Archives de Catégorie: Poésie

Pas d’accord avec Sim !

A_-_KomprimiertGolden_Eagle

L’allée des azalées,
Orangées tel les blés,
Souvent j’ai visité,
Par l’arôme alléché.

Ce buisson foisonnant,
Aux branches pétalant
De pistils éclatants
Aux effluves enivrants,

M’inspire et me détend,
Rend mon pas sautillant
Et mes yeux pétillants
Dès l’orée du printemps.

Superbe éricacée,
Splendeur ensoleillée,
Tes trompes évasées
N’ont cesse de m’inspirer.

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L’éclatante victoire de Sarrebruck

L’éclatante victoire de Sarrebruck (1)

remportée aux cris de vive l’Empereur!

Gravure belge brillamment coloriée, se vend à Charleroi, 35 centimes.

prise.PNG
Au milieu, l’Empereur, dans une apothéose
Bleue et jaune, s’en va, raide, sur son dada
Flamboyant; très heureux – car il voit tout en rose –
Féroce comme Zeus et doux comme un papa;

En bas, les bons Pioupioux qui faisaient la sieste
Près des tambours dorés et des rouges canons,
Se lèvent gentiment. Pitou remet sa veste,
Et, tourné vers le Chef, s’étourdit de grands noms!

A droite, Dumanet, appuyé sur la crosse
De son chassepot, sent frémir sa nuque en brosse,
Et : « Vive l’Empereur!! » – son voisin reste coi…

Un schako surgit, comme un soleil noir… – au centre,
Boquillon (2) rouge et bleu, très naïf sur son ventre
se dresse et – présentant ses derrières – : « de quoi?… »

Octobre 70.

Arthur Rimbaud

 

(1) : Piètre victoire remportée par les Français sur les Prussiens le 2 août 1870, qui fut magnifiée par l’Empereur. Pour Rimbaud, elle ne se réduit qu’à une ridicule image d’Epinal, proche sans doute de la gravure belge qui sert de prétexte à ce poème antinapoléonien.

(2) : personnage d’ahuri rendu célèbre par l’imagerie d’Epinal.

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The solitary reaper (William Wordsworth)

Behold her, single in the field,
Yon solitary Highland Lass!
Reaping and singing by herself;
Stop here, or gently pass!
Alone she cuts and binds the grain,
And sings a melancholy strain;
O listen! for the Vale profound
Is overflowing with the sound.

No Nightingale did ever chaunt
More welcome notes to weary bands
Of travellers in some shady haunt,
Among Arabian sands:
A voice so thrilling ne’er was heard
In spring-time from the Cuckoo-bird,
Breaking the silence of the seas
Among the farthest Hebrides.

Will no one tell me what she sings?–
Perhaps the plaintive numbers flow
For old, unhappy, far-off things,
And battles long ago:
Or is it some more humble lay,
Familiar matter of to-day?
Some natural sorrow, loss, or pain,
That has been, and may be again?

Whate’er the theme, the Maiden sang
As if her song could have no ending;
I saw her singing at her work,
And o’er the sickle bending;–
I listened, motionless and still;
And, as I mounted up the hill
The music in my heart I bore,
Long after it was heard no more.

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Babelogue (Patti Smith)

 

 

Patricia Lee Smith dite Patti Smith est une chanteuse et musicienne de rock, poète, peintre et photographe américaine. Mariant la poésie Beat avec le garage rock des années 1960 et 1970, elle est considérée comme la « marraine » du mouvement punk.

Fille d’immigrés irlandais, elle a reçu une éducation religieuse stricte (sa mère était témoin de Jéhovah), dont elle s’est éloignée à l’adolescence. Elle dit d’ailleurs, dans sa reprise du Gloria de Them, « Dieu est mort pour les péchés de quelqu’un, mais pas les miens ».
Elle a été très influencée par le photographe Robert Mapplethorpe, avec qui elle a entretenu une relation passionnée.
Avant de former son groupe, elle a failli devenir chanteuse de Blue Oyster Cult, groupe pour lequel elle a d’ailleurs écrit plusieurs textes de chansons.
(Source : Wikipédia)

« Patti smith fait du slam avant l’heure. Elle débite. Elle éjacule ses phrases comme des obus en direction des auditeurs. »
(Etienne Ethaire, parlant de Babelogue dans son livre Camion blanc : Patti Smith, fille de Rimbaud).

