Archives de Catégorie: SF

L’oreille interne

Résumé de l’éditeur :
David Selig, Juif new-yorkais d’une quarantaine d’années, se considère comme un raté. Il est pourtant télépathe et pourrait profiter de ce don pour faire fortune, conquérir – et garder ! – les plus belles femmes… Mais non, rien à faire, il estime être un monstre tout juste bon à faire le nègre sur des devoirs d’étudiants, incapable de réussir sa vie. La dernière preuve en date : ce talent qu’il déteste tant, mais qui est finalement son seul lien avec le reste de l’humanité, est en train de le quitter ! Apeuré à l’idée de se retrouver seul avec lui même, Selig nous conte sa misérable existence. Grand roman psychologique, plein d’humour et de mélancolie, L’oreille interne est peut-être le plus beau livre de Robert Silverberg et à coup sûr un chef-d’œuvre de la science-fiction.

David Selig est un raté. Quadragénaire discret, célibataire, il gagne péniblement sa vie en faisant le nègre pour des étudiants fainéants. Il avait pourtant tout pour réussir, un don miraculeux, un pouvoir que bien des humains jalouseraient : Selig est télépathe. Il entend tout ce qui se passe dans la tête des gens qui l’entourent.

Depuis tout petit, il sait tout de nos mauvais jugements, de nos désirs honteux, de nos méchancetés secrètes. Son don aurait pu être pour lui un atout extraordinaire. D’ailleurs, il en a profité quelques fois, mais cela lui a joué des tours. Et les scrupules l’ont rattrapé. David se considère comme un paria, un voyeur qui, malgré lui, regarde à l’intérieur de la tête de ses contemporains, un monstre!

Comme il est difficile de sonder les pensées de la jeune femme qui vous côtoie dans le métro et de constater qu’elle ne vous a même pas remarqué. Comme il est violent d’entendre son camarade de classe penser très fort qu’il a envie de vous mettre son poing dans la gueule!

A sept ans et demi, Selig s’est retrouvé chez le psychiatre. Trop intelligent, trop malin, déroutant pour les adultes, ce gamin qui comprend tout si vite. Mais il s’est bien gardé de livrer son secret. Personne ne sait, personne ne doit savoir. Pas même ses parents.

Les rencontres de Selig l’ont conforté dans son mal-être : il y a cet autre mutant, qui fut son ami – mais dont l’assurance impertinente s’accompagnait d’une absence totale de scrupules. Il y a sa soeur, Judith, avec qui il n’a eu longtemps qu’un rapport haineux, voire destructeur. Il y a les femmes, toutes ces femmes que malgré son don il n’a pas su comprendre, ni garder.

Son don, Selig l’a toute sa vie vécu comme une tare. Mais alors quelle est cette inquiétude sourde qui l’envahit lorsque la quarantaine entamée, son pouvoir commence petit à petit à faiblir ?
Je suis entièrement d’accord avec les notes de l’éditeur : ce livre est un chef d’oeuvre de la science-fiction et l’un de mes préférés de Silverberg (et si je n’ai pas lu 50 livres de Silverberg, je n’en ai pas lu un.)

Superbement traduit par Guy Abadia – même le titre français est meilleur que la « Mort intérieure » de la VO –  poignant, émouvant, parfois désespérant ou énervant car, étrangement, on se met très vite dans la peau de Selig, qui est pourtant doté d’un super-pouvoir qui devrait nous le rendre alien. Une belle étude sur la différence, une fin … apaisante.

Je le rachète régulièrement, pour ensuite l’offrir et recommencer le cycle quelques années plus tard. Fait partie des 20 livres que j’emmènerais sur une île déserte.

Extrait

L’oreille interne, roman de Robert Silverberg
Titre original : Dying inside
Traduction de Guy Abadia.

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Classé dans Roman, SF

Le livre du nouveau soleil (Gene Wolfe)

 

Cloîtré depuis l’enfance entre les murs austères de la tour Matachine, l’apprenti bourreau Sévérian ignore tout des ruelles bruissantes de Nessus et, au-delà, des merveilles et dangers de la planète Teur… jusqu’au jour de son bannissement. Car l’amour que lui inspire la trop belle Thècle, condamnée à la question, l’amène à trahir ses maîtres. Exilé dans une lointaine province, c’est seulement armé de son étrange épée – Terminus Est (c’est fini en latin) – qu’il devra affronter son destin.

