Archives de Catégorie: Poésie

Le kraken

Sous les agitations de la surface,
Loin, loin, dans le calme des abysses,
Enveloppé de son très vieux sommeil sans rêve,
Repose le Kraken.
De faibles reflets de lumière
Frôlent ses flancs ténébreux.
Des éponges géantes, millénaires,
L’entourent.
Dans la pénombre des cavernes infinies,
D’énormes poulpes
Démêlent de leur bras la verte statuaire.
Il s’y repose depuis les premiers âges
Et toujours monstrueusement grandit,
Dévorant d’immenses vers marins,
Jusqu’à la Fin des Temps, le dernier incendie,
La rouge Apocalypse.
Alors, pour la première fois,
Il sera vu des hommes et des anges.
Il se réveillera dans l’horreur pourpre,
Il montera à la surface
Et y mourra.

Le Kraken, Tennyson (1830).

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Brinou

Avant même que tu ne naquisses,
Quelles affres tu infligeas
A ton angoissée génitrice,
Que de soucis, que de tracas !

Pour t’épargner bien des poissons,
Elle parvint à te garder
Trois jours de plus en son giron,
Mettant en risque sa santé.

Le jour venu, à l’hôpital,
Près de vingt heures elle souffrit,
Son courage n’ayant pour égal
Que son bonheur quand elle te vit.

Trois jours après ce récital,
Notre demeure tu découvris,
Illuminant nos banales
Pénates ainsi qu’un sufyy.

Quelle incroyable sensation:
Dans ma paume tu t’es nichée:
Je te lance vers le plafond,
Provoquant moultes cris d’orfraie.

En tant que digne fille d’artiste,
Toi que Cupidon engendras,
Seras-tu le nouveau Matisse,
Enfanteras-tu quelque dada ?

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Les Sirènes (James Joyce, traduction de Tiphaine Samoyault)

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Bronze près d’or entendit les fersabots, cliquetacier
Impertuntne, tuntne
Petites peaux, picorant les petites peaux d’un pouce rocailleux, petites peaux.
Horrible! Et or rougit encore.
Voilée une fifrenote blousa.
Blousa. Blues Bloom bleuetLa pyramide des cheveux d’or.
Une rose sautille sur les soyeux seins de satin, rose de Castille.
Trille, trille: idolores.
Coucou! Qui voi… coucoudor?
Ding apitoyé à bronze.
Et un appel pur, long et déchirant. Appel désimourant.
Mon leurre. Mot doux. Mais vois! Pâlissent les étoiles d’or. Ô rose! Des notes stridulent une réponse. Castille. Voici l’aurore.
Cliquetis cliquetis cabriolet cliquette.
Tinte la pièce. Sonne l’heure.
Aveu. Sonnez. pourrais-je. La jarretière se détend. Te quitter. Clac. La cloche! Cuisse clac. Aveu. Ardente. Mon coeur, adieu!
Clique. Bloo.
Boum tonnèrent les accords fracassants. Quand l’amour vous prend. La guerre! La guerre! La tympan.
Une voile. Un voile voguant sur les vagues.
Perdu. Une grive flûta. Tout est perdu.
Vit. Vite
Quand pour la première fois il vit. Hélas!
Pur choc. Pur frisson.
Gazouillis. Ah, leurre! Alléchant leurre.
Martha! Reviens!
Clapclop. Clipclap. Clapclapclap.
Dieubon ilnen tenja maisdanstoutPat le sourd, Pat le chauve un sous-main apporta un couteau rapporta.
Un appel nocturne par une nuit de lune: loin: loin.
Je me sens tellement triste. P.S. Tellement seul et fleur bleue.
Ecoutez!
La froide trompe marine incurvée et couverte de pointes. Avez-vous les? Chacune et pour l’autre clapotement et mugissement muet.
Perles: quand elle. Les rapsodies de Liszt. Isztszt.
Vous n’avez?
Pas: non, non: cru: Lidlyd. Avec un pafpaf avec un panpan.
Noires.
Tréfondsonnant. Oui, Big Ben, oui.
Attentif pendant que vous attendez. Hé, Hé. Attentif pendant que vous hé.
Mais attendez!
Loin dans les profondeurs de la terre. Métal incrusté.
Naminedamine. Tous partis. Tous tombés.
Frêles, les frémissantes frondaisons de sa toison.Amen! Hors de lui, il en grinçait des dents.
En arrière. En avant, en arrière. Un bâton frais saillant.
Bronzelydie près de Minador.
Près de bronze, près d’or, dans l’ombre gridocéan. Bloom. Ce vieux Bloom.
Quelqu’un frappa, quelqu’un toqua avec un panpan, avec un pafpaf
Priez pour lui! Priez braves gens!
Ses doigts goutteux qui craquent.
Big Benboum. Big Benben.
Dernière rose Castille de l’été laissa bloom bloosé, je me sens tellement triste tellement seul.
Pfruit! Un petit ventcoulis chuinta.
Hommes d’honneur. Lid Ker Co Ded et Doll. Oui, oui. Comme vous. Lèverez vos verres, tchin tchin.
Pfruit! Ôô!
Où bronze de près? Où or de loin? Où sabots?
Prrouitpr. Kraa. Kraandl.
Alors, pas avant. Mon épripfftaphe. Soit épfrite.
Fini. Commencez!