Ces deux morceaux, le monologue Babelogue introduisant la chanson Rock and roll nigger, sont extraits de l’album Easter (1978), qui a constitué mon introduction à l’oeuvre de cette artiste (et qui reste mon préféré).

Bébélogue

Je n’ai pas beaucoup baisé par le passé,
Mais j’ai beaucoup déconné avec l’avenir.
Sur la peau de soie se trouvent les cicatrices
Des échardes des postes (de police)
Et des murs que j’ai caressés.

La scène est comme un verrou de bois,
Comme une bûche d’Hélène (1), c’est mon plaisir.
Je mesurais la réussite d’une nuit
A la façon, à la façon, à la quantité de pisse et de semence
Que je pouvais exsuder des colonnes où se nichait la P.A. (2)

Certains soirs, je surprenais tout le monde en disparaissant,
Vêtue d’une jupe en filet vert, sur laquelle était cousus
Des cercles plats et métalliques qui éblouissaient et étincelaient.
Les lumières étaient violettes et blanches.
Je possédais un voile ornemental, mais je ne supportais pas de le porter.

Quand j’avais les cheveux courts, je crevais d’envie de me couvrir le crâne,
Mais, à présent, mes cheveux eux-mêmes forment un voile,
Et le cuir chevelu est celui d’un
Comanche fou et endormi
Allongé sous le filet de la peau.

Je me réveille. Je suis paisiblement allongée,
Je suis paisiblement allongée, et mes genoux s’ouvrent au soleil.
Je le désire, et il est tout à fait prêt à me prendre.
Je suis Musulmane de cœur ;
Je suis Américaine de cœur ;
Je suis Musulmane de cœur,
De cœur, je suis une artiste américaine,
Et je ne me sens pas coupable.

Je recherche le plaisir.
Je recherche les nerfs sous ta peau.
L’arche étroit ; les strates ;
le rouleau de laitue ancienne.

Nous idolâtrons l’imperfection, le ventre, le ventre,
Le grain de beauté sur le ventre d’une putain exquise.
Il a épargné l’enfant et a gâté la tige.
Je ne me suis pas vendue à Dieu.

(1) Beaucoup de fans ont essayé de traduire cette chanson; peu y sont arrivés. Patti semble ici jouer sur les mots bolt, qui peut désigner un verrou comme un plug anal, et log, qui signifie bûche, mais aussi journal. La Hélène dont elle parle est membre du groupe Helen Wheels; elle et Patti se sont souvent répondu par le biais de chansons, pour exorciser la dépendance textuelle qu’elles nourrissaient l’une pour l’autre.
(Merci à Galois pour son aide inappréciable concernant ce passage).

(2) J’ai beaucoup de mal à traduite cette phrase, sans savoir exactement quel sens Patti donnait à P.A.
Je pense finalement qu’il ne s’agit pas de l’abbréviation de Pennsylvania ou Personal Announcement (system), mais qu’elle parle de son sexe (et que les colonnes sont donc ses jambes).

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François Villon

Né en 1431 ou 1432, François Villon est considéré comme le premier poète moderne. Plusieurs moments de sa vie demeurent obscurs; il a tour à tour fréquenté les mauvais garçons et les grands de son époque.

Bachelier de la faculté de Paris, il tue un prêtre au cours d’une rixe en 1455 et doit fuir la ville. En 1461, après une série de vols, il est emprisonné, puis délivré sur l’ordre de Louis XI. Il publie en 1462 son Testament, qui contient plusieurs ballades et rondeaux écrits auparavant. A nouveau emprisonné pour vol, il est libéré, puis mêlé à une nouvelle rixe et condamné à la pendaison (1463). C’est alors qu’il écrit le Quatrain et l’Epitaphe (plus souvent appelée Ballade des pendus). Le jugement est annulé, mais il est banni de Paris. On ne sait rien du reste de sa vie.

Quatrain

« Je suis François dont il me poise,
Né à Paris emprès Pontoise,
Et de la corde d’une toise
Saura mon col que mon cul poise. »

Je suis François et cela me pèse, Né à Paris près de Pontoise, Et de la corde d'une toise Mon cou saura ce que mon cul pèse.

Dans ce court poème, on décèle bien l’humour souvent désespéré de Villon, notamment dans l’utilisation à double-sens du mot François, à l’époque synonyme de Français (un peu comme le prénom France de nos jours). Même quand il croit sa fin venue, Villon nargue la mort comme il a bafoué la vie.

