Archives de Catégorie: Métiers de la plume

Tabous linguistiques

La plupart du temps les mots savent se tenir.
Ils se contentent d’être un mélange de sons dans notre bouche ou de lettres sur une page.
Si je vous dis que le mot skloop est un gros mot dans une langue étrangère, capable de faire se vider une pièce ou démissionner un ministre, cela vous fera probablement rire. Et pourtant, si vous pensez aux pires jurons de notre langage, vous comprendrez vite qu’il y a quelque chose de spécial en jeu dans ce cas : notre réaction à leur égard est immédiate et viscérale.

Ce qui explique pourquoi les parents ne seront probablement pas très contents d’apprendre qu’une étude récente montre que les enfants sont doués pour absorber les jurons. Entre 1 et 2 ans, les garçons en ont déjà retenu 6 et les filles 8; entre 5 et 6 ans, on passe à 34 pour les garçons et 21 pour les filles.
Les parents ont tendance à vouloir protéger leur progéniture des gros mots, mais cette étude montre la futilité de cette réaction instinctive, au moins pour les empêcher d’en apprendre.
Par contre, elle peut servir à leur faire comprendre l’importance du contexte, le fait que la société demande des comportements adaptés aux circonstances.

Mais il reste plusieurs questions sans réponses : tout d’abord, pourquoi certains mots sont-ils considérés comme dangereux ?
Et pourquoi, quand ils le sont, semblent-ils dotés d’une telle puissance ?
Les études sur les jurons, qui semblent imprégner toutes les cultures, les ont divisés en déistiques et viscéraux. Hostie, par exemple, est un juron en espagnol comme en québecois.

D’une certaine manière, ces mots sont sortis du contexte linguistique pour passer dans l’émotionnel. Les personnes qui ont subi des dommages dans certaines régions de l’hémisphère gauche du cerveau – siège du langage chez la plupart des droitiers – peuvent ainsi se retrouver incapables de formuler une phrase, tout en conservant la capacité de jurer.
Lorsque certaines parties évoluées du cortex ont été détruites, les zones qui se sont développées plus tôt – le système limbique et les ganglions élémentaires – peuvent être encore intactes. C’est là que semblent vivre les jurons, dans la partie animale du cerveau qui a donné naissance aux hurlements de douleur et aux grognements de frustration ou de plaisir.

Bien sûr, la culture humaine a beaucoup évolué avec le temps, empruntant parfois d’étranges itinéraires.
La plupart des choses que nous considérons comme dangereuses n’évoluent pas avec le temps ou le lieu, mais certains tabous inhabituels, difficiles à reconnaître, existent néanmoins.
Font-ils vibrer votre système limbique ?

• L’ours
Le sujet pourrait prêter à rire, maintenant que l’être humain domine la planète, mais durant la majeure partie de notre évolution, nous étions la proie de plusieurs animaux sauvages.
En conséquence, les mots désignant ces prédateurs sont parfois devenus tabous. De nombreux langages d’Europe de l’Est évitent ainsi une référence directe, considérée comme trop déplaisante, pour parler de l’ours.
En russe, par exemple, medvedev veut dire « mangeur de miel », alors que le mot ours lui-même désigne la couleur brune.

• Les morts
De nombreuses cultures interdisent de prononcer le nom d’une personne décédée – voire même des mots de consonance similaire.
D’après James Frazer (The Golden Bough), ce serait principalement pour éviter d’invoquer son fantôme.
Le linguiste Robert Trask note qu’en 1975, après la mort d’un certain Djäyila, membre d’une tribu australasienne, le verbe djäl (vouloir), d’usage fréquent, dut être abandonné et remplacé par un mot emprunté à une communauté avoisinante.

• Le cocu
Dans les sociétés patriarcales, l’homme dont la femme commet l’adultère a toujours été assujetti au ridicule.
Les insultes destinées à évoquer cette situation sont encore fréquentes de nos jours.
Le mot lui-même est dérivé de l’ancien français et désigne l’oiseau qui va pondre ses œufs dans le nid d’un autre.