Severian est aussi doté d’une mémoire eidétique. Cette incapacité à oublier le moindre événement mineur de son existence est aussi une malédiction. Sur cette terre post-nucléaire revenue à des technologies quasi médiévales, nous allons suivre son parcours, jusqu’à ce qu’il devienne dirigeant suprême de Teur.

Situé à la frontière Fantasy-SF, cet oeuvre originale et massive (près de 1500 pages) peut se vanter d’être la seule que j’ai rachetée en français, la richesse d’imagination et de langage de Wolfe s’avérant trop difficile à appréhender en VO. C’est après avoir enfin achevé sa lecture que je choisis Terminus Est comme pseudo sur les forums, BBS, puis internet : cela résume bien l’admiration que m’inspira ce cycle (ainsi que tous les autres ouvrages de Wolfe que j’ai lu, d’ailleurs, notamment La tête de Cerbère, dont je vous parlerai un de ces jours.

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Classé dans Fantasy, Roman, SF

Le monde inverti

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Le Monde inverti (titre original : The Inverted World) est un roman de science-fiction écrit par le romancier britannique Christopher Priest et publié en 1974 (Traduction de Bruno Martin) – copyright Wikipédia.

« J’avais atteint l’âge de mille kilomètres. »

Helward Mann vit sur une planète inconnue dans une cité appelée Terre, laquelle présente l’étrange particularité de se déplacer lentement sur des voies de chemin de fer. Au fur et à mesure de son déplacement, les techniciens de la Guilde des voies retirent les rails situés à l’arrière de la cité pour les placer à l’avant, afin de lui permettre de continuer à avancer. Le chemin à suivre est fixé par la Guilde des topographes du futur et le but à atteindre est l’Optimum.

De la fuite en avant vers cet Optimum dépend la survie de la cité, car celle-ci se déplace continuellement et plus elle s’en éloigne plus elle subit d’étranges phénomènes, affectant l’espace et le temps.

Ainsi, Helward, qui vient d’atteindre l’âge de 1.000 km et doit raccompagner trois paysannes dans leur village, à l’extérieur de la cité, les voit-il se métamorphoser sous ses yeux, s’étirant en hauteur ou en largeur, tandis que derrière lui les ravins se comblent et les montagnes s’aplanissent.

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Classé dans Roman, SF

L’homme des jeux

Au sein de la Culture, certains jeux suscitent un grand intérêt. Il s’agit de jeux complexes, fondés sur le calcul et la stratégie.

De tous les joueurs, Jernau Gurgeh est sans conteste l’un des plus redoutables et des plus réputés. Non seulement il a remporté d’importantes victoires, mais il a aussi écrit sur la théorie des jeux. Parvenu au sommet, Gurgeh a peur de chuter : il se laisse aller à tricher, en conçoit des remords, et décide de partir à la recherche de nouveaux défis, d’un nouveau sens à son existence. (Wikipédia)

 

C’est alors que Contact, le service de renseignement de la Culture chargé des affaires extérieures, va profiter de la situation et manipuler Gurgeh afin qu’il accomplisse une mission délicate sur la planète Azad.

Jernau rechigne tout d’abord devant cette offre : la société azadienne est individualiste, hiérarchisée et barbare, sa technologie est moins avancée que celle de la Culture et le mode de reproduction implique la participation de trois genres distincts. De plus, la durée du voyage sera de cinq ans. Enfin, le jeu sacré d’Azad, lui aussi appelé Azad, semble infiniment complexe et exigeant. Mais il finit par se laisser convaincre de tenter l’aventure.

Parmi les Azadiens, Gurgeh, seul représentant de son monde, se sent quelque peu méprisé. Néanmoins, il n’en fait que peu de cas, s’efforçant de respecter les règles et les protocoles avec l’assistance d’un drone-instructeur.