L’Épitaphe ou Ballade des pendus

« Frères humains, qui après nous vivez,
N’ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis.
Vous nous voyez ci attachés, cinq, six :
Quant à la chair, que trop avons nourrie,
Elle est
piéça dévorée et pourrie, (depuis longtemps)
Et nous, les os, devenons cendre et poudre.
De notre mal personne ne s’en rie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Se frères vous clamons, pas n’en devez
Avoir dédain, quoique fûmes occis
Par justice. Toutefois, vous savez
Que tous hommes n’ont pas bon sens rassis.
Excusez-nous, puisque sommes
transis, (morts)
Envers le fils de la Vierge Marie,
Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
Nous préservant de l’infernale foudre.
Nous sommes morts, âme ne nous
harie, (moleste)
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

La pluie nous a débués et lavés, (lessivés)
Et le soleil desséchés et noircis.
Pies, corbeaux nous ont les yeux cavés,
Et arraché la barbe et les sourcils.
Jamais nul temps nous ne sommes assis
Puis çà, puis là, comme le vent varie,
A son plaisir sans cesser nous charrie,
Plus becquetés d’oiseaux que dés à coudre.
Ne soyez donc de notre confrérie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Prince Jésus, qui sur tous a maistrie,
Garde qu’Enfer n’ait de nous seigneurie :
A lui n’ayons que faire ne que
soudre. (payer)
Hommes, ici n’a point de moquerie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre ! »

« La littérature de Villon est celle d’un poète docte (et non populaire), d’une distinction profonde. Clément Marot signale l’antiquité de son parler, sa façon de rimer, « les meslées et longues parenthèses », « les sentences (phrases) belles comme fleurs », l’esprit. Il aurait pu aussi nous parler de sa musique, de l’expression, de la sensibilité. Villon réussit à nous faire reconnaître son désir de vivre intensément et c’est cela qui rend chez lui l’idée de la mort si bouleversante. Il a vécu ardemment, dangereusement. A le lire, nous vivons à notre tour comme l’hallucination d’un destin, comme la vie d’une âme. »
(extrait de l’introduction à mon édition en poche, par Robert Guiette).

Je n’aurais pu mieux dire, et clairement la musicalité de ses vers et ce désir de vivre intensément, quels que soient les risques que cela comporte, sont ce qui me parle le plus chez Villon.

Vu que les deux précédents font partie des plus connus, je me permets d’y ajouter l’un de mes préférés qui, je trouve, correspond plus à l’image de fêtard, bagarreur, coureur de jupons aux mauvaises fréquentations que je me fais de Villon.

Ballade de merci

« A Chartreux et à Célestins,
A Mendiants et à Dévotes,
A musards et claquepatins, (désoeuvrés et élégants)
A servans et filles mignottes
Portant surcots et justes cottes,
A cuidereaux d’amour transis, (galants présomptueux)
Chaussant sans méhaing fauves bottes, (douleur)
je crie à toutes gens mercis.

A fillettes montrant tétins,
Pour avoir plus largement hôtes,
A ribleurs, mouveurs de hutins, (voleurs, faiseurs de tapage)
A bateleurs, trainant marmottes,
A fols, folles, à sots et sottes,
Qui s’en vont sifflant six à six,
A vessies et mariottes, (marottes)
Je crie à toutes gens mercis.

Sinon aux traîtres chiens mâtins
Qui m’ont fait chier dures crotes (cher – croutes)
Mâcher maints soirs et maints matins,
Qu’ore je ne crains pas trois crottes.
Je fisse pour eux pets et rottes;
Je ne puis, car je suis assis.
Au fort, pour éviter riottes, (querelles)
Je crie à toutes gens mercis.

Qu’on leur froisse les quinze côtes
De gros maillets, forts et massis, (massifs)
De plombées et tels pelotes. (boules de plomb)
Je crie à toutes gens mercis. »

Et si cela vous plaît, un joli choix de ses écrits est disponible ici et l’intégrale de son oeuvre, accompagnée d’une biographie, d’un glossaire, d’un contexte historique, etc. est disponible pour trois fois rien en livre de poche.

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Saint-Valentin scabreuse

Roses are red,
Violets are blue.
Le ciel est bleu,
La mer aussi,
Fuck you !

J’en ai ras’l’bol
de ta sale tronche,
Qui s’étiole
Autant qu’mes bronches
Fuck you !