• Le nom de Dieu
Dans plusieurs religions, il est interdit non seulement d’invoquer le nom d’une divinité sous un prétexte futile, mais carrément de le prononcer.
On a donc recours dans ce cas à un nom indirect. On ne sait toujours pas, à l’heure actuelle, comment se prononçait le nom du dieu des Hébreux, car il était soumis à un tabou et seules ses consonnes, « YHWH », pouvaient être retranscrites.
En lisant la Torah, les juifs le remplacent par le mot Adonai (qui signifie « maître » ).

• La belle-mère
En Dyirbal, un langage du nord du Queensland, il est considéré comme très grossier d’utiliser certains mots du langage usuel devant certaines personnes du sexe opposé, notamment les belle-mères.
Une kyrielle de formes alternatives sont donc utilisées pour désigner l’animal ou objet concerné de façon indirecte.

• Recourir aux clicks
Les langages Bantous d’Afrique du Sud utilisent des consonnes uniques ressemblant à des clicks, empruntées aux langages Khoisan voisins.

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L’enluminure (IIè partie : matériaux, technique, éléments décoratifs, lexique, ressources)

 

Les matériaux

 

Support

On peut travailler l’enluminure sur un papier aquarelle non texturé, mais l’idéal reste le parchemin. Comme au Moyen-âge, c’est une peau d’agneau ou de veau préparée avec soin par un parcheminier. Il est en général de teinte crème ou blanche. Lorsqu’il est très fin et de qualité supérieure, on le désignera sous le nom de vélin.

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Grâce à sa texture et à sa translucidité, le parchemin donne aux pigments de couleur une luminosité que l’on ne retrouve pas avec le papier.
Autrefois, la peau était choisie selon le format du livre désiré, puis on la pliait et l’assemblait. De plus, le parchemin et le vélin résistent mieux que le papier au temps qui passe.

 

Outils

• La plume d’oiseau

C’est l’outil par excellence du calligraphe qui utilise aussi parfois le calame (voir lexique en fin d’article). La plume est préparée et biseautée avant son utilisation. Elle peut provenir de différents oiseaux : l’oie, le corbeau pour les petites lettres fines, l’aigle, le cygne, le pélican pour les plus fortunés.

• Le pinceau

D’utilisation très ancienne, il apparaît au IIIe siècle avant JC, en Chine. C’est le général Meng Tian De Qi qui aurait confectionné le premier selon un procédé simple : « prendre un morceau de bois mort pour le manche, y adapter des poils de daim pour le cœur de la touffe, recouvrir ceux-ci de poils de moutons pour former une coiffe.

 

Media

• Les encres

Traditionnellement de couleur noire ou sépia, l’encre est utilisée pour l’écriture. On trouve de l’encre de carbone (suie d’une lampe ou de cheminée mêlée à une gomme), puis apparait l’encre métallo-gallique, c’est-à-dire constituée de tanin de noix de galle et de sulfate de fer ou de cuivre, dont la combinaison donne une teinte qui fonce avec le temps par oxydation.
L’encre rouge était quand à elle réservée pour les lettrines ou les rubriques, petites phrases résumant la chapitre ou le texte suivant.

• Les couleurs

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Elles se préparent à partir de produits issus de la nature. Ils pouvaient provenir autant du jardin du monastère que d’un pays lointain. Les ingrédients, qui composaient les couleurs de cette époque, existent toujours. Réservés pour la décoration des livres, les pigments sont de composition complexe.
Il en existe de deux types :
– Les pigments d’origine chimique: produits à partir de soufre, mercure, plomb…
– Les pigments d’origine naturelle: végétale (racines, safran, tournesol, baies de fruits, champignons, sang dragon (résine rougeâtre) … animale (insectes, poissons, fiel, cochenille, foie, urine… ou minérale (terre, sulfure, pierres…)

De nombreuses recettes sont expliquées dans des traités écrits à différentes époques. Les pigments réduits en poudre sont stockés dans des récipients bien fermés à l’abri de la lumière et de l’humidité en attendant de les mélanger avec un liant.