Au jeu d’Azad, Gurgeh fait belle figure. Confronté à des adversaires de plus en plus redoutables, mais déstabilisés par ce nouveau venu, il ne cesse de surprendre et de gagner. Bientôt, sa progression inquiète les plus hauts dirigeants de l’Empire, qui doivent leur statut à leurs prouesses au Jeu.

Gurgeh se voit invité à cesser de jouer et sera la cible d’attentats. Envers et contre tous, il continue à progresser plus avant dans la compétition et à mettre l’Empire dans l’embarras. Au terme de son parcours, un seul adversaire pourra sauver l’honneur: l’Empereur lui-même !

Pour les Azadiens, l’Empereur se veut toujours le meilleur joueur. Gurgeh, d’abord impressionné par son jeu, est tout d’abord dominé, mais il revient bientôt dans la partie, au fur et à mesure qu’il comprend et assimile le style de jeu de son adversaire.

Ce sont donc deux mondes, deux univers qui s’opposent. Lorsque Gurgeh l’emporte, toute la structure de l’Empire s’écroule, car l’empereur, ne pouvant admettre la défaite de son système politique, emmène son élite dans sa chute.

Titre original : « The player of games »
Auteur : Ian M. Banks
Livre 2 dans le cycle de la Culture (« Consider Phlebas » étant le premier de la série).

 

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Classé dans Roman, SF, space opera

Camp de concentration

 

Louie Sacchetti, poète objecteur de conscience se retrouve dans le camp Archimède sans trop savoir pourquoi.

Dans ce futur proche, une Amérique fasciste toujours en guerre avec l’un ou l’autre ennemi (réminiscence du 1984 d’Orwell), Louie s’est retrouvé incarcéré vu son refus de servir sous les drapeaux. La dureté de cette expérience l’a poussé à signer un dangereux contrat à fin de recherche militaire, ce qui lui garantit une libération anticipée. S’il peut survivre aux expériences que l’armée lui réserve !

Très vite, Louie va être incorporé à un test d’injection de pallidine, une nouvelle substance censée développer la capacité de réflexion (clin d’oeil appuyé à « Des fleurs pour Algernon », dont je vous conseille aussi vivement la lecture). Mais l’ accroissement de l’intelligence n’est que le bon côté de l’expérience que vit Sacchetti. Bientôt, il lui faudra se rendre à l’évidence : brûler la chandelle cervicale par les deux bouts réduit aussi sérieusement l’espérance de vie.

Brillant opus, probablement mon préféré de Disch, où l’auteur peut déployer tout à loisir son talent d’écrivain au fur et à mesure que l’intelligence de ses protagonistes croît, pour finalement atteindre au génie. Avec un sens du suspense maîtrisé, il impose à son personnage une énigme insoluble, dont il finira par devenir la solution.

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Classé dans Roman, SF, Uchronie

Crash

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Réalisateur : David Cronenberg
Scénario : David Cronenberg, d’après l’œuvre de J. G. Ballard
Genre : drame, thriller érotique
Distribution : James Spader, Deborah Kara Unger, Elias Koteas, Holly Hunter, Rosanna Arquette.

Synopsis
James et Catherine Ballard aiment épicer leur vie sexuelle en couchant avec d’autres partenaires, pour ensuite se titiller les sens en se racontant leurs ébats respectifs. Mais lorsque James a un grave accident de voiture, une collision frontale qui le laisse gravement blessé, leurs vies vont changer.

James rencontre Helen Remington, dont il a tué le mari lors du crash, à l’hôpital et, grâce à elle, va être introduit dans une secte qui considère les accidents de voiture comme le seul moyen restant d’entrer en contact avec les autres et, donc, de jouir.

Les membres de la secte portent leurs cicatrices et mutilations comme des médailles, vénèrent et tentent de reconstituer les accidents de voitures célèbres, comme celui de James Dean (dans le livre, le personnage de Koteas a pour but ultime une collision frontale avec une actrice célèbre, dans laquelle il la tuerait pour son dernier orgasme !)

James (véritable nom de l’auteur du livre sur lequel est basé le scénario) va petit à petit devenir, lui aussi, un fétichiste du crash.

Avis personnel

Un des meilleurs films de Cronenberg (probablement mon réalisateur préféré), avec eXistenZ et Vidéodrome (au thème lui aussi très fétichiste). James Spader et Elias Koteas sont aussi à leur top niveau, ce qui ne gâte rien.