Ca m’prend deux heures, deux
Quand j’te quitte
Disait Burnel
A la va-vite
J’m’en fous !

Moi je le fais
Encore plus vite;
J’garde la voiture
J’te laisse, j’me cuite,
Fuck you !

(improvisation sur un thème imposé – ici « Le ciel est bleu, la mer aussi, fuck you ! » – et en un temps limité (10 minutes),  février 2016).

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Canicule

Nous vivons une canicule
Qui fait flétrir les renoncules,
S’évaporer les molécules
D’humidité d’leurs pédoncules.

Mais toi, je sais, c’est ridicule,
Tu fais frémir mon ventricule.
J’en pince pour ton matricule.
Je te tiens dans mon réticule,

Mais si tout l’temps tu gesticules,
Que tu avances, que tu recules,
En me parlant de tentacules,
Comment veux-tu que j’t’inocule ?

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Baudelaire : Être toujours ivre

J’ai eu récemment l’occasion d’écrire une « introduction à Baudelaire », destinée à un public de prime abord peu enclin à lire de la poésie. Pour un peu aider à faire passer la pilule, j’ai décidé de ne pas parler de la vie de Baudelaire, de l’aspect technique de son écriture, ou d’autres données aisément accessibles sur le web et dans de multiples ouvrages, mais de me contenter de leur expliquer mon ressenti, en choisissant des textes courts et relativement accessibles. J’imagine que cet article pourra aussi intéresser certains d’entre vous.

La recherche de l’ivresse, seule solution pour oublier le grand ennemi

Un des grands thèmes récurrents chez Baudelaire est le besoin pour chacun de se trouver une « drogue » capable de lui faire oublier la proximité de la mort. Je laisse Serge Reggiani nous en parler…

Ce qui me parle : l’aspect « Carpe Diem » – mis au goût du jour – contenu dans le message du poète; l’ironie anticléricale soujacente, particulièrement mise en évidence par Reggiani (oui, je suis très anticalotin !).

Forcément, le temps, inexorable et impitoyable, est aussi souvent abordé, par exemple dans …

L’horloge

HORLOGE ! Dieu sinistre, effrayant, impassible,
Dont le doigt nous menace et nous dit : « Souviens-toi !
Les vibrantes Douleurs dans ton coeur plein d’effroi
Se planteront bientôt dans une cible;

Le Plaisir vaporeux fuira vers l’horizon
Ainsi qu’une sylphide au fond de la coulisse;
Chaque instant te dévore un morceau du délice
A chaque homme accordé pour toute sa saison.

Trois mille six cents fois par heure, la Seconde
Chuchote : *Souviens-toi !* – Rapide, avec sa voix
D’insecte, Maintenant dit : Je suis Autrefois,
Et j’ai pompé ta vie avec ma trompe immonde !

Remember ! Souviens-toi ! prodigue ! Esto memor !
(Mon gosier de métal parle toutes les langues.)
Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues
Qu’il ne faut pas lâcher sans en extraire l’or !

Souviens-toi que le Temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, à tout coup ! c’est la loi,
Le jour décroît; la nuit augmente; *souviens-toi !*
Le gouffre a toujours soif; la clepsydre se vide.

Tantôt sonnera l’heure où le divin Hasard,
Où l’auguste Vertu, ton épouse encor vierge,
Où le Repentir même (oh ! la dernière auberge !),
Où tout te dira : Meurs, vieux lâche ! il est trop tard ! »

PS : j’ai sué pour retranscrire ce texte à la virgule près, ce qui, dans ce cas-ci, n’était pas évident à accomplir dans le brouhaha d’un bouge mal famé. Toutes les majuscules, guillemets et bizarretés de ponctuation sont donc *voulues* par Baudelaire. A vous de voir ce que vous apporte (ou pas) le fait d’en être conscient…

Ce qui me parle : Particulièrement les 6 vers commençant par « Les minutes, mortel folâtre … », mais j’avoue que le reste n’est pas mal non plus (la voix d’insecte de la Seconde, l’aiguille de l’horloge qui devient un doigt menaçant, …)

Et, Baudelaire ne s’en cache d’ailleurs pas, il a personnellement choisi l’ivresse, qu’il tire autant de ses écrits que du vin et des drogues, dont il fait souvent l’apologie, tant en vers qu’en prose. Un chapitre des *Paradis Artificiels* s’intitule d’ailleurs « Du vin et du haschisch, comparés comme moyens de multiplication de l’individualité », et le même ouvrage contient aussi le « Poème du Haschisch ».
Evidemment, si le compagnon de virée est du beau sexe, c’est encore mieux !