• Les piécettes

Une autre façon de conserver une couleur qui n’a pas de corps (généralement des végétaux) est de teindre des bouts d’étoffe dans un bain coloré. Une fois les piécettes sèches, elles sont rangées dans un cahier. Lors de l’utilisation, il faut couper un morceau, le déposer dans un godet avec un peu d’eau. Le tissu rendra la teinture, dans laquelle il faudra rajouter un liant pour peindre. Ce procédé est cité dans de nombreux réceptaires d’époque.

Il existe de nombreuses recettes d’enduit pour poser l’or, plus ou moins efficaces d’ailleurs. La plus connue est le gesso (ou assiette) : c’est la plus belle mais aussi la plus difficile à réaliser. Les recettes diffèrent selon les origines et les époques. Très peu nous sont parvenues correctement, car elles constituaient des secrets d’ateliers.

• Les liants

C’est un élément primordial pour composer les couleurs. Pour peindre, le pigment doit être mélangé à un liant sur une plaque de marbre ou de verre à l’aide d’une molette. Il permet d’enrober les particules et servira à l’adhérence du pigment sur le support.
Il en existe différents sortes : le jaune d’œuf, la gomme arabique (issue d’une variété d’acacia), la gomme de cerisier, la colle de parchemin (fabriquée à partir de rognures), la colle de poisson (esturgeon mélangé à de la poudre de clou de girofle pour la conservation), la colle de bois de cerf …

La technique au jaune d’œuf : mêler le jaune à une quantité égale d’eau, puis mêler le pigment. Il faut appliquer la détrempe par petits coups de pinceaux parallèles. Les couches peuvent se superposer mais doivent être sèches et minces afin d’éviter le craquelage.

• L’or

Poser la feuille d’or sur le parchemin est une des opérations les plus délicates dans l’art de l’enluminure. L’enlumineur doit prendre avec précaution ce petit carré d’or d’une finesse et d’une fragilité extrêmes (15 fois plus fine que le papier). Puis, il la place sur un enduit qu’il a fabriqué auparavant. L’enduit va permettre à l’or de tenir sur le parchemin et son épaisseur provoquera des reliefs resplendissants.

Généralement c’est un mélange de céruse, de bol d’Arménie, de craie ou de plâtre éteint, de colle de poisson ou de peau et de miel ou de sucre. Une fois le mélange posé et sec sur la partie à enluminer, il suffit de l’humidifier à l’haleine pour le rendre adhérent et poser la feuille d’or (sèche après 24h). Une fois posé, l’or peut être bruni soit à l’aide d’un brunissoir (en agate ou hématite) ou une dent de loup, de chien, de sanglier, soit encore avec du coton. L’aspect passe alors du mat au brillant.

 

La technique

– Il faut d’abord tracer des lignes avec une plume fine : la réglure. Elle permet au copiste d’aligner correctement ses lettres. Parfois, par manque de temps ou par soucis esthétique, certaines réglures n’ont pas été effacées.
– Le copiste écrit, à la plume d’oie, le texte sur le parchemin. Il prend bien soin de laisser de la place pour les décorations à venir et des marges tout autour.
– L’enlumineur réalise l’enluminure dans l’emplacement réservé. le motif de décoration est d’abord esquissé avec un poinçon et repassé à l’encre avec une plume fine.
– L’enlumineur pose la feuille d’or.
– L’enlumineur procède au remplissage de la décoration avec son pinceau. Chaque couleur est choisie avec soin et a une signification particulière :

Or = richesse, vertu, grandeur, prestige
Argent = innocence, netteté, pureté, sagesse
Noir = noblesse, tristesse
Violet = puissance
Rouge = courage, amour, désir de servir sa patrie
Vert = liberté, santé, espérance, joie
Bleu = beauté, fidélité, persévérance

 

Les éléments décoratifs

Ils ont plusieurs fonctions:
– une connotation religieuse: dans un premier temps, l’enluminure est faite à la gloire de Dieu.
– un repère visuel, qui permet de comprendre rapidement le contenu du livre, surtout quand on ne sait pas lire.
– un signe de richesse : un livre enluminé est apprécié comme œuvre d’art.
L’or abonde jusqu’au milieu du XIVe siècle en raison de l’influence byzantine. Plus tard, le style devient plus réaliste, les couleurs prennent le dessus.