Bande annonce

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Classé dans 1 livre 1 film, Cinéma, SF

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Synopsis

Dans un avenir proche, Allegra Geller est la géniale créatrice d’une nouvelle génération de jeu qui nécessite une connexion directe au système nerveux : eXistenZ.
Lors de la séance de présentation du jeu, un fanatique cherche à la tuer; un jeune stagiaire en marketing, Ted Pikul, lui sauve la vie. Une poursuite efrenée s’engage, la tête d’Allegra ayant été mise à prix, autant dans la réalité que dans l’univers trouble et mystérieux du jeu.

Réalisateur : David Cronenberg (un de mes réalisateurs fétiches).
Casting : Jennifer Jason Leigh, Jude Law, Ian Holm (et en guest stars Christopher Eccleston et Wilhem Dafoe, extraordinaire comme d’habitude).
Genre : Science fiction.
Date de Sortie : 14 avril 1999.

 

Préliminaires

Ca démarre très fort !

Au public venu assister à la présentation du nouveau jeu révolutionnaire de la designer fétiche Allegra Geller, Christopher Eccleston apprend qu’un certain nombre d’entre eux pourront participer à une partie-test, avec la participation exceptionnelle d’Allegra qui, d’ordinaire, préfère fuir les projecteurs.

Mais alors qu’Allegra est en train de télécharger ExistenZ (X majuscule, Z majuscule) vers les pods expérimentaux des autres joueurs, un fan dégaine une arme étrange et a le temps de blesser Allegra et de tuer Christopher avant d’être « maîtrisé » par le service d’ordre. Dans sa chute, Allegra a endommagé son pod, qui contient l’unique copie existante du jeu. Ted Pikul, un novice improvisé garde du corps d’Allegra – on se demande un peu comment – fuit avec elle pour la mettre en sécurité et éviter ainsi d’autres attaques.

Pendant leur fuite, Ted extrait la balle ayant blessé Allegra à l’épaule. Mais en fait de balle, il s’agit d’une dent humaine! L’examen de l’arme révèle qu’elle est fabriquée à partir de composants organiques, afin de tromper les détecteurs de métaux, et que son chargeur est un bridge.
Allegra découvre aussi que Ted n’a même pas de bioport, un comble pour un employé de Antenna Research! Afin de pouvoir se connecter à son jeu et évaluer les dégâts, elle insiste pour qu’il s’en fasse implanter un. C’est ainsi qu’ils se rendent à la station-service de Gas (Essence), propriétaire d’une station-service en pleine brousse et grand fan d’Allegra, pour une scène d’anthologie avec Dafoe.
Allegra et Pikul peuvent finalement se connecter à ExistenZ et entamer une partie…

 

Enculage

Le bioport n’étant rien d’autre qu’un deuxième trou de balle situé au creux des reins, les sous-entendus lubriques ne manquent évidemment pas. Un port peut être excité, il a besoin de lubrifiant avant l’insertion du câble de connexion, j’en passe et des meilleures. Cronenberg s’est beaucoup amusé lors de ce tournage, je crois.
De plus, Jennifer Jason-Leigh (Allegra) est à l’apogée de sa sensualité (elle avait pourtant déjà 37 ans à l’époque), ce qui crée une ambiance pour le moins torride.

 

Jouissance

On ne sait jamais vraiment si on se trouve dans le monde du jeu ou dans la réalité et le rythme de l’action ne faiblit quasiment jamais. De plus, le final en surprendra plus d’un(e).

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Classé dans Cinéma, SF

Christopher Priest

Christopher Priest est un romancier et auteur de SF anglais, originaire de Manchester, passé dès 20 ans à l’écriture (après des études d’expert-comptable !)

Considéré comme l’un des auteurs les plus originaux du genre, acclamé par la critique de science-fiction, il n’a cependant pas encore rencontré le succès commercial. Son oeuvre, qui tourne autour du thème de la perception de la réalité, embrasse la majorité des genres de l’imaginaire, allant de la hard science au fantastique en passant par le steampunk.

