Archives mensuelles : janvier 2014

Plume : La Saint-Zano

J’ai toujours eu des relations très spéciales avec mes professeurs d’art. Ayant toujours été d’une nullité affligeante dans ce domaine – contrairement à ma mère, touche-à-tout surdouée – j’imagine que c’est assez logique : après tout, j’étais dans les premiers de la classe dans tous les domaines, exception faite du sport et du créatif. Je vous parlerai un jour de Monsieur Lefèvre, mon « prof de travaux manuels » en primaires, mais je vais ce jour vous conter l’histoire de la Saint-Zano, cuvée 1976.

Alors voilà. Je suis au même athénée depuis cinq ans, fait partie des « premiers de classe » depuis plus de dix – ça commence à me saoûler d’ailleurs – et vient juste de découvrir que les filles ne sont pas aussi inintéressantes que je le pensais encore il y a peu. Je n’ai été qu’une fois en retenue de ma vie (et encore, j’ai payé pour un autre). J’ai récemment obtenu de ma mère de pouvoir toucher en liquide la somme normalement utilisée pour payer les repas de midi à la cantine et utilise cet argent pour me gaver de pâtisseries et m’offrir des tangos (bière + grenadine) au café du coin tous les midis, ou presque. Bref, je commence à me dévergonder et décide de me lâcher un peu aussi en cours. Et l’une de mes premières victimes sera – qui l’eût cru ? – ma professeur de dessin technique.

S’il y a bien une chose qui me fait royalement ch…, c’est le dessin technique : je n’y vois aucun intérêt, me retrouve systématiquement les mains pleines d’encre – je ne vous parle même pas de mes dessins – et ma prof est catastrophique au niveau discipline : à son cours, les gens dînent, se font du café, lisent des BDs, discutent à voix très haute. Bref, c’est la victime expiatoire rêvée !

Par une belle journée de printemps, me voilà pris d’inspiration à la vue d’une bouteille d’apéritif Cinzano – une variante du Martini. C’est décidé : cet après-midi, je fêterai la Saint-Zano au cours de dessin. Je convertis donc deux jours de croissants et tangos en alcool à bon marché et, en plein cours, ouvre ma bouteille – au vu et au su de tous – et commence à picoler. Ayant amené des gobelets en plastique, j’en propose bien entendu à la ronde, toujours sans susciter la moindre réaction ! Au bout d’une bonne demie heure, la prof a finalement bien dû intervenir, mon taux d’alcoolémie me rendant quelque peu envahissant 🙂

Bien évidemment, je l’ai payé plus tard – un examen de passage en dessin scientifique en dernière année, ça la fout mal – mais je ne regrette en rien d’avoir, pour la seule et unique fois, arrosé un saint !

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Plume : Hiver

J’ai froid au corps et à l’âme,
Je rêve de feu, de flammes,
J’en viendrais presque à souhaiter
Qu’Elle vienne enfin m’emporter.

A quoi bon t’offrir encore
Toutes les larmes de mon corps ?
Jusques à quand, Pécore,
Me feras-tu souffrir… alors ?

Ah! Seul persiste l’espoir
D’un jour prochain, Ambrine,
Où je pourrais enfin te voir
Et trouver une rime en « -rine ».

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Plume : We don’t need another hero

Etrange mardi !

Vu que j’ai travaillé (au café) samedi et dimanche, et que c’est rebelote pour mardi, mercredi et jeudi soirs, une évidence s’est imposée à moi hier soir: si je voulais faire la java, c’était le seul jour qui restait.
Et java il y eut – les bars étaient d’ailleurs étonnamment bien remplis pour un lundi, ce qui ne fit que m’encourager dans la débauche. Ainsi, après une petite mise en train à la pils (pour accompagner ma pita), je goûtai la Bieken, bière blonde au miel recommandée par un collègue la veille. Si l’effet est très agréable, au niveau goût je m’attendais à mieux: on a un peu l’impression de boire une Duvel à laquelle on aurait rajouté du miel. Ca se laisse boire, mais sans plus.

Ayant changé de crêmerie, je me rabattis alors sur une valeur sûre: une bonne Triple Karmélite de derrière les fagots, et dans le verre ad hoc s’il vous plaît! Ce verre est à lui seul une oeuvre d’art qui mérite le détour, et son contenant est extrêmement plaisant au palais et vous fait planer en douceur jusqu’au niveau supérieur.
Ayant atteint un niveau d’ébriété qui me semblait étrangement élevé, je décidai de calmer le jeu et me contentai d’un Mojito, puis d’un Havana Club nature pour terminer la soirée.

