Tabous linguistiques

La plupart du temps les mots savent se tenir.
Ils se contentent d’être un mélange de sons dans notre bouche ou de lettres sur une page.
Si je vous dis que le mot skloop est un gros mot dans une langue étrangère, capable de faire se vider une pièce ou démissionner un ministre, cela vous fera probablement rire. Et pourtant, si vous pensez aux pires jurons de notre langage, vous comprendrez vite qu’il y a quelque chose de spécial en jeu dans ce cas : notre réaction à leur égard est immédiate et viscérale.

Ce qui explique pourquoi les parents ne seront probablement pas très contents d’apprendre qu’une étude récente montre que les enfants sont doués pour absorber les jurons. Entre 1 et 2 ans, les garçons en ont déjà retenu 6 et les filles 8; entre 5 et 6 ans, on passe à 34 pour les garçons et 21 pour les filles.
Les parents ont tendance à vouloir protéger leur progéniture des gros mots, mais cette étude montre la futilité de cette réaction instinctive, au moins pour les empêcher d’en apprendre.
Par contre, elle peut servir à leur faire comprendre l’importance du contexte, le fait que la société demande des comportements adaptés aux circonstances.

Mais il reste plusieurs questions sans réponses : tout d’abord, pourquoi certains mots sont-ils considérés comme dangereux ?
Et pourquoi, quand ils le sont, semblent-ils dotés d’une telle puissance ?
Les études sur les jurons, qui semblent imprégner toutes les cultures, les ont divisés en déistiques et viscéraux. Hostie, par exemple, est un juron en espagnol comme en québecois.

D’une certaine manière, ces mots sont sortis du contexte linguistique pour passer dans l’émotionnel. Les personnes qui ont subi des dommages dans certaines régions de l’hémisphère gauche du cerveau – siège du langage chez la plupart des droitiers – peuvent ainsi se retrouver incapables de formuler une phrase, tout en conservant la capacité de jurer.
Lorsque certaines parties évoluées du cortex ont été détruites, les zones qui se sont développées plus tôt – le système limbique et les ganglions élémentaires – peuvent être encore intactes. C’est là que semblent vivre les jurons, dans la partie animale du cerveau qui a donné naissance aux hurlements de douleur et aux grognements de frustration ou de plaisir.

Bien sûr, la culture humaine a beaucoup évolué avec le temps, empruntant parfois d’étranges itinéraires.
La plupart des choses que nous considérons comme dangereuses n’évoluent pas avec le temps ou le lieu, mais certains tabous inhabituels, difficiles à reconnaître, existent néanmoins.
Font-ils vibrer votre système limbique ?

• L’ours
Le sujet pourrait prêter à rire, maintenant que l’être humain domine la planète, mais durant la majeure partie de notre évolution, nous étions la proie de plusieurs animaux sauvages.
En conséquence, les mots désignant ces prédateurs sont parfois devenus tabous. De nombreux langages d’Europe de l’Est évitent ainsi une référence directe, considérée comme trop déplaisante, pour parler de l’ours.
En russe, par exemple, medvedev veut dire « mangeur de miel », alors que le mot ours lui-même désigne la couleur brune.

• Les morts
De nombreuses cultures interdisent de prononcer le nom d’une personne décédée – voire même des mots de consonance similaire.
D’après James Frazer (The Golden Bough), ce serait principalement pour éviter d’invoquer son fantôme.
Le linguiste Robert Trask note qu’en 1975, après la mort d’un certain Djäyila, membre d’une tribu australasienne, le verbe djäl (vouloir), d’usage fréquent, dut être abandonné et remplacé par un mot emprunté à une communauté avoisinante.

• Le cocu
Dans les sociétés patriarcales, l’homme dont la femme commet l’adultère a toujours été assujetti au ridicule.
Les insultes destinées à évoquer cette situation sont encore fréquentes de nos jours.
Le mot lui-même est dérivé de l’ancien français et désigne l’oiseau qui va pondre ses œufs dans le nid d’un autre.

