La servante écarlate

La Servante écarlate (titre original : The Handmaid’s Tale) est un roman de l’auteure canadienne Margaret Atwood, publié en 1985 et traduit en français en 1987. Ce roman de science-fiction décrit une dystopie future, dans laquelle un régime totalitaire religieux s’est installé, régime où les femmes sont divisées en trois classes : Les Epouses, seules femmes ayant du pouvoir, dominent la Maison, les Marthas entretiennent la Maison et les Servantes Ecarlates ont pour rôle la reproduction. Toutes les autres femmes (trop âgées, infertiles,…) sont déportées dans les Colonies, où elles manipulent des déchets toxiques. Dans ce futur, le taux de natalité est en très forte baisse, et les rares nouveau-nés sont souvent « inaptes ». L’héroïne du roman, une servante écarlate, raconte peu à peu son histoire et se remémore des moments passés avec sa famille. Son unique raison de vivre, ce à quoi elle se raccroche pour ne pas sombrer, ce sont ses souvenirs. Ce roman a été adapté au cinéma en 1990 par Volker Schlöndorff (Source : Wikipédia)

Je profite de l’occasion de la sortie encore récente du nouveau roman de Margaret Atwood, « MaddAdddam », pour vous parler de son ouvrage le plus fameux, La servante écarlate, et des controverses qu’il provoque encore près de 30 ans après sa publication. L’article suivant date de septembre 2013.

Mes 110 élèves lisaient « La Servante Ecarlate » (NDA: dans le cadre des cours) et un de mes supérieurs m’avertit que les parents d’un de ces étudiants avaient contacté directement le préfet, pour s’en plaindre et, bien entendu, demander que ce livre soit rayé du curriculum de l’école, du comté et, si possible, aussi de la mémoire de leur enfant. Je dis au préfet que je serais heureux de rencontrer les parents, pour discuter avec eux de leurs inquiétudes.

En disant cela, je mentais sur deux fronts. Tout d’abord, cela ne me réjouissait pas le moins du monde. Et ensuite, j’envisageais une définition assez large du mot « discuter », qui inclurait probablement cris d’indignation et poings levés. J’essayerais bien de vous faire croire que j’ai coupé court à leur argumentation pour les mener vers les vertes pâtures de l’illumination, mais je pense que deux mensonges par paragraphe sont plus que suffisants. Personne n’en vint aux cris, coeurs et esprits ne subirent aucune transformation et nous ne nous promîmes rien de plus que de réexaminer, si cela s’avérait nécessaire, la pratique qui permet d’alterner l’affectation des romans. Peu après, afin qu’on puisse à l’avenir l’utiliser, ce qui m’épargnerait d’autres réunions du même genre, voici ce que j’écris :

Mon choix de « La servante écarlate » de Margaret Atwood comme sujet d’étude et de composition au cours a été récemment remis en question, principalement (mais pas seulement) à cause d’un passage qui inclut des références explicites à l’agression sexuelle d’une femme, qui subit une servitude forcée dans un futur totalitaire. J’aimerais profiter de cette occasion pour expliquer mon choix de ce livre, en réponse aux inquiétudes manifestées par certains parents.

Je tiens à commencer par mentionner que « La servante écarlate » est utilisée dans les classes des athénées et collèges de tout le pays. Une simple recherche hâtive sur Internet révélera son inclusion dans les programmes scolaires du Texas, du Massachusetts, de l’Ohio, de la Californie et du Kentucky. Margaret Atwood fait partie des auteurs représentatifs régulièrement repris dans les cours de langue et de composition et « La servante écarlate » est mentionnées à maintes reprises comme un texte d’un grand mérite littéraire lors des examens de littérature anglaise. La réputation de ce roman en tant qu’élément essentiel de la littérature de fiction spéculative est bien établie.

Ceci dit, je n’ai pas sélectionné ce livre uniquement sur base de sa réputation. Je l’ai lu deux fois avant de le désigner choisir. Le passage qui a causé le plus de remous a attiré mon attention lorsque j’ai lu le roman, ce qui était d’ailleurs son intention. La scène est choquante, le language explicite. Cependant, il n’est pas dénué de raison d’être. Le personnage principal du roman (qui en est aussi la narratrice) est assujettie régulièrement à des traitements dégradants et tyranniques, simplement parce qu’elle est une femme. Dans sa tentative de capturer les horreurs qui existent là où les droits des femmes sont ignorés et les femmes elles-mêmes traitées, comme la narratrice le présente, comme « des incubateurs à pattes », Atwood utilise un langage graphique. Le viol est horrible, évidemment, et ses mots le reflètent. Mais bien que l’image soit explicite, elle n’en est pas pour autant arbitraire. Tout comme les photos des victimes nues, affamées et torturées d’Auschwitz sont explicites, mais peuvent nous aider à comprendre leur détresse et notre détermination à résister à la possibilité de sa répétition. Etre exposé à quelque chose de choquant n’est pas synonyme de la promotion de cette chose. Si tel était le cas, L’Iliade serait une promotion de la violence et de la destruction, Les Aventures de Huckleberry Finn une apologie du racisme, Beloved une promotion de l’infanticide et Sa Majesté des Mouches un encouragement à la sauvagerie.

L’autre souci majeur à propos de « La servante écarlate » est son point de vue présumé anti-chrétien. Il est vrai que, dans le roman, la classe dirigeante militariste utilise des bribes de textes sacrés ou d’hymnes, pour justifier ses actes et pratiques. Cependant, ces bribes ne sont rien d’autre que des extraits de versets, dépourvus de tout contexte, utilisés d’une manière totalement contraire à leur intention originelle. Etant donné que les citoyens de cette dystopie n’ont pas le droit de lire – même pas la Bible – ils ne disposent d’aucun moyen de se rendre compte de ces manipulations. Dans « La servante écarlate », le langage de la foi a été déformé et détourné à des fins malfaisantes, tout comme la désobéissance de Cham fut jadis utilisée pour justifier l’esclavage aux Etats-Unis, de la même manière qu’Hitler a prétendu que son génocide était la volonté de Dieu. Comprendre la faculté qu’a montrée l’humanité d’utiliser la fausse piété pour valider l’oppression est l’une des leçons morales fondamentales de ce livre et les étudiants de toutes confessions peuvent en retirer une meilleure compréhension du potentiel à faire le mal dont dispose l’homme.

J’espère avoir réussi à clarifier les problèmes que j’ai mentionnés. Il me reste simplement à ajouter qu’une des fonctions de la littérature est d’apporter la lumière dans les recoins de notre monde, même lorsque ce que nous y trouvons est déplaisant.

Josh Corman.

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Classé dans Ecrivain, Roman, SF

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