• La miniature

C’est finalement l’élément décoratif le plus grand. Elle est parfois insérée dans le corps du texte, en pleine page ou en début de texte.

• La lettrine

Historiée quand elle renferme un récit familier, ornée quand elle est simplement décorative, zoomorphique quand elle prend la forme d’un animal ou d’une créature fantastique.

• Les bordures

Elles deviennent parfois de véritables cadres.

• La mise en page

Le format des enluminures est déterminé par la mise en page, selon que le manuscrit est réglé: à longues lignes, à deux ou trois colonnes. Les enlumineurs savent tirer parti de la contrainte imposée par la réglure et adapter leurs compositions à l’espace qui leur est imparti.

Au Moyen-âge, la répartition du décor peint ou des images n’est pas laissé à la discrétion et à la fantaisie de l’artiste, comme dans les livres illustrés modernes. Elle se fait à des emplacements précis, prévus à l’avance, laissés libres par le copiste, sur les indications du concepteur de l’ouvrage ou du commanditaire. De nos jours, ce rôle est tenu par les maquettistes.

Ces emplacements sont situés aux principales articulations du texte et leur importance varie en fonction de la hiérarchie interne du texte. Par exemple: pleine page ou demi-page sur toute la largeur pour les articulations importantes(prologue) ; miniature de format carré ou rectangulaire de la largeur d’une colonne pour des sections secondaires (tête de chapitre).

 

Lexique

Calame : Roseau taillé servant pour écrire dans les premières civilisations (Egyptiens et Romains). Le calligraphe taille une extrémité du roseau pour former un bec. Puis, dans ce bec, il pratique une fente qui facilite l’écoulement de l’encre.
Entrelacs : Motifs décoratifs où les lignes s’entrecroisent.
Evangéliaire : Recueil des textes des Evangiles dans l’ordre des offices de l’année.
Noix de galle : La galle de chêne est la partie boursoufflée que l’on trouve parmi les feuilles. Chêne se dit tann en gaulois et en breton d’où le terme tanin. L’encre presque grise devient noire en séchant.
Bol d’Arménie : Type d’argile très fin (kaolinique), composé de terre et d’oxyde de fer qui lui donne une coloration sanguine, orangée. Il permet l’adhérence des feuilles d’or. Il est posé à l’eau sur le bois apprêté ou sur le parchemin et facilite le brunissage de l’or.
Rubricateur : personne chargée d’écrire les rubriques (titres) : travaux à l’encre rouge.
Scriptorium : pièce réservée à la copie et à la décoration des manuscrits dans les monastères.
Trempe : Fait de tremper sa plume dans l’encre; une bonne trempe, c’est prendre la juste quantité d’encre pour écrire longtemps sans faire de tâche.

 

Sites internet

http://www.coindet.com
http://www.enluminure-medievale.com
http://www.enluminure.com
http://www.or-pigments.com
http://www.bnf.fr

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L’enluminure (Ière partie : nomenclature, ateliers, styles)

Bible_Jan_de_SelmberkBible de Jan de Selmberk, 1440.

 

L’enluminure est une peinture ou un dessin exécuté à la main qui décore ou illustre un texte, généralement un manuscrit. Les techniques de l’imprimerie, qui se développèrent au XVè siècle, l’ont quasiment fait disparaître de nos jours. Toutefois, il existe encore quelques livres imprimés qui en sont ornés.

Nomenclature

Le terme enluminer vient du latin illuminare (ici au sens figuré de « mettre en lumière »).
Miniature vient du latin minium (vermillon) et s’appliquait au départ aux lettres ornementales majuscules (lettrines), dessinées en rouge sur les manuscrits; puis le rapprochement, sans fondement, avec minimum (minuscule) s’est opéré. La miniature en est donc venue à désigner les images peintes de format réduit.

 

Mélusine_allaitant_Thierry_-_Roman_de_Mélusine_-_BnF_Fr12575_f89

Miniature du Roman de Mélusine, 1410.