Le vin des amants

Aujourd’hui l’espace est splendide !
Sans mors, sans éperon, sans bride,
Partons à cheval sur le vin
Pour un ciel féérique et divin !

Comme deux anges que torture
Une implacable calenture, (1)
Dans le bleu cristal du matin
Suivons le mirage lointain !

Mollement balancés sur l’aile
Du tourbillon intelligent,
Dans un délire parallèle,

Ma soeur, côte à côte nageant,
Nous fuirons sans repos ni trèves
Vers le paradis de mes rêves !

(1) calenture : délire fiévreux, typique des navigateurs des mers tropicales, probablement observé par Baudelaire lors de ses propres voyages.

Ce qui me parle : Comme souvent chez B., le rythme des mots et des rimes, très chaloupé, m’emporte. Le poète arrive aussi à transformer le cheval en vaisseau : on passe de « mors, éperon, bride » à « mollement balancés, tourbillon, nageant » (Baudelaire vouait un culte sans bornes à la grâce du corps féminin en mouvement et, par corollaire, à tout ce qui le lui rappelle, félins et navires entre autres). Cet amour des chevelures et des corps féminins en mouvement n’est clairement pas pour rien dans mon attirance pour Baudelaire, d’ailleurs.

Et bien sûr, parmi toutes les possibilités d’oublier le tic-tac du temps qui passe, il n’y a pas photo : c’est la femme qui remporte la victoire, avec plusieurs longueurs d’avance (manquerait plus que ça qu’elle perde, aussi !)

Le poison

Le vin sait revêtir le plus sordide bouge
D’un luxe miraculeux,
Et fait surgir plus d’un portique fabuleux
Dans l’or de sa vapeur rouge,
Comme un soleil couchant dans un ciel nébuleux.

L’opium agrandit ce qui n’a pas de bornes,
Allonge l’illimité,
Approfondit le temps, creuse la volupté,
Et de plaisirs noirs et mornes,
Remplit l’âme au-delà de sa capacité.

Tout cela ne vaut pas le poison qui découle
De tes yeux, de tes yeux verts,
Lacs où mon âme tremble et se voit à l’envers …
Mes songes viennent en foule
Pour se désaltérer à ces gouffres amers.

Tout cela ne vaut pas le prodige
De ta salive qui mord,
Qui plonge dans l’oubli mon âme sans remord,
Et, charriant le vertige,
La roule défaillante aux rives de la mort!

Ce qui me parle : « Tout cela ne vaut pas les lacs où mon âme tremble et se voit à l’envers … gouffres amers où je me désaltère » (WOW !), ainsi que la dernière strophe.

Et pour terminer, je vous propose d’écouter Serge Gainsbourg, reprenant « Le serpent qui danse » (1) en bossa nova, sans même devoir déplacer une virgule :

(1) Un des nombreux poèmes dédiés à ou inspiré par sa principale Muse (et amante), Jeanne Duval.

Ce qui me parle : La rythmique du poème, sa musique, son sens de la danse. C’est grâce à cette chanson que j’ai mémorisé mon premier poème de Baudelaire et, encore à ce jour, je suis incapable de le réciter sans erreur si le grand Serge ne vient pas à mon aide, dans un rôle de souffleur plutôt incongru … il reste, bien évidemment, l’un de mes textes préférés.

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Un rêve dans un rêve

Edgar Allan Poe (Boston, 19 janvier 1809 – Baltimore, 7 octobre 1849) est un poète, romancier, nouvelliste, critique littéraire, dramaturge et éditeur, ainsi que l’une des principales figures du romantisme américain. Connu surtout pour ses contes — genre dont la brièveté lui permet de mettre en valeur sa théorie de l’effet, suivant laquelle tous les éléments du texte doivent concourir à la réalisation d’un effet unique — il a donné à la nouvelle ses lettres de noblesse et est considéré comme l’inventeur du roman policier. Nombre de ses récits préfigurent les genres de la science-fiction et du fantastique.