Et, malgré une bonne nuit, je me réveillai avec un mal de crâne tenace, qui résista à ma promenade matinale et à un bon petit déjeûner. Décidant de prendre le taureau par les cornes, je repartis de plus belle: malgré le crachin qui menaçait de débarquer à tout moment, un petit tour des étangs d’Ixelles, avec Pink Floyd en fond sonore, ne pouvait que faire du bien à mes neurones tambourinantes !

Et c’est ainsi que, grâce au Havana Club, je me retrouvai à point nommé pour m’apercevoir que, ce qui me semblait être un bien étrange canard dans le deuxième étang, n’en était pas un. Il s’agissait en fait d’un être humain de petite taille et de sexe féminin, qui semblait apparemment hésiter avant d’entreprendre une nouvelle tentative de jeu du sous-marin.

Après avoir enlevé mon casque de walkman pour demander à la donzelle si elle avait besoin d’aide et enlevé mon manteau pour me préparer au plongeon, mon cerveau embrumé se rendit finalement à l’évidence: cette jeune fille n’était pas tombée malencontreusement dans l’étang … et elle n’avait pas l’air non plus fermement décidée à poursuivre ses expériences aquatiques: je n’eus qu’à tendre les bras vers elle pour qu’elle se dirige vers la berge, où nous fumes bientôt assis.

J’entamai un très bon extrait du Comment remonter le moral d’un suicidaire qui vient de se louper pour les Nuls, pour me rendre compte que la principale intéressée n’y comprenait goutte. « No Entiende », ajouta-t-elle d’ailleurs. L’anglais n’ayant pas mieux marché et mes questions concernant une amie ou des parents chez qui je pourrais l’amener (en espagnol plus qu’approximatif) n’ayant pas donné de résultats probants, je me résolus donc à l’accompagner au service d’urgence le plus proche, surtout que, malgré mon manteau, la belle, trempée jusqu’aux os, tremblait de froid. Le trajet n’aura pas amélioré mon opinion sur l’être humain moyen : entre les filles, qui me regardaient comme si j’étais un sale con de satyre (« qu’est-ce que ce salopard lui a fait pour la mettre dans cet état! ») et les mecs, qui la regardaient d’un air méprisant vu ses vêtements trempés et souillés d’herbe et de vase, je disposais d’un brillant échantillon de connerie humaine à l’oeuvre.

Bref, plus de peur que de mal pour la jeune fille – qui aurait de toute façon probablement renoncé d’elle-même si je n’étais pas passé par là. Par contre, une grosse déception pour moi. En effet, j’ai souvent fantasmé, principalement lorsque j’étais moi-même très déprimé, pouvoir sauver une vie en donnant la mienne, du genre « je plonge pour sauver l’enfant qui va se faire renverser par une voiture ». Eh bien le statut de chevalier servant est totalement surfait ! Non seulement j’ai passé une demi-heure à être mal à l’aise et à avoir l’impression d’être Goliath (cette jeune hispanique devait faire 1m50 au maximum), mais en plus, je me sens plutôt sale, comme si j’avais commis un acte peu recommandable. Pourtant, la doctoresse du service des urgences, elle, s’est montrée plutôt gentille (c’est bien la seule dans cette histoire, d’ailleurs). Enfin, mes illusions se sont envolées, et je sais maintenant pourquoi le monde manque de héros.

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Plume : La Gandalfitude du porno

Je ne sais pas si c’est aussi votre cas, mais le sujet qui me préoccupe le plus, actuellement, c’est l’influence de Gandalf sur le porno.

Saviez-vous, par exemple, qu’une des actrices porno les plus prises pour le moment a choisi comme nom de scène Barbara Gandalf ? Et que dire de l’émergence de sites tels que gandalfporn ?

J’avoue que, de prime abord, je n’ai pas très bien compris la démarche marketing du milieu Triple-X. Mais en y allant un peu plus profond, j’ai fini par entrevoir (entre deux glandes mammaires hypertrophiées) l’angle recherché par ce(tte Terre du) Milieu.