 

Les scriptoria

L’enluminure est, à l’origine, réalisée par des moines dans le scriptorium, souvent le seul local chauffé d’un monastère ou d’une abbaye. Les copistes recopient le texte en se relayant, afin de ne pas conserver trop longtemps l’original. Puis les rubricateurs, chargés des travaux à l’encre rouge, interviennent dans les espaces laissés libres, rédigeant titres, sous-titres, majuscules et initiales simples. Enfin, les enlumineurs réalisent les décors avec l’or et les pigments de couleur. Jusqu’à l’époque gothique, un moine pouvait remplir ces trois rôles à la fois.

Un copiste rapide mettait six mois à copier un livre de 400 pages. Ensuite venait le travail d’enluminure, si bien qu’un manuscrit n’était souvent achevé qu’après plusieurs années. Malgré les séquelles laissées à la vue, la colonne vertébrale et l’estomac par la position adoptée et le manque de lumière, certains moines possédaient un véritable sens de l’humour. Fréquemment, dans les marges, on retrouve des annotations telles : « Ah, ce qu’il fait chaud aujourd’hui » ou « Encore du fromage ranci ce midi », ce qui permettait aux moines de contourner la règle du silence.

Les ateliers laïcs

Ce n’est qu’avec l’essor des universités, au XIIIe siècle, que les différentes tâches seront dissociées et confiées à des laïcs, professionnels spécialisés. Des ateliers, installés parfois dans l’enceinte même de l’université, remplacent alors progressivement les scriptoria monastiques.

Leur organisation rigoureuse permit de répondre à la demande croissante de livres et d’assurer un contrôle sur la qualité des textes. Ceux-ci étaient en effet truffés d’erreurs, car les moines avaient pris l’habitude d’abréger les mots pour gagner de la place et de noter leurs commentaires dans la marge (la glose). Grâce aux libraires, agréés par l’université, un exemplaire parfaitement exact (exempla) est divisé en plusieurs morceaux (peciae), chacun étant copié par un professionnel. Ainsi, plusieurs copistes travaillent simultanément sur un même texte, ce qui réduit considérablement la durée de réalisation d’un manuscrit.

 

Sapientia

Enluminure d’une lettrine, XIIIe siècle.
Un style pour chaque période

Pendant le Haut Moyen-Age (Vè-IXè siècles), on distingue deux types d’enluminure.

L’enluminure insulaire : dessins géométriques, spirales, entrelacs utilisés pour les bordures et lettres ornées. Ce style se développe en Irlande, avant d’être exporté en Ecosse par des missionnaires irlandais.
L’enluminure mérovingienne : caractérisée par des lettrines en formes d’animaux – très souvent poissons et oiseaux – de couleurs vives. Les plus belles enluminures de ce type seront réalisées dans les monastères de Luxeuil (France) et Corbie (Italie).

L’enluminure carolingienne ou classique (IXè-Xè siècles)

Grâce à l’amour de Charlemagne pour les livres, un nouveau centre de production est fondé à sa cour. Il contribue à conférer aux manuscrits enluminés un statut d’objet essentiel, convoité par riches et puissants. Textes classiques, psautiers, évangéliaires sont très prisés et Charlemagne est même à l’origine d’un nouveau caractère : la minuscule caroline.

L’enluminure romane (XI-XIIè siècles)

La tradition antique se poursuit, tandis que deviennent populaires les initiales historiées figurant des scènes narratives, ainsi que les décors de bêtes entrelacées. Les rinceaux, tiges stylisées disposées en enroulement, sont utilisées à profusion dans les bordures. Les peintures « tapis »ou « pleine page » occupent tout l’espace.

L’enluminure gothique (XIII-XVè siècles)

C’est la grande époque de l’enluminure: les manuscrits deviennent de véritables objets de luxe, comme « Les Très Riches Heures de Ducs de Berry». Les marges à drôleries apparaissent : animaux étranges et personnages aux postures étonnantes, mais leur présence n’a en général aucun rapport avec le texte.

 

Guda_Homiliar_-_Univ.bib_Frankfurt_Barth42_f110v_(detail)

Détail d’une lettrine D comportant un autoportrait de l’enlumineuse, vers 1250-1300.