Cette caractéristique lui doit d’être considéré aujourd’hui comme le successeur de Philip K. Dick. Il a avec J. G. Ballard participé à la nouvelle vague qui a renouvelé la science-fiction dans les années 1970.

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70 ans, mais encore de beaux yeux

J’avoue ne connaître que le côté science-fiction de son oeuvre, mais n’ai jamais été déçu, ni par l’originalité des sujets abordés, ni par son style.

Dans Le monde inverti, son troisième roman qui le fera connaître, Helward Mann, qui vient d’atteindre sa majorité (mille kilomètres), vit dans une ville nommée Terre, qui se déplace en permanence sur des rails pour atteindre le « point optimal », but chimérique vu que cet objectif est, lui aussi, mobile. La Guilde des topographes trace la route à suivre, car de cette fuite en avant dépend la survie de la cité. Mann finira, dans cet opus qui n’est pas sans rappeler 1984, par provoquer l’arrêt du train, pour « voir ce que ça fait ». Il n’est pas au bout de ses surprises!

Dans Le Prestige, c’est le thème, rarement abordé, de la prestidigitation qui est au centre de l’ouvrage. L’histoire est racontée par carnets de notes interposés et raconte la lutte entre deux prestidigitateurs, spécialisés dans les numéros de translocation. Ce livre a été adapté au cinéma par Christopher Nolan (avec un scénario très différent, ce qui permet de voir d’abord le film puis de lire le livre, ou inversement .

 

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Extrait

Chaque tour de magie comporte trois parties ou actes :

  • La première s’appelle la promesse : le magicien vous présente quelque chose d’ordinaire, un jeu de carte, un oiseau ou un homme. Il vous le présente, peut-être même vous invite-t-il à l’examiner, afin que vous constatiez qu’il est en effet réel, oui, intact, normal. Mais il est bien entendu loin de l’être.
  • Le deuxième acte s’appelle le tour : le magicien utilise cette chose ordinaire pour lui faire accomplir quelque chose d’extraordinaire. Alors vous cherchez le secret, mais vous ne le trouvez pas parce que, bien entendu, vous ne regardez pas attentivement, vous n’avez pas vraiment envie de savoir, vous avez envie d’être dupé. Mais vous ne pouvez vous résoudre à applaudir, parce que faire disparaître quelque chose est insuffisant, encore faut-il le faire revenir.
  • C’est pourquoi pour chaque tour de magie il existe un troisième acte, le plus difficile, celui que l’on nomme
    le prestige…

    Le Prestige (Christopher Priest)

    Ses autres oeuvres majeures comprennent L’Archipel des rêves (dont j’ai aussi de très bons souvenirs), La séparation (récompensé par plusieurs prix), Futur intérieur et La fontaine pétrifiante (que je ne pense pas avoir lus).

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Classé dans Ecrivain, Fantastique, SF, Steampunk

La servante écarlate

La Servante écarlate (titre original : The Handmaid’s Tale) est un roman de l’auteure canadienne Margaret Atwood, publié en 1985 et traduit en français en 1987. Ce roman de science-fiction décrit une dystopie future, dans laquelle un régime totalitaire religieux s’est installé, régime où les femmes sont divisées en trois classes : Les Epouses, seules femmes ayant du pouvoir, dominent la Maison, les Marthas entretiennent la Maison et les Servantes Ecarlates ont pour rôle la reproduction. Toutes les autres femmes (trop âgées, infertiles,…) sont déportées dans les Colonies, où elles manipulent des déchets toxiques. Dans ce futur, le taux de natalité est en très forte baisse, et les rares nouveau-nés sont souvent « inaptes ». L’héroïne du roman, une servante écarlate, raconte peu à peu son histoire et se remémore des moments passés avec sa famille. Son unique raison de vivre, ce à quoi elle se raccroche pour ne pas sombrer, ce sont ses souvenirs. Ce roman a été adapté au cinéma en 1990 par Volker Schlöndorff (Source : Wikipédia)

Je profite de l’occasion de la sortie encore récente du nouveau roman de Margaret Atwood, « MaddAdddam », pour vous parler de son ouvrage le plus fameux, La servante écarlate, et des controverses qu’il provoque encore près de 30 ans après sa publication. L’article suivant date de septembre 2013.