Car en effet, (rendu) aveugle que j’étais (par de trop nombreux recours au pilotage manuel), je ne voyais pas ce que les 99 spectateurs et l’unique spectatrice (gay et attirée par le hardcore SM, selon toute probabilité), pouvaient bien trouver d’excitant à l’idée de voir Gandalf se faire prendre en levrette par Radagast, pendant qu’Arwen lui fait une édifiante démonstration de sa maîtrise de la flûte à deux schtroumpfs, tandis qu’à l’arrière-plan, des espèces de nains aux pieds velus et profitant pleinement de leurs pipes, psalmodient en choeur « Ô Bite! »

Par contre, j’imagine aisément que le scénario suivant pourrait, ma foi, rencontrer un certain succès:

Comme toutes les dix-huit lunes, afin de célébrer dignement l’anniversaire de Con d’Or, Gandalf organise dans la cité aux sept murailles une partie de colin-maillard. Il en profite pour dévoiler à l’assemblée des pratiques strauss-kahniennes, dignes de la Saint DominiQ.

Déterminé à nous prouver, une fois pour toutes, la supériorité de son anneau de pouvoir sur celui d’Elrond, il nous offre une véritable démonstration de ses dons d’endurance et de son talent, indéniable il faut bien l’avouer, pour le billard à six trous.

Finalement, alors que Gandalf s’est planté au beau milieu de la pièce (et des fesses de Galadriel), Saruman ouvre la porte et crie: « Prenez-moi! », ce à quoi le mage rétorque, d’un ton péremptoire: « You shall not pass ! »

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If ( Rudyard Kipling)

Voici le célèbre poème “If-” de Rudyard Kipling (1910) traduit de l’anglais par André Maurois (1918). Ce texte n’est pas écrit par un homme, mais il a été inspiré à un homme.

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;

Si tu peux être amant sans être fou d’amour,
Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre,
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d’un mot ;

Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère,
Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaître,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n’être qu’un penseur ;

Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,

Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tous jamais tes esclaves soumis,
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire
Tu seras un homme, mon fils.

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Les Rois des sables (George R. R. Martin)

Les Rois des sables (titre original : Sandkings) est un recueil de nouvelles de science-fiction de l’écrivain américain George R. R. Martin publié aux États-Unis en décembre 1981 et en France en 2007.

Parmi les 7 nouvelles qui composent ce recueil, Par la croix et le dragon a remporté les prix Hugo et Locus de la meilleure nouvelle courte et Les Rois des sables a remporté les prix Nebula,  Hugo et Locus de la meilleure nouvelle longue. Le recueil lui-même a remporté le prix Locus du meilleur recueil de nouvelles d’un auteur unique en 1982.

Nota: même si j’ai choisi la couverture de la première édition, cette dernière ne comportait que 6 des 7 nouvelles. Je vous recommande donc l’édition J’ai Lu de 2013.

Ne tenant pas à trop spoiler, je ne vais parler ici que de la nouvelle qui donne son nom au recueil, qui constitua mon introduction à cet auteur, aujourd’hui très connu.

Synopsis

De retour d’un voyage d’affaires extra-planétaire, Simon Kress découvre avec amusement que ses piranhas se sont entre-dévorés et que des deux créatures exotiques qui vivaient sur sa propriété, seule une subsiste. En quête de nouveaux familiers pour alimenter ses jeux cruels, Simon va mettre la main sur une colonie de rois des sables, d’étranges insectes intelligents capables de bien des surprises…

Un riche playboy, lassé de tout, a pour hobby la collection d’animaux exotiques et dangereux, ce qui lui permet de plastronner devant ses amis (et de draguer les filles). Il a déniché sa dernière trouvaille dans un nouveau magasin : 4 colonies de Rois des sables, chacune d’elles consistant en une Gueule immobile et de nombreux insectes mobiles, contrôlés télépathiquement par la gueule. Les mobiles bâtissent, chassent, recherchent de la nourriture et l’amènent à la gueule, qui la digère et nourrit ensuite ses mobiles. Chaque colonie construit un château de sable autour de sa gueule et se bat avec les autres. Il est aussi possible de projeter un hologramme de soi dans le terrarium, pour que les châteaux de sable prennent la ressemblance de leur propriétaire.

Déçu du manque d’agressivité et d’intrigue des créatures, Kress décide de les affamer, provoquant des guerres de la nourriture chaque fois qu’il place quelque chose de comestible dans le terrarium. Il invite ses amis et Wo – la propriétaire du magasin – à venir assister à une bataille rangée entre ses nouveaux joujoux. Si ses amis sont impressionnés, Wo s’inquiète de la sous-alimentation des insectes et assure à Kress que, bien nourris et entretenus, ils développeront des intrigues et guerres bien plus intéressantes que de simples luttes pour leur nourriture. Kress n’en a cure et redouble de soirées où les invités parient sur l’issue des combats. Lors de l’une d’elles, un invité apporte une créature dangereuse et suggère de la mesurer aux Rois des sables, qui en viennnent aisément à bout. D’autres matches suivent, tous remportés par les insectes.