 

A la fin du Moyen-âge, les premiers livres imprimés sont encore décorés à la main. Puis, face à la nécessité d’augmenter la production, l’illustration des livres devient gravure, tandis que l’enluminure, détachée du support du texte, perd sa raison d’être. Elle se transforme en un art autonome : la peinture de chevalet. Lorsqu’à la fin du XVe siècle, Gutenberg adapte et perfectionne les techniques de l’imprimerie (inventée par les chinois entre les VIIe et Xe siècles), les manuscrits enluminés perdent leur raison d’être et deviennent des objets de collections.

La période moderne

Il faut attendre le XIXe siècle pour redécouvrir les techniques de l’enluminure. On le doit notamment à William Morris, artiste anglais à l’origine du mouvement « arts and crafts », après l’exposition universelle de Londres en 1851. Ce mouvement déplore la médiocrité des produits de masse et prône la restauration de savoir-faire et de la qualité des métiers d’art.

La période contemporaine

De nos jours, l’enluminure retrouve un certain engouement. Des stages de formation, des ateliers, des animations pour adultes et enfants sont proposés. De nombreux artistes pratiquent l’enluminure de façon traditionnelle, pour faire perdurer la technique historique et utilisent la calligraphie et l’enluminure de façon audacieuse et personnelle.
Il est à noter que la cour d’Angleterre possède à son service son propre enlumineur pour les documents officiels et honorifiques.

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Demande à un grand !

Le site du Guardian est aussi vaste que celui de la BBC, et ce n’est donc que récemment que j’ai découvert un recoin dédié aux questions posées par des enfants de moins de 10 ans, auxquelles répondent des experts du domaine concerné.

A partir des questions, on peut souvent discerner la personnalité des enfants qui les ont posées.

  • les classiques : « Pourquoi avons-nous 2 narines? », « Pourquoi on attrape le hoquet? » ou « Qui a inventé les tables de multiplication, et pourquoi? »
  • les scientifiques : « Pourquoi les oiseaux volent-ils dans des formations en V? », « Que deviendront les planètes lorsque le soleil explosera? » ou « Pourquoi n’y a-t-il pas plus d’animaux verts? »
  • les rêveurs : « Pourquoi pleurons-nous lorsque nous sommes tristes? », ou encore « Où dorment les dauphins? »
  • les originaux : « Quelle serait la réaction de la Terre si tous ses habitants sautaient en même temps? » ou « Est-ce que tuer une mouche ou un moustique est un meurtre? »
  • les futurs banquiers : « Durant une crise financière, pourquoi est-ce que les gouvernements n’impriment pas tout simplement plus de billets de banque? »

En plus de la poésie des questions, j’apprends très souvent quelque chose que j’ignorais grâce aux réponses et je trouve que les illustrations de Philip Partridge (réalisées à partir de photos) sont très parlantes et aident à cerner la personnalité de l’expert qui répond à la question hebdomadaire.
Quelques exemples : Photo 1 / Photo 2 / Photo 3

Jusqu’à quelle distance nos yeux peuvent-ils voir ?

Un homme de 1m80, debout et regardant vers l’horizon peut voir à 5 kilomètres, puis la courbure de la terre l’empêche de voir plus loin. Nous sommes capables de voir bien plus loin que cela, même si la poussière et la pollution réduisent en général notre vision à moins de 18 kilomètres. Mais en 1941, un scientifique, Selig Hecht, a établi que si sa vue n’était pas gênée, l’oeil humain pouvait percevoir le mouvement de la flamme d’une bougie à plus de 45 kilomètres de distance.

Donc, la réponse dépend de la taille et de la luminosité de l’objet regardé. Le soleil est à plus de 150 millions de kilomètres de la Terre, mais nous sommes quand même capables de le voir, parce qu’il est très grand et très lumineux.

Pourquoi est-ce que les êtres humains s’embrassent ?