Mes 110 élèves lisaient « La Servante Ecarlate » (NDA: dans le cadre des cours) et un de mes supérieurs m’avertit que les parents d’un de ces étudiants avaient contacté directement le préfet, pour s’en plaindre et, bien entendu, demander que ce livre soit rayé du curriculum de l’école, du comté et, si possible, aussi de la mémoire de leur enfant. Je dis au préfet que je serais heureux de rencontrer les parents, pour discuter avec eux de leurs inquiétudes.

En disant cela, je mentais sur deux fronts. Tout d’abord, cela ne me réjouissait pas le moins du monde. Et ensuite, j’envisageais une définition assez large du mot « discuter », qui inclurait probablement cris d’indignation et poings levés. J’essayerais bien de vous faire croire que j’ai coupé court à leur argumentation pour les mener vers les vertes pâtures de l’illumination, mais je pense que deux mensonges par paragraphe sont plus que suffisants. Personne n’en vint aux cris, coeurs et esprits ne subirent aucune transformation et nous ne nous promîmes rien de plus que de réexaminer, si cela s’avérait nécessaire, la pratique qui permet d’alterner l’affectation des romans. Peu après, afin qu’on puisse à l’avenir l’utiliser, ce qui m’épargnerait d’autres réunions du même genre, voici ce que j’écris :

Mon choix de « La servante écarlate » de Margaret Atwood comme sujet d’étude et de composition au cours a été récemment remis en question, principalement (mais pas seulement) à cause d’un passage qui inclut des références explicites à l’agression sexuelle d’une femme, qui subit une servitude forcée dans un futur totalitaire. J’aimerais profiter de cette occasion pour expliquer mon choix de ce livre, en réponse aux inquiétudes manifestées par certains parents.

Je tiens à commencer par mentionner que « La servante écarlate » est utilisée dans les classes des athénées et collèges de tout le pays. Une simple recherche hâtive sur Internet révélera son inclusion dans les programmes scolaires du Texas, du Massachusetts, de l’Ohio, de la Californie et du Kentucky. Margaret Atwood fait partie des auteurs représentatifs régulièrement repris dans les cours de langue et de composition et « La servante écarlate » est mentionnées à maintes reprises comme un texte d’un grand mérite littéraire lors des examens de littérature anglaise. La réputation de ce roman en tant qu’élément essentiel de la littérature de fiction spéculative est bien établie.

Ceci dit, je n’ai pas sélectionné ce livre uniquement sur base de sa réputation. Je l’ai lu deux fois avant de le désigner choisir. Le passage qui a causé le plus de remous a attiré mon attention lorsque j’ai lu le roman, ce qui était d’ailleurs son intention. La scène est choquante, le language explicite. Cependant, il n’est pas dénué de raison d’être. Le personnage principal du roman (qui en est aussi la narratrice) est assujettie régulièrement à des traitements dégradants et tyranniques, simplement parce qu’elle est une femme. Dans sa tentative de capturer les horreurs qui existent là où les droits des femmes sont ignorés et les femmes elles-mêmes traitées, comme la narratrice le présente, comme « des incubateurs à pattes », Atwood utilise un langage graphique. Le viol est horrible, évidemment, et ses mots le reflètent. Mais bien que l’image soit explicite, elle n’en est pas pour autant arbitraire. Tout comme les photos des victimes nues, affamées et torturées d’Auschwitz sont explicites, mais peuvent nous aider à comprendre leur détresse et notre détermination à résister à la possibilité de sa répétition. Etre exposé à quelque chose de choquant n’est pas synonyme de la promotion de cette chose. Si tel était le cas, L’Iliade serait une promotion de la violence et de la destruction, Les Aventures de Huckleberry Finn une apologie du racisme, Beloved une promotion de l’infanticide et Sa Majesté des Mouches un encouragement à la sauvagerie.

