Archives mensuelles : juin 2017

Majken (première partie)

– Et s’ils découvrent que j’ai un problème ?
– De quel ordre ? répondit Majken.
– Euh, je ne sais pas … Mais si je ne suis pas assez bonne, s’il apparaît que je suis… (je cherchais le mot adéquat) si je suis inutilisable… Que m’arrivera-t-il dans ce cas ? Que feront-ils de moi ?

Nous étions dans l’ascenseur. C’était le jeudi matin. Nous descendions. Elle rejoignait son atelier au niveau 2 pour boucler les préparatifs avant son exposition, dont le vernissage aurait lieu le samedi. Je me dirigeais vers le laboratoire n° 2 situé au niveau 1 pour la visite médicale obligatoire pour tous les nouveaux arrivants. L’ascenseur s’arrêta au deuxième étage et les portes s’ouvrirent, mais eu lieu de sortir, Majken passa le bras autour de moi et me caressa le dos.

Elle était chaude. Elle était rassurante. Elle ne disait rien, mais restait simplement là à me tenir et à me caresser le dos quand les portes de l’ascenseur se refermèrent et qu’il se remit à descendre. Nous éclatâmes de rire et elle fut obligée de m’accompagner au niveau 1. Je sortis, me tournai vers elle et levai une main en signe d’au revoir. Elle me rendit mon salut, et l’appareil la ramena à l’étage supérieur avec un bourdonnement.

Je me trouvais dans un corridor semblable à ceux des hôpitaux avec des portes blanches et des murs jaune pâle décorés du genre de reproductions qu’on voit souvent dans ce genre d’établissements. Je passai devant un Van Gogh, un Miró et un Keith Haring avant d’atteindre la salle marquée LAB2.

(extrait de L’unité, de Ninni Holmqvist).

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Cochonailles

Nous possédions une truie qui faisait des charretées de petits, et chaque année, au mois de novembre, avait lieu un massacre digne de la Première Guerre mondiale : mes oncles tuaient les cochons, un poignard entre les dents, préparaient saucissons, saucisses, poitrine fumée, les pendaient à tous les crochets du plafond pour qu’ils coulent et sèchent.

Toutes les pièces en étaient remplies – puisque nous étions une tripotée, une tripotée de saucissons étaient nécessaire pour nous nourrir -, et elles le demeuraient jusqu’à fin décembre, parfois même jusqu’à la fin février, raison pour laquelle il n’était pas rare qu’une goutte de graisse vous tombe sur le visage, la nuit, pendant que vous dormiez. Sans oublier les mouches qui volaient tout autour, évitant autant que possible les rouleaux de papier tue-mouches que nous avions placé tous les deux ou trois saucissons afin de les protéger. Mais ne croyez pas que nous nous empiffrions de saucissons et de cochons de lait. Nous étions une tripotée, je le répète, et nous avions beau faire une hécatombe de poulets et de cochons, nous étions de plus en plus nombreux, il n’y avait jamais assez à manger; ma grand-mère mesurait tout avec un centimètre de couturière, et quand elle cuisinait une saucisse – une ou deux fois par semaine -, elle devait suffire pour tout le monde. On avait droit à une petite tranche par personne, de quoi parfumer la polenta. Pourtant, malgré ces mesures mathématiques – qui établissaient le seuil minimal de protéines pour nous garder en vie -, les plafonds étaient vides dès le mois d’avril ou de mai. On n’y voyait plus que les papiers tue-mouches méprisés par les mouches, ainsi que les crochets de fer vides auxquels suspendre notre éternelle faim.

Canal Mussolini, d’Antonio Pennacchi,

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Cancer

J’étais déjà allé au Centre contre le cancer, car j’avais appris que c’était gratuit. J’avais des grosseurs sur tout le corps, des vertiges, je crachais le sang, j’y suis allé pour obtenir un rendez-vous trois semaines plus tard seulement. Comme tout bon Américain qui se respecte, j’avais toujours entendu : DEPISTE LE CANCER LE PLUS TOT POSSIBLE. Tu t’arranges pour le dépister de bonne heure, mais ils te donnent rendez-vous dans trois semaines.  Telle est la différence entre ce qu’on raconte et la vérité.

Trois semaines après j’y suis retourné pour m’entendre dire qu’ils me feraient certains examens gratuitement, mais que je pouvais passer ces tests et ne pas être sûr pour auatnt de ne pas avoir le cancer. Toutefois, si je leur donnais vingt-cinq dollars pour subir tel examen , je serais A PEU PRES sûr de ne pas avoir le cancer. Pour être ABSOLUMENT certain, après l’examen à vingt-cinq dollars, je pouvais prendre l’examen à soixante-quinze dollars, et si je réussissais celui-là aussi, je serais tranquille. Ca voudrait dire que mes troubles étaient dus à l’alcoolisme, à mon état nerveux ou à une chaude-pisse. Ils parlaient bien, ils parlaient clair, les petits minets avec leurs habits blancs du Centre Cancéreux, et j’ai dit :

« En fait, c’est cent dollars.

Humm hum « , ils ont fait, et je suis sorti pour une bordée de trois jours et les tumeurs ont disparu ainsi que les vertiges et les crachements de sang.

 

(Charles Bukowski, Factotum, p. 171-72)

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Signé

C’était à Vittorio Veneto qu’on avait gagné la dernière bataille avant l’armistice avec les Autrichiens le 4 novembre 1918.

« Les vestiges de ce qui fut une des plus puissantes armées au monde remontent en désordre et sans espoir les vallées que nous avions descendues avec assurance et fierté. Signé Diaz. »

C’était écrit dans le bulletin de la victoire affiché partout, et vous n’imaginez pas combien de jeunes parents, à l’époque, se précipitaient à l’état civil et déclaraient : Signé! çui-ci, on l’appelle Signé, comme Diaz. » Il y avait un tas de Signé partout. Mes oncles, en revanche – par exemple lorsqu’ils venaient d’annoncer quelque chose d’important à l’auberge -, concluaient de temps en temps « Signé Peruzzi! » en assenant un beau coup de poing à la table. Y compris quand ils abattaient un as. Surtout mon grand-père : « Signé Peruzzi! »

Canal Mussolini, d’Antonio Pennacchi, p. 148.

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