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L’homme illustré (Ray Bradbury)

Cette collection de 18 récits courts, n’ayant que peu de liens les uns avec les autres, est l’histoire d’un homme couvert de tatouages. Chaque tatouage est capable se mouvoir et raconte une histoire. Plusieurs hommes illustrés apparaîtront d’ailleurs au fil des histoires.

Cette collection nous permet d’examiner certains thèmes que Bradbury revisitera au cours de sa carrière. La menace de la technologie, qui nous déshumanise, est évidente dans « The Veldt » et « Marionettes, Inc. ». La peur du conflit nucléaire est présente dans « L’autoroute », « L’Autre Pied », « Le Renard et la Forêt » et, à peine déguisée, dans « La dernière Nuit du Monde ». La censure constitue le fil directeur des « Exilés » et intervient dans « Le mixeur de béton ».

« Le Veldt »: Dans une maison futuriste, une nursery permet de réaliser tous les fantasmes d’enfant. Alice peut y prendre le thé; pirates, fées et Cendrillon la fréquentent. Les enfants (Peter et Wendy), y conjurent un Veldt africain, rempli de lions, qui finit par devenir par trop réaliste.

« Kaleidoscope »: L’une des nouvelles les plus connues et dérangeantes de Bradbury. Elle commence après l’explosion d’un vaisseau spatial. Les astronautes survivants tombent sans fin dans l’espace et l’histoire n’est en fait que le récit de ces derniers moments.

« Les Exilés »: Les histoires de Fantasy ou surnaturelles ont été interdites sur Terre; aussi, leurs auteurs (pour la plupart ramenés d’entre les morts) et leurs personnages ont émigrés sur Mars. Charles Dickens est là, même s’il estime ne pas être à sa place. Poe est leur chef, et lorsqu’ils apprennent qu’une attaque terrienne va se produire, ils préparent leur riposte.

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Logorrhée

Tout débuta à New York, dans un salon de coiffure de la cinquième avenue. Ce qui, d’une certaine manière, respectait une certaine logique : la Pomme Pourrie en avait vu bien d’autres et l’expression « Couper les cheveux en quatre » – qui était aussi le nom du salon de coiffure – y trouvait un sens nouveau.

Tout commença, donc, par une belle après-midi, le samedi 4 septembre 2017 à 15:45 pour être précis. Linda Lovelace était venue pour une coloration. Elle trouvait que Jim, son amant depuis trois mois, commençait à regarder avec un peu trop d’intérêt les passantes court-vêtues, et avait en conséquence décidé de lui faire une surprise, espérant ainsi transformer leur automne en printemps. Après avoir longuement hésité et consulté plusieurs revues de mode, elle avait fini par opter pour une teinte fauve, qui  s’accorderait bien avec ses yeux bleu-verts. Linda était donc confortablement installée dans un fauteuil Eames en cuir noir, attendant qu’Andy apporte la touche finale à une coupe suggérant un drapeau espagnol vu par Kandinsky.

C’est à ce moment qu’elle fut prise de nausée. Un premier haut-le-corps la secoua; le second suivit sur ses talons, sans lui laisser le temps de réagir. Une douleur insoutenable lui saisit l’estomac, remonta le long de sa gorge et un flot de lettres multicolores couvertes de bile jaillit de sa bouche pour aller s’écraser sur le carrelage. Un V violacé, un I incarnat et un O orange sanguine furent bientôt suivis de deux E coquille d’oeuf et d’un C d’un bleu céruléen. Se retournant vers la source de ces étranges borborygmes, Andy et les autres clientes du salon n’eurent que le temps de voir Linda s’effondrer dans un dernier râle, un T turquoise suspendu à la lèvre inférieure. Le vacarme provoqué par la chute du fauteuil fut suivi d’un silence kafkaïen, puis de cris stridents  issus de plusieurs gorges féminines.

Le médecin dépêché sur place ne put que constater les faits et avouer son ignorance totale quant à la cause du décès. Seul indice : un H gris perle retrouvé coincé dans la bouche de la victime.

Une semaine plus tard, une scène semblable se déroula sur un parcours de golf de la banlieue tokyoïte. La victime était cette fois une japonaise de trente-cinq ans, mariée et mère de deux enfants. Aucun témoin n’était présent lors des faits, mais les services d’urgence découvrirent Yoko Hirawa entourée de plusieurs caractères Kanji souillés de salive et de bile.

Quelques jours plus tard, à une terrasse de café bordelaise, c’est un jeune bellâtre, étoile montante de la téléréalité, qui, en plein flirt avec une voisine de table, se mit à éructer des lettres colorées, pour terminer la tête dans le gigantesque verre de Planteur de la belle. Malheureusement trop choquée, la jeune femme ne remarqua pas que les lettres surnageant dans son cocktail formaient le mot star. Cela aurait pourtant permis de faire gagner un temps précieux à l’enquête.

Telle une traînée de poudre, l’émergence de cette épidémie d’un genre nouveau inonda la presse internationale et les réseaux sociaux. Les experts médicaux, courtisés par les médias, se perdirent en circonvolutions absconses destinées à camoufler tant bien que mal leur perplexité. Les politiciens ne firent rien non plus pour rasséréner la population, obnubilés comme toujours par leur vision à court terme et leurs querelles de clocher.

Les rares informations qui finirent par filtrer n’étaient guère encourageantes. La planète entière semblait touchée : la chamarre – ainsi baptisée par un médecin bordelais – tuait apparemment sans distinction de race, couleur ou nationalité. Les vecteurs de sa propagation exponentielle restaient insondables, tout vaccin ou méthode curative hypothétique. Les statisticiens mirent quand même en évidence quelques détails intéressants. Ainsi, l’épidémie avait frappé en Afrique du Sud et au Maghreb, mais l’Afrique Noire était jusqu’ici relativement épargnée, tout comme d’autres régions défavorisées ou isolées du globe : Bangladesh, Népal et Terre de Feu notamment.

La panique grandit avec le nombre des victimes et provoqua quelques catastrophes mémorables. Ainsi, l’hystérie provoquée par un passager, pris d’un malaise à bord du vol ITA527 Rome-New York, coûta la vie à plus de deux cents personnes.

Le fin mot de l’affaire fut finalement découvert inopinément par un fan d’émissions de téléréalité qui, le premier, réalisa que les lettres régurgitées constituaient des anagrammes de shows célèbres. Les émissions de téléréalité, non contentes de s’attaquer au cerveau de leurs afficionados,  s’étaient transformées en armes de destruction massive. Sans un revirement drastique au niveau de la programmation du petit écran, la race humaine était menacée d’extinction !

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