Né à Boston, Edgar Allan Poe perd ses parents dans sa petite enfance ; il est recueilli par John et Frances Allan de Richmond, en Virginie, où il passe l’essentiel de ses jeunes années, si l’on excepte un séjour en Angleterre et en Écosse, dans une aisance relative. Après un bref passage à l’Université de Virginie et des tentatives de carrière militaire, Poe quitte les Allan. Sa carrière littéraire débute humblement par la publication anonyme d’un recueil de poèmes intitulés Tamerlan et autres poèmes (1827), signés seulement « par un Bostonien ». Poe s’installe à Baltimore, où il vit auprès de sa famille paternelle et abandonne quelque peu la poésie pour la prose. En juillet 1835, il devient rédacteur-assistant au Southern Literary Messenger de Richmond, où il contribue à augmenter les abonnements et commence à développer son propre style de critique littéraire. La même année, à vingt-six ans, il épouse sa cousine germaine Virginia Clemm, alors âgée de 13 ans.

Après l’échec de son roman Les Aventures d’Arthur Gordon Pym, Poe réalise son premier recueil d’histoires, les Contes du Grotesque et de l’Arabesque, en 1839. La même année, il devient rédacteur au Burton’s Gentleman’s Magazine, puis au Graham’s Magazine à Philadelphie. C’est à Philadelphie que nombre de ses œuvres parmi les plus connues ont été publiées. Dans cette ville, Poe a également projeté la création de son propre journal, The Penn (plus tard rebaptisé The Stylus), qui ne verra jamais le jour. En février 1844, il déménage à New York, où il travaille au Broadway Journal, un magazine dont il devient finalement l’unique propriétaire.

En janvier 1845, Poe publie Le Corbeau, qui connaît un succès immédiat. Mais, deux ans plus tard, son épouse Virginia meurt de la tuberculose. Poe envisage de se remarier, mais aucun projet ne se réalisera. Le 7 octobre 1849, Poe meurt à l’âge de 40 ans à Baltimore. Les causes de sa mort n’ont pas pu être déterminées et ont été attribuées diversement à l’alcool, à une drogue, au choléra, à la rage, à une maladie du cœur, à une congestion cérébrale, etc.

L’influence de Poe a été et demeure importante, aux États-Unis comme dans l’ensemble du monde, non seulement sur la littérature, mais également sur d’autres domaines artistiques tels le cinéma et la musique, ou encore dans des domaines scientifiques. Bien qu’auteur américain, il a d’abord été reconnu et défendu par des auteurs français, Baudelaire et Mallarmé en tête. La critique contemporaine le situe parmi les plus remarquables écrivains de la littérature américaine du XiXè siècle.

Source : wikipédia

A Dream Within a Dream

Take this kiss upon the brow!
And, in parting from you now,
Thus much let me avow —
You are not wrong, who deem
That my days have been a dream;
Yet if hope has flown away
In a night, or in a day,
In a vision, or in none,
Is it therefore the less gone?
All that we see or seem
Is but a dream within a dream.

I stand amid the roar
Of a surf-tormented shore,
And I hold within my hand
Grains of the golden sand —
How few! yet how they creep
Through my fingers to the deep,
While I weep — while I weep!
O God! Can I not grasp
Them with a tighter clasp?
O God! can I not save
One from the pitiless wave?
Is all that we see or seem
But a dream within a dream?

Un rêve dans un rêve

Recevez ce baiser sur le front !
Et maintenant que je vous quitte,
Laissez-moi du moins avouer ceci : –
Vous n’avez pas tort, vous qui estimez
Que mes jours ont été un rêve;
Cependant, si l’espoir s’est envolé
En une nuit ou en un jour,
En une vision ou en un songe,
En est-il pour cela moins en allé ?
Tout ce que nous voyons ou paraissons
N’est qu’un rêve dans un rêve.

Je me trouve au milieu des mugissements
D’un rivage tourmenté par la houle,
Et je tiens dans la main des grains de sable d’or –
Combien peu ! Et comme ils glissent
A travers mes doigts dans l’abîme, Pendant que je pleure,
Pendant que je pleure !
Mon Dieu ! ne puis-je donc les retenir
D’une étreinte plus sûre ?
Mon dieu, ne pourrais-je donc en sauver
Un seul de la vague impitoyable ?
Tout ce que nous voyons ou paraissons
N’est-il donc qu’un rêve dans un rêve ?