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La marionnette (Charles de Lint)

 

The puppet thinks:
It’s not so much
what they make me do
as their hands inside me.

La marionnette pense:
ce n’est pas tant
ce qu’ils me font faire
que leurs mains en moi.
(traduction maison)

(tiré de la nouvelle Saskia, disponible en français dans le recueil de nouvelles d’auteurs divers Magie Verte, et en anglais dans le recueil Moonlight and vines.)

Le contexte de l’histoire est le suivant : le personnage principal de l’histoire est tombé amoureux « au premier regard » d’une poétesse, qu’il n’ose aborder.

Il recherche donc les livres qu’elle a publiés et en trouve un, dont est extrait ce poème.
Après l’avoir lu, il se demande quelles horreurs a bien pu subir Saskia pour écrire quelque chose d’aussi sombre.

Ce qui me touche dans ce poème, c’est justement le « peu de moyens » utilisé pour transmettre d’aussi fortes émotions. Je le trouve poignant, triste, lugubre, mais puissant.

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L’horloge

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Les Chinois voient l’heure dans l’oeil des chats. Un jour, un missionnaire, se promenant dans la banlieue de Nankin, s’aperçut qu’il avait oublié sa montre, et demanda à un petit garçon quelle heure il était.

Le gamin du Céleste Empire hésita d’abord; puis se ravisant, il répondit : « Je vais vous le dire. » Peu d’instants après, il reparut, tenant dans ses bras un fort gros chat, et le regardant, comme on dit, dans le blanc des yeux, il affirma sans hésiter : « Il n’est pas tout-à-fait midi. » Ce qui était vrai.

Pour moi, si je me penche vers la belle Féline, la si bien nommée, qui est à la fois l’honneur de son sexe, l’orgueil de mon coeur et le parfum de mon esprit, que ce soit la nuit, que ce soit le jour, dans la pleine lumière ou dans l’ombre opaque au fond de ses yeux adorables je vois toujours l’heure distinctement, toujours la même, une heure vivante, solennelle, grande comme l’espace, sans divisions de minutes ni de secondes, -une heure immobile qui n’est pas marquée sur les horloges, et cependant légère comme un soupir, rapide comme un coup d’oeil.

Et si quelque importun venait me déranger pendant que mon regard repose sur ce délicieux cadran, si quelque Génie malhonnête et intolérant, quelque Démon du contre-temps venait me dire : »Que regardes-tu là avec tant de soin ? Que cherches-tu dans les yeux de cet être ? Y vois-tu l’heure, mortel prodigue et fainéant ? » je répondrais sans hésiter :  « Oui, je vois l’heure, il est l’Eternité! »

« Le spleen de Paris », Charles Baudelaire.

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Variations sur Marilou (Serge Gainsbourg)

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https://www.youtube.com/watch?v=zIChxIJ98yI

Dans son regard absent
Et son iris absinthe
Tandis que Marilou s’amuse à faire des vol
Utes de sèches au menthol
Entre deux bulles de comic-strip
Tout en jouant avec le zip
De ses Levi’s
Je lis le vice
Et je pense à Caroll Lewis.

Dans son regard absent
Et son iris absinthe
Tandis que Marilou s’évertue à faire des vol
Utes de sèches au menthol
Entre deux bulles de comic-strip
Tout en jouant avec son zip
A entrebailler ses Levi’s
Dans son regard absent et son iris

Absinthe dis-je je lis le vice
De baby doll
Et je pense à Lewis
Caroll.

Dans son regard absent
Et son iris absinthe
Quand crachent les enceintes
De la sono lançant
Accord de quartes et de quintes
Tandis que Marilou s’esquinte
La santé s’éreinte
A s’envoyer en l’air…

Lorsqu’en un songe absurde
Marilou se résorbe
Que son coma l’absorbe
En pratiques obscures
Sa pupille est absente
Mais son iris absinthe
Sous ses gestes se teinte
D’extases sous-jacentes
A son regard le vice
Donne un côté salace
Un peu du bleu lavasse
De sa paire de Levi’s
Et tandis qu’elle exhale
Un soupir au menthol
Ma débile mentale
Perdue en son exil
Physique et cérébral
Joue avec le métal
De son zip et l’atoll
De corail apparaît
Elle s’y coca-colle
Un doigt qui en arrêt
Au bord de la corolle
Est pris près du calice
Du vertige d’Alice
De Lewis Caroll.