Apprenant qu’une de ses ex, Cath, a envoyé un rapport à son sujet à l’équivalent local de la SPA, il filme un chiot livré en pâture à ses chouchous et lui fait parvenir la cassette. En allant se coucher, il remarque que son visage, sur les châteaux de sable, est devenu sinistre et déformé. Outragé, il donne un coup d’épée dans une des gueules, la blessant sérieusement, puis va se coucher. Le lendemain, Cath débarque avec une hache, bien décidée à détruire le terrarium. Dans la lutte qui s’ensuit avec Kress, elle fait une mauvaise chute fatale, non sans avoir d’abord libéré les insectes. Kress panique et s’enfuit. A son retour, les Rois des sables ont pris le contrôle : deux colonies se sont installées dans le jardin, une autre a emporté le cadavre et squatte la cave, la dernière semble avoir disparu …

Le reste à l’écran, comme on dit au cinéma. En tous cas, je me souviens que cette histoire m’a plus foutu  la pétoche qu’Alien et, si je la considère comme la meilleure de cet ouvrage, le reste n’est certainement pas de la roupie de sansonnet : Chaudement conseillé !

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Plume : Mon Père

L’insomnie et moi, nous sommes de vieux amis. Je me souviens encore de la première fois que ça m’a prit : j’avais 7 ans. Je venais de passer la journée chez un pote d’école et on m’avait proposé du café au goûter. N’en ayant jamais bu auparavant, j’avais sauté sur l’occasion d’essayer. Deux fois. Me voyant me tortiller sans fin dans mon lit quelques heures plus tard, ma mère me demanda si j’avais fait quelque chose de spécial chez Yves, pour être dans cet état là (c’est à dire en pleine forme à 21h30). Je mentionnai le café et ma mère compris et m’expliqua son effet, qui m’était inconnu. Au enième « Allez, essaye encore, il faut que tu dormes, tu as cours demain … », je lui répondis tout-à-trac « Mais c’est pas grave, maman : je dormirai demain ». Ce qui la fit se plier en quatre de rire. C’est pour ça que je m’en souviens comme si c’était hier : c’était la première fois que moi, j’y arrivais !

Toujours est-il que cette soirée était en quelque sorte prophétique, vu que les troubles du sommeil m’ont poursuivi tout au long de mon existence, en général causés par l’une des trois raisons suivantes : des soucis d’argent, une journée atroce (au boulot ou en général) et enfin une journée trop belle. Aujourd’hui, c’est la troisième possibilité qui m’a tenu éveillé.

Et, comme lorsqu’on n’arrive pas à dormir, on a tendance à beaucoup cogiter, j’ai tout d’un coup pensé à ma grand-mère (paternelle), une personne trop belle pour que je puisse vous la décrire, puis, naturellement, à mon père. C’est rare que je pense à lui. Et tout-à-coup, j’ai compris une chose : si je ne profitais pas de l’occasion pour coucher mes pensées sur le … bloc-notes de Windows, je ne le ferais plus après avoir dormi.

Mon père était avocat, au Barreau de Charleroi. Communiste … avec plein de potes communistes, la plupart exerçant au même endroit (j’ai eu moi-même du mal à y croire pendant longtemps). Poète et doué pour les langues. Ca – et ses grandes oreilles face à la route, il me l’a refilé. Et surtout alcoolo. Du genre à partir tout claquer dans les bars après avoir été payé par un client. Du genre à aller fouiller dans les armoires de ses potes avocats communistes, chez qui il était invité, à la recherche de bouteilles d’alcool à s’enfiler. Tout ça, bien sûr, on me l’a raconté beaucoup plus tard, parce qu’en ’63 (j’avais 4 ans), mon père a pris des médocs avec sa gnôle et ne s’en est jamais remis.

Ma mère, qui avait arrêté de travailler à ma naissance, a donc du reprendre des intérims comme institutrice froebellienne et, vu ses opinions politiques, son franc-parler et son manque de pistons, a mis près de 5 ans avant d’être nommée (c.à.d. fonctionnaire à durée indéterminée, en gros). vers cet âge là, je commençais à comprendre que l’on m’avait caché des choses. Notamment sur mon père. et sur ma mère, qui l’avait trompé à plusieurs reprises sous son propre toit, en s’en vantant. Du coup, les incessantes engueulades, tournant parfois à l’empoignade, entre eux ne me parurent plus aussi étranges. Ne vous inquiétez pas, mon père était bâti comme moi, 55 kilos pour un mètre 80, et ma mère n’était pas du genre à se laisser faire, ni alors, ni jamais ! Plus tard, je commençai à me demander si Paul, puisque c’était son prénom, ne s’était pas suicidé pour d’autres raisons que « il avait fait une boulette au Barreau et croyait être radié ». Je n’ai jamais poussé l’enquête, ne le ferai jamais et c’est très bien ainsi. Mais quand même, parfois encore, ça me taraude.