Il y a deux théories à ce sujet. La première est que cela nous aide à évaluer si une nouvelle connaissance est quelqu’un avec qui nous souhaitons avoir une relation à long terme. Pour l’embrasser, nous devons être très proche de l’autre personne, ce qui nous permet de sentir ses phéromones, qui contiennent des informations sur son état de santé et sa compatibilité génétique avec nous. L’idée d’une relation romantique, du point de vue de l’évolution, est d’avoir un bébé avec l’autre personne : cette information est donc importante.

La deuxième raison est que nous nous embrassons pour entretenir les relations, romantiques, amicales ou familiales. Nos lèvres regorgent de terminaisons nerveuses et sont stimulées lorsque nous embrassons quelqu’un. Nous recevons alors des sensations agréables de notre cerveau et cela nous lie un peu plus à l’autre personne.

Source

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Métiers de rêve

Je lisais récemment un article sur une critique de restaurants, qui était devenue tellement connue qu’elle devait recourir à des déguisements et subterfuges pour pouvoir exercer son métier. Cela m’a fait penser aux adaptations possibles dans le domaine de la littérature. Voici quelques idées, n’hésitez pas à me faire part des vôtres !

Critique de foires du livre
Qui d’entre nous n’a pas rêvé de voyager pour se rendre d’expositions en librairies ? Et ne serait-il pas agréable de voir plus d’intérêt porté aux foires du livre par les médias ? En outre, une discussion sur les événements et communautés littéraires serait sûrement plus intéressante à lire que les dernières critiques de livres, non ? Et vu l’intérêt qui leur serait porté, les foires du livre seraient bien obligées de faire des efforts pour être intéressantes et recevoir de bonnes critiques !

Bibliothérapeute
Certains docteurs en Angleterre ont récemment commencé à prescrire des livres au lieu de médicaments à des patients ayant des problèmes mentaux légers. Alors, imaginons que vous puissiez vous rendre chez votre bibliothérapeute, lui parler de ce qui vous tracasse (insomnie, tic irritant de votre mari, voyage à préparer …) et en ressortir avec comme prescription le livre parfait pour vous rendre heureux/se ?

Sniffeur de livres
En cette époque du tout digital, on entend souvent vanter les mérites du parfum des livres. Si vous croyez à leur effet bénéfique, pourquoi ne pas engager un professionnel, qui vous aidera à identifier les livres qui vous conviendront. Vous pourriez ainsi acquérir des livres dont le parfum s’amplifiera avec l’âge et qui, une fois rangés dans votre bibliothèque, iront bien avec ceux que vous possédez déjà.

Empêcheur de parler en rond
Quand vous êtes assis dans l’avion, faites la file au bureau de poste, ou patientez dans la salle d’attente de votre bibliothérapeute, le rôle d’un Empêcheur sera de vous prémunir contre ces pénibles énergumènes qui interrompent sans arrêt votre lecture, quel que soit leur prétexte. Vous pourrez enfin terminer Guerre et Paix dans la semaine !

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Classé dans Métiers de la plume, WTF

Une visite prestigieuse

Les tweets pleins d’esprit de la bibliothèque des îles Orkneys lui ont valu d’être à la une récemment. Stewart Bain, son gérant, a l’art de trouver des perles dans son catalogue…


Pour ces journées où vous vous dites : « J’ai vraiment envie de lire un thriller plein d’action se déroulant dans le monde du snooker! »

 

… and There’s Wally; la bibliothèque a décidé de modifier le titre de cet ouvrage après qu’un client indélicat leur ait retourné avec le mot Wally entouré d’un cercle sur chaque page.

Après avoir tweeté les détails de son book club consacré aux polars – notamment The Cuckoo, écrit par Robert Galbraith (pseudo de JK Rowling) – une discussion s’engagea avec la romancière. « Ca risque d’être drôle. Vous avez encore le temps d’attraper le ferry », lui dit le bibliothécaire. Rowling ayant mentionné qu’elle adorait le cake au citron et préférait son thé couleur créosote, il mentionna ensuite qu’il gardait le cake en réserve au cas où la romancière viendrait à passer. Ce qu’elle fit ! Après une visite guidée des lieux, elle participa au book club avant de partager son gâteau avec les autres participants.