Lorsqu’en songes obscurs
Marilou se résorbe
Que son coma l’absorbe
En des rêves absurdes
Sa pupille s’absente
Et son iris absinthe
Subrepticement se teinte
De plaisirs en attente
Perdue dans son exil
Physique et cérébral
Un à un elle exhale
Des soupirs fébriles
Parfumés au menthol
Ma débile mentale
Fais tinter le métal
De son zip et Narcisse
Elle pousse le vice
Dans la nuit bleue lavasse
De sa paire de Levi’s
Arrivée au pubis
De son sexe corail
Ecartant la corolle
Prise au bord du calice
De vertigo Alice
S’enfonce jusqu’à l’os
Au pays des malices
De Lewis Caroll.

Pupille absente iris
Absinthe baby doll
Ecoute ses idoles
Jimi Hendrix Elvis
Presley T-Rex Alice
Cooper Lou Reed les Roll
Ing Stones elle en est folle
Là-dessus cette Narcisse
Se plonge avec délice
Dans la nuit bleu pétrole
De sa paire de Levi’s
Elle arrive au pubis
Et très cool au menthol
Elle se self contrôle
Son petit orifice
Enfin poussant le vice
Jusqu’au bord du calice
D’un doigt sex-symbole
S’écartant la corolle
Sur fond de rock-and-roll
S’égare mon Alice
Au pays des malices
De Lewis Caroll.

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Classé dans Musique, Poésie

SQRL

lettrine

 

Parfois mes yeux, fatigués par la lecture, croient voir danser au rythme de la musique les lettres composant la page.
Il arrive même qu’elles se transforment en lettrines d’un autre âge :
Des esses, humant l’air de leur langue fourchue;
Des culs, dont la queue traîne dans la poussière;
Des aires couronnées et vêtues d’hermine;
Des ailes rêveuses, songeant à se tirer.

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Classé dans Plume, Poésie

L’HÉAUTONTIMOROUMÉNOS

Je te frapperai sans colère
Et sans haine, comme un boucher,
Comme Moïse le rocher !
Et je ferai de ta paupière,

Pour abreuver mon Saharah,
Jaillir les eaux de la souffrance.
Mon désir gonflé d’espérance
Sur tes pleurs salés nagera

Comme un vaisseau qui prend le large,
Et dans mon coeur qu’ils soûleront
Tes chers sanglots retentiront
Comme un tambour qui bat la charge !

Ne suis-je pas un faux accord
Dans la divine symphonie,
Grâce à la vorace Ironie
Qui me secoue et qui me mord ?

Elle est dans ma voix, la criarde !
C’est tout mon sang, ce poison noir !
Je suis le sinistre miroir
Où la mégère se regarde.

Je suis la plaie et le couteau !
Je suis le soufflet et la joue !
Je suis les membres et la roue,
Et la victime et le bourreau !

Je suis de mon coeur le vampire,
– Un de ces grands abandonnés
Au rire éternel condamnés,
Et qui ne peuvent plus sourire !

(Charles Baudelaire)

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Classé dans Ecrivain, Poésie

La géante

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Du temps que la Nature en sa verve puissante
Concevait chaque jour des enfants monstrueux,
J’eusse aimé vivre auprès d’une géante,
Comme aux pieds d’une reine un chat voluptueux.

J’eusse aimé voir son corps fleurir avec son âme
Et grandir librement dans ses terribles jeux;
Deviner si son coeur couve une sombre flamme
Aux humides brouillards qui nagent dans ses yeux;

Parcourir à loisir ses magnifiques formes;
Ramper sur le versant de ses genoux énormes,
Et parfois en été quand les soleils malsains,

Lasse, la font s’étendre à travers la campagne,
Dormir nonchalamment à l’ombre de ses seins,
Comme un hameau paisible au pied d’une montagne.

Les fleurs du mal, Charles Baudelaire.

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Classé dans Ecrivain, Poésie

Pour Edith

Ce poème a été écrit suite à un pari dans un bar. J’avais envie d’écrire un poème préparatoire à celui que je compte écrire sur l’Eau Noire (la rivière de Couvin) et j’ai été demander à la serveuse si je pouvais écrire un poème parlant d’elle. Les gens qui m’avaient invité à leur table (dont une amie) m’ont alors mis au défi de faire des rimes sur son prénom, Édith. Je me suis rajouté la contrainte d’imiter le style Gainsbarre époque « Variations sur Marilou ».

 

Petite

Edith,

Entourée d’acolytes

Aux regards lubriques,

J’adresse une supplique

Aux miroirs dont je profite.

Tandis que tu médites,

J’hésite :

Ta blondeur énergique

Tel un doute m’habite;

Ton corps incite

A l’illicite;

Je rêve de troglodytes,

De rites antiques

Fort peu liturgiques.

 

Edith

Tu es un hit !

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Classé dans Plume, Poésie