Ce poème, l’un des plus fameux de Poe, a été à maintes reprises adapté en musique. Ma version préférée reste celle de Propaganda, groupe allemand des années ’80. Comme je suis d’humeur généreuse, je vous mets une version studio et une live, à vous de choisir !

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Beasley Street (John Cooper Clarke)

John Cooper Clarke

John Cooper Clarke (né le 25 janvier 1949) est un poète punk britannique originaire de Salford, dans le Grand Manchester. Surnommé dans la presse « le barde de Salford », ses spectacles sont faits de déclamations énergiques et très rapides de ses poèmes. Il a été accompagné musicalement par *The Invisible Girls*, avec comme membres le producteur Martin Hannett, Pete Shelley (chanteur des Buzzcocks), Bill Nelson, Paul Burgess et Steve Hopkins. Il a fait la première partie de groupes comme The Sex Pistols, The Fall, Joy Division, The Buzzcocks, Elvis Costello et Rockpile. Plus récemment, il a ouvert pour Joe Strummer & The Mescaleros (ex-The Clash).
Durant les années 80, Clarke a lutté contre une accoutumance à l’héroïne. Il a vécu avec la chanteuse Nico durant cette période.
Il habite désormais avec sa famille (sa compagne Evie, mère de sa fille Stella, née en 1994) à Colchester, dans le Comté d’Essex (Angleterre) et il a repris des tournées régulières.

Source : wikipédia

Certains poètes, dérogeant aux règles communément acceptées, préfèrent à l’écrit d’autres moyens d’expression. C’est le cas de John Cooper Clarke, dont je tenais à vous faire partager l’une de mes chansons préférées. Mais, désireux de rendre ce poème très politisé – et toujours d’actualité, vu la situation actuelle au Royaume Uni – accessible au plus grand nombre, j’y ai joint, en bas de page, une traduction personnelle qui devrait aider à mieux l’apprécier. Notez que je ne suis pas traducteur professionnel et que la poésie est bien plus ardue à transposer dans une autre langue que la prose; certaines finesses du texte d’origine auront donc disparu en chemin, mais c’est toujours mieux que rien …

Beasley Street
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Far from crazy pavements –
the taste of silver spoons
A clinical arrangement
Far from crazy pavements –
the taste of silver spoons
A clinical arrangement
on a dirty afternoon
Where the fecal germs of Mr Freud
are rendered obsolete
The legal term is null and void
In the case of Beasley Street

In the cheap seats where murder breeds
Somebody is out of breath
Sleep is a luxury they don’t need
– a sneak preview of death
Belladonna is your flower
Manslaughter your meat
Spend a year in a couple of hours
On the edge of Beasley Street

Where the action isn’t
That’s where it is
State your position
Vacancies exist
In an X-certificate exercise
Ex-servicemen excrete
Keith Joseph smiles and a baby dies
In a box on Beasley Street

From the boarding houses and the bedsits
Full of accidents and fleas
Somebody gets it
Where the missing persons freeze
Wearing dead men’s overcoats
You can’t see their feet
A riff joint shuts – opens up
Right down on Beasley Street

Cars collide, colours clash
disaster movie stuff
For a man with a Fu Manchu moustache
Revenge is not enough
There’s a dead canary on a swivel seat
There’s a rainbow in the road
Meanwhile on Beasley Street
Silence is the code

Hot beneath the collar
an inspector calls
Where the perishing stink of squalor
impregnates the walls
the rats have all got rickets
they spit through broken teeth
The name of the game is not cricket
Caught out on Beasley Street

The hipster and his hired hat
Drive a borrowed car
Yellow socks and a pink cravat
Nothing La-di-dah
OAP, mother to be
Watch the three-piece suite
When shit-stoppered drains
and crocodile skis
are seen on Beasley Street

The kingdom of the blind
a one-eyed man is king
Beauty problems are redefined
the doorbells do not ring
A lightbulb bursts like a blister
the only form of heat
here a fellow sells his sister
down the river on Beasley Street

The boys are on the wagon
The girls are on the shelf
Their common problem is
that they’re not someone else
The dirt blows out
The dust blows in
You can’t keep it neat
It’s a fully furnished dustbin,
Sixteen Beasley Street

Vince the ageing savage
Betrays no kind of life
but the smell of yesterday’s cabbage
and the ghost of last year’s wife
through a constant haze
of deodorant sprays
he says retreat
Alsations dog the dirty days
down the middle of Beasley Street