 

JK Rowling rend visite à la bibliothèque d’Orkney (photographie : JK Rowling)

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Plaidoyer pour le vélin

La crise n’est pas un vain mot en Grande-Bretagne actuellement. Nombreuses sont les mesures prises pour colmater le déficit de la NHS (National Health Service, la mutuelle locale), notamment. Les prévisions budgétaires prévoient un déficit de plus de 73 milliards de livres sterling et la Chambre des Lords a récemment décidé de remplacer le vélin¹ utilisé pour rédiger les textes de lois par du papier ordinaire.

Apparemment, cette mesure de restriction budgétaire ferait économiser à l’état 80.000 livres par an. En comparaison, les dépenses totales de la Chambre des Lords pour l’année 2014-2015 étaient d’un peu plus de 94 millions de livres (dont 20 millions pour les salaires et notes de frais des Lords). Cela signifie que le vélin représentait 0,084% de ce total; il faudrait donc prendre 60 mesures de restriction semblables pour réduire le budget de 5%. Mais prendre une telle mesure, prestigieuse mais d’impact minuscule, détourne l’attention du problème central (qui est entre les mains du gouvernement, et non de la Chambre des Lords).

Il serait pourtant dommage de renoncer au vélin. Bien sûr, les arguments en faveur de son maintien sont marginaux. Sa durée de conservation est meilleure, mais les textes de loi ont souvent une durée de vie bien moindre. C’est surtout le symbolisme, la permanence du vélin – un parchemin fabriqué exclusivement à partir de peau de veau, d’où son nom – qui contribue à maintenir l’importance et le prestige des lois. Même si le volume des textes législatifs a fortement augmenté ces dernières années, le vélin, par sa permanence, aide à maintenir leur respect; son abandon tendrait à indiquer que nos lois ne valent même plus le prix du parchemin utilisé pour les rédiger.

¹ : Le parchemin est une peau d'agneau ou de veau préparée avec soin par un parcheminier. Il est en général de teinte crème ou blanche. Lorsqu'il est très fin et de qualité supérieure, on le désignera sous le nom de vélin. Autrefois, la peau était choisie selon le format du livre désiré, puis on la pliait et l'assemblait. De plus, le parchemin et le vélin résistent mieux que le papier au temps qui passe.

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Profession : relieuse

Je viens aujourd’hui vous parler d’une personne que j’ai eu l’honneur de côtoyer pendant plusieurs années, tout d’abord dans le cadre du travail, puis en tant qu’amie. Louise avait débarqué de Paris, pour parachever sa formation de relieuse à La Cambre (une école supérieure bruxelloise). C’est ce qui me permit de faire sa connaissance, vu qu’elle débuta comme serveuse dans un de mes antres favoris, afin de financer ses études. Tout d’abord ébloui par ses yeux bleus, je fus bientôt capable de discerner l’intelligence, la douceur, le professionnalisme et l’humour occultés par ce beau regard.

Un an plus tard, je devenais son collègue, et nous formâmes rapidement un tandem d’enfer, elle assurant les 5 à 9 (quatre fois par semaine, en plus de ses cours déjà plutôt physiques), moi la nuit. C’est ainsi que je fus introduit à un artisanat qui m’étais jusque là inconnu, la reliure, « cette pratique artisanale qui s’est érigée en art » (copyright wikipédia). Et dans ce cas-ci, on peut même parler d’art réservé aux riches : la plupart des ouvrages que j’ai eu l’occasion de voir chez Louise m’auraient permis de vivre à l’aise pendant plusieurs années via leur vente.

 

Couverture du numéro 299 de Arts et Métiers du Livre
Louise Bescond incarne la nouvelle génération de relieurs. Décomplexée, audacieuse, elle allie avec bonheur liberté et un indéniable talent artistique.

 

Depuis lors, Louise vit (difficilement) de son métier, passion qu’elle ne se prive pas de partager avec d’autres étudiant(e)s.

Atelier reliure organisé au 75, l’Atelier Peinture de l’Ecole Supérieure des Arts de l’Image

 

Louise avec Marianne, sérigraphe, graveuse et collaboratrice régulière.

Voici quelques exemples de son travail :

Et vous pouvez bien sûr en découvrir d’autres sur son site web

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