• Le nom de Dieu
Dans plusieurs religions, il est interdit non seulement d’invoquer le nom d’une divinité sous un prétexte futile, mais carrément de le prononcer.
On a donc recours dans ce cas à un nom indirect. On ne sait toujours pas, à l’heure actuelle, comment se prononçait le nom du dieu des Hébreux, car il était soumis à un tabou et seules ses consonnes, « YHWH », pouvaient être retranscrites.
En lisant la Torah, les juifs le remplacent par le mot Adonai (qui signifie « maître » ).

• La belle-mère
En Dyirbal, un langage du nord du Queensland, il est considéré comme très grossier d’utiliser certains mots du langage usuel devant certaines personnes du sexe opposé, notamment les belle-mères.
Une kyrielle de formes alternatives sont donc utilisées pour désigner l’animal ou objet concerné de façon indirecte.

• Recourir aux clicks
Les langages Bantous d’Afrique du Sud utilisent des consonnes uniques ressemblant à des clicks, empruntées aux langages Khoisan voisins.

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Classé dans Métiers de la plume

Boissons fantastiques

Au cas où vous ne le sauriez pas, je vous l’apprends : il existe des bières fictives tirées de la littérature, dont l’existence se résume malheureusement à quelques logos et T-shirts. Parmi celles-ci, la Mordor Dark Ale peut se targuer d’un slogan qui en jette : One beer to rule them all (une bière pour les gouverner tous). Brassée à Barad-Dûr, cette bière puissante peut provoquer, dit-on, une certaine accoutumance.

Dans le même registre, la Wizzards Old Peculiar, brassée par les sorciers d’Ankh-Morpork depuis 1983, peut avoir des effets imprévisibles. Je vous conseille de dédier la première à Terry Pratchett, il paraît que cela protège des ensorcellements.

Moins alcoolisées, la Golden Hall Pilsner, brassée à Rohan, et la As You Wish Ale devraient vous permettre de tenir toute la nuit. Et si vous en avez marre de la bière, pourquoi ne pas essayer le Cidre de Rivendell ? Délicieux, suprêmement rafraichissant, il serait aussi capable de vous faire grandir, de rendre vos oreilles plus pointues et votre peau plus délicate. Et le lendemain matin, pour se remettre, rien de tel qu’un petit Stormborn Coffee, garanti corsé par la mère des dragons en personne !

Grosse déception personnelle, quand même : la Herzwesten Dark (tirée du « Drawing of the dark » de Tim Powers) semble avoir été honteusement oubliée ! Ce breuvage a quand même sauvé la civilisation occidentale de l’envahisseur ottoman : ça mériterait quand même au moins un mug, non ?

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Saskia

« J’envie la musique qu’entendent les amoureux.

Je les vois marcher, main dans la main, côte à côte dans la file au cinéma ou dans le métro, tête contre tête, assis sur un banc dans le parc, et je meurs d’envie d’entendre la chanson qui se joue entre eux : les accords excitants de la première floraison d’une romance, les airs majestueux qui se murmurent entre un couple depuis longtemps en amour. Cela se voit à la façon dont ils se regardent, les coups d’oeil échangés, l’effleurement d’une main sur un coude, le sourire qui ne peut être aussi doux que pour l’être aimé. Si vous écoutez bien, vous pouvez presque l’entendre. Presque, mais pas tout-à-fait, parce que la musique leur appartient et que tout ce que vous pouvez en capter n’est qu’un vague écho, qui émerge par-dessus le murmure et le brouhaha aigre-doux de vos propres souvenirs, ombres en lambeaux, vibrantes d’excitation, remis en tête par quelque incident oublié, remémorés seulement tard la nuit, au petit matin. Ou à travers le bonheur des autres. »

 

Texte original :

« I envy the music lovers hear.

I see them walking hand in hand, standing close to each other in a queue at the theater or subway station, heads touching while they sit on a park bench, and I ache to hear the song that plays between them : The stirring chords of romance’s first bloom, the stately airs that whisper between a couple long in love. You can see it in the way they look at each other, the shared glances, the touch of a hand on an elbow, the smile that can only be so sweet for the one you love. You can almost hear it, if you listen close. Almost, but not quite, because the music belongs to them and all you can have of it is a vague echo that rises up from the bittesweet murmur and shuffle of your own memories, ragged shadows stirring restlessly, called to mind by some forgotten incident, remembered only in the late night, the early morning. Or in the happiness of others. »

— Charles De Lint, in « Saskia » (traduction maison).

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