L’autre souci majeur à propos de « La servante écarlate » est son point de vue présumé anti-chrétien. Il est vrai que, dans le roman, la classe dirigeante militariste utilise des bribes de textes sacrés ou d’hymnes, pour justifier ses actes et pratiques. Cependant, ces bribes ne sont rien d’autre que des extraits de versets, dépourvus de tout contexte, utilisés d’une manière totalement contraire à leur intention originelle. Etant donné que les citoyens de cette dystopie n’ont pas le droit de lire – même pas la Bible – ils ne disposent d’aucun moyen de se rendre compte de ces manipulations. Dans « La servante écarlate », le langage de la foi a été déformé et détourné à des fins malfaisantes, tout comme la désobéissance de Cham fut jadis utilisée pour justifier l’esclavage aux Etats-Unis, de la même manière qu’Hitler a prétendu que son génocide était la volonté de Dieu. Comprendre la faculté qu’a montrée l’humanité d’utiliser la fausse piété pour valider l’oppression est l’une des leçons morales fondamentales de ce livre et les étudiants de toutes confessions peuvent en retirer une meilleure compréhension du potentiel à faire le mal dont dispose l’homme.

J’espère avoir réussi à clarifier les problèmes que j’ai mentionnés. Il me reste simplement à ajouter qu’une des fonctions de la littérature est d’apporter la lumière dans les recoins de notre monde, même lorsque ce que nous y trouvons est déplaisant.

Josh Corman.

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Classé dans Ecrivain, Roman, SF

Un livre, un film : Starship Troopers

Starship Troopers (« Etoiles, Garde-à-vous ! », en français) a été écrit en 1959 et publié en 1960. Il est important de le noter, car cela permet de recadrer les choses. A cette époque en effet, ce livre défriche des terres encore inconnues : c’est un des premiers à décrire de manière crédible la vie militaire, en tous cas pour les ex-soldats, le tout étant transposé dans un contexte de science-fiction. Si vous n’avez vu que le film, vous serez probablement surpris d’apprendre que, dans le livre, il n’y a que deux brèves scènes de combat. Tout le récit se concentre sur le passage à l’âge adulte de Johnnie Rico via ses expériences dans l’armée, avec moult descriptions d’exercices militaires, de logistique, diplomatie et respect de la voie hiérarchique. Plus quantité de cours de politique.

L’histoire en elle-même est très simple : Johnnie Rico, qui tente désespérément d’échapper au contrôle de son père riche et autoritaire, s’engage dans l’Infanterie Mobile. Il devient ainsi un Homme, suit un entraînement rigoureux et est finalement testé, lorsque l’humanité se retrouve engagée dans un conflit avec une race vicieuse d’insectes géants. Capacité de commandement, courage sous le feu, relations fraternelles des soldats, tout ce qui constitue aujourd’hui les clichés du film de guerre est passé au crible. Mais, encore une fois, tout cela était nouveau à l’époque.

Reste la partie très controversée de cet ouvrage. Dans Starship Troopers, être un vrai citoyen disposant du droit de vote est un privilège réservé aux vétérans du service public (principalement les militaires). Car seuls ceux qui ont montré qu’ils étaient prêts à donner leur vie pour protéger la liberté sont, selon Heinlein, capables d’apprécier celle-ci et dignes d’en profiter pleinement. Rappelons quand même que Heinlein a d’abord été militaire et n’a commencé à écrire de la science-fiction qu’après avoir du prendre sa retraite pour raisons de santé.

 

Engagez-vous dans l’Infanterie Mobile, qu’ils disaient !

Et c’est quand on sait cela que le film de Paul Verhoeven – qui est loin d’être un chef-d’oeuvre, vous êtes prévenus -devient intéressant. En effet, même s’il s’éloigne beaucoup du livre, en se consacrant principalement aux scènes d’action mettant en scènes les soldats humains et les envahisseurs insectoïdes, il ne se prive pas de recourir à l’humour et à la satire pour ridiculiser les théories protofascistes du livre, notamment via de fausses publicités de recrutement pour l’Infanterie Mobile et en revêtant certains personnages militaires de tenues très proches des uniformes nazis. Autre exemple : les beaux jeunes futurs soldats, archétypes des enfants idéaux américains, se révéleront en fait être … argentins (on l’apprend dans le film lorsque Buenos Aires est rayée de la carte par un bombardement planétaire des insectoïdes). Pas sûr que Heinlein aurait apprécié, vu que le livre, lui, est totalement dépourvu de la moindre trace d’humour.

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