People turn to poison
Quick as lager turns to piss
Sweethearts are physically sick
every time they kiss.
It’s a sociologist’s paradise
each day repeats
On easy, cheesy, greasy, queasy
beastly Beasley Street

Eyes dead as vicious fish
Look around for laughs
If I could have just one wish
I would be a photograph
on a permanent Monday morning
Get lost or fall asleep
When the yellow cats are yawning
Around the back of Beasley Street

Traduction

Loin des trottoirs délirants
… Et du goût des cuillères en argent
Une composition aseptisée
… Par une après-midi pourrie
Où les germes fécaux de Mr Freud
… Sont rendus obsolètes
La peine légale est nulle et non avenue
Dans le cas de … Beasley Street

Dans les places à cinq francs qui cultivent le meurtre
Quelqu’un est à bout de souffle
Le sommeil est un luxe superflu
… Une avant-première de la mort
La belladone est ta fleur
L’homicide ta viande
Passe une année en quelques heures
Au bord de Beasley Street

Là où il ne se passe rien
C’est justement là que ça se passe
Exprime ta position
Il y a des postes à pourvoir
Dans un exercice pour diplômes X
Des ex-militaires excrètent
Keith Joseph (1) sourit et un bébé meurt
dans une boîte en carton sur Beasley Street

Des pensions de famille aux chambres meublées débordant
… D’incidents et de puces
Quelqu’un se fait descendre
Là où les portés disparus crèvent de froid
emmitouflés dans les manteaux d’hommes morts
On ne voit pas leurs pieds
Une gargote ferme – une autre ouvre
En plein Beasley street

Les bagnoles se tamponnent, les couleurs jurent
un truc de film d’horreur
Pour un homme à moustache à la Fu Manchu
La vengeance n’est pas assez
Il y a un canari mort sur un fauteuil de bureau pivotant
Il y a un arc-en-ciel dans la rue
Pendant ce temps, sur Beasley Street,
La loi du silence règne

Très en colère
… Un inspecteur se pointe
Là où la puanteur indicible de la misère
… imprègne les murs
les rats sont tous rachitiques
ils crachent à travers leurs dents cassées
le nom du jeu n’est pas cricket
si tu te fais prendre sur … Beasley street

Le mec branché et son chapeau de location
Roulent dans une voiture d’emprunt
Chaussettes jaune et foulard rose
Il n’a rien d’une chochotte
Les futures mères
Regardent le costume trois pièces
Quand les pantalons moulants
Et les chaussures en croco
Déboulent sur … Beasley Street

Au royaume des aveugles
… les borgnes sont rois
les questions de beauté prennent un autre sens
… Les sonnettes ne marchent pas
Une ampoule qui éclate comme une cloque
est la seule source de chaleur
Là où un type vend sa soeur
… en bas de la rivière sur Beasley Street

Les garçons sont en manque
Les filles trop vieilles pour le mariage
Leur problème commun est
… De ne pas être quelqu’un d’autre
Le vent fait sortir la saleté
Et rentrer la poussière
Impossible de garder quelque chose propre
C’est une poubelle meublée
… au 16, Beasley Street

Vince le sauvage vieillissant
Ne trahit aucun genre de vie
… Sauf l’odeur du chou de la veille
Et le fantôme de l’épouse de l’année dernière
A travers un brouillard permanent
De sprays déodorants
Il dit … barres-toi
Les chiens-loups harcèlent les sales journées
au milieu de Beasley Street

Les gens se tranforment en poisons
Aussi vite que la bière en pisse
Les amoureux sont littéralement malades
Chaque fois qu’ils s’embrassent
C’est un paradis pour sociologue
Toutes les journées se ressemblent
Désagréable, ringarde, suintant la graisse, nauséeuse
… Bestiale, Beasley Street

Les yeux morts comme des poissons vicieux
Sont à la recherche de divertissement
Si j’avais un souhait à exaucer
Je serais une photographie
Par un lundi matin indélébile
Barres-toi ou endors-toi
quand les chats jaunes baillent
à l’arrière de Beasley Street.

(1) parlementaire britannique, ministre sous trois gouvernements (Harold Macmillan, Edward Heath et Margaret Thatcher) dans les années 1970 et 1980. Il est considéré comme l’éminence grise de l’élaboration du thatchérisme.

Et pour les anglophones parmi vous, voici un Documentaire d’une heure (de la BBC) consacré à cet artiste, source d’inspiration pour beaucoup.

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