C’est drôle. Je n’ai jamais parlé de mon père ainsi à personne. Même la femme avec qui j’ai partagé onze ans de ma vie n’en connaît pas le quart. Elle n’avait qu’à me le demander, aussi ! Les seules fois où je parle de mon père, c’est pour vite expliquer qu’il est mort depuis longtemps. Dans les bars que j’aimais bien à Bruxelles, par contre, j’ai souvent proclamé (parfois à jeun, la plupart du temps pas) que mon père avait été une combinaison hétéroclite d’avocat-communiste et poète-alcoolique. Et que j’étais donc très fier d’être son fils … et qu’il m’ait légué un aussi beau nom (Arbalestrie, moi j’adore. En plus, ça veut dire « là ou on fabrique arbalètes et carreaux » : incroyable, non, je devais être prédestiné à la Fantasy et au jeu de rôle 😀 ). Et je suis fier d’être plus-à-gauche-que-ça-tu-meurs-avec-forte-tendance-anarchiste, ex-alcoolo, poète un jour je l’espère. Bon, au niveau couple, c’est 0-0 balle au centre, mais j’ai encore une chance de me rattraper 😉

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Marionnette (Charles de Lint)

Ce n’est pas tant
Ce qu’ils me font faire
Que leurs mains en moi.

(traduction maison)

tiré de la nouvelle Saskia

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Plume : Quand j’aurai …

Quand j’aurai soixante ans
Je n’aurai plus de dents
Sauf peut-être, nonobstant,
Une ou deux par devant.

Quand j’aurai septante ans,
Mes cheveux grisonnants,
Un nez toujours trop grand,
Mon visage d’enfant ?

Quand j’aurai nonante ans,
Où en sera mon gland ?
De toi cela dépend !
Alors, qu’est-ce que t’attends ?

 

A GB, dont la chanson préférée des Beatles m’a servi d’inspiration

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Saskia – Charles De Lint (extrait)

Juste pour le plaisir – et parce qu’il s’agit quand même de mon auteur préféré – je vous poste ma traduction du premier chapitre de Saskia, une nouvelle de Charles De Lint que vous pouvez retrouver dans le recueil Magie Verte  –traduite cette fois par un(e)professionnel(le).

« La musique en mon coeur je portai

Bien après qu’elle se fut estompée. »

 Wordsworth.

 

J’envie la musique qu’entendent les amoureux.

Je les vois marcher, main dans la main, côte à côte dans la file au cinéma ou dans le métro, tête contre tête, assis sur un banc dans le parc, et je meurs d’envie d’entendre la chanson qui se joue entre eux : les accords excitants de la première floraison d’une romance, les airs majestueux qui se murmurent entre un couple depuis longtemps en amour. Cela se voit à la façon dont ils se regardent, les coups d’oeil échangés, l’effleurement d’une main sur un coude, le sourire qui ne peut être aussi doux que pour l’être aimé. Si vous écoutez bien, vous pouvez presque l’entendre. Presque, mais pas tout-à-fait, parce que la musique leur appartient et que tout ce que vous pouvez en capter n’est qu’un vague écho, qui émerge par-dessus le murmure et le brouhaha aigre-doux de vos propres souvenirs, ombres en lambeaux, vibrantes d’excitation, remis en tête par quelque incident oublié, remémorés seulement tard la nuit, au petit matin. Ou à travers le bonheur des autres.

Mes propres bonheurs ont été rares et de courte durée, sans que j’y ai mot à dire. Ce manque d’une relation durable est l’unique chose que je partage avec mon frère, à l’exception d’une enfance sur laquelle aucun d’entre nous n’a envie de s’appesantir. Nous semblons toujours rencontrer des femmes que nous volent les circonstances, nous pourchassons des fantômes et des esprits et finissons par n’accrocher que des souvenirs et des rêves. Ce n’est pas tant que nous désirions ce que nous ne pouvons obtenir ; c’est plutôt que nous avons étreint dans nos bras notre plus cher désir, pour ensuite le voir nous glisser entre les mains.

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