Misogynie et sorcellerie

Vers le milieu du XVe siècle, l’Occident s’embrase. Un incendie monstrueux, en forme d’épidémie. On brûle des femmes et des hommes, mais surtout des femmes. Les sorcières sont les fiancées du Diable. La rumeur le dit, les juges civils et religieux le prouvent. Elles vont au sabbat, jettent des sorts, sèment la maladie et la mort. Pendant deux siècles, des milliers de sorcières sont traquées, dénoncées, mises à la question, avant d’être livrées aux flammes. Il faudra attendre l’extrême fin du XVIIe siècle pour que des voix se fassent entendre qui crient raison et que peu à peu s’éteignent les derniers bûchers. (quatrième de couverture de Les sorcières, fiancées de Satan, de Jean-Michel Sallmann).

Qui étaient les sorcières, ou prétendues telles ? Lançaient-elles vraiment des sorts ? Habitaient-elles les villes, les campagnes ? Étaient-elles toutes des femmes âgées ? Pourquoi, surtout, après les avoir tolérées de longues années, se décidait-on tout d’un coup à les exterminer ? Ces questions ont toujours embarrassé les historiens, qui laissaient volontiers le sujet aux romanciers.

Depuis une vingtaine d’années, de considérables découvertes sur la vie et la mort des sorcières, comme sur leur répartition en Europe – plus de la moitié furent brûlées en moins de soixante ans dans une région très limitée (en gros le sud et l’est du Saint Empire, de la Lorraine à la Westphalie) – ont permis de mieux situer le problème. La liquidation massive des sorcières autour de 1600 dans le centre-ouest de l’Europe a moins été le dernier meurtre du Moyen Age que le premier des Temps modernes. Vue dans la perspective large de l’auteur, elle est liée à l’émergence de la modernité religieuse et sociale du continent, phénomène d’exclusion parmi d’autres dans une vaste histoire de la persécution qui n’a pas fini de produire de prétendues purifications ethniques ou politiques (préface de La sorcière et l’Occident, de Guy Bechtel).

Naissance et Mort

La fécondité de la femme effraie, car la germination, la fermentation de la vie, est toujours associée à la mort. Le sang de la femme serait à l’origine de toutes les malédictions et prédisposerait donc toutes les filles d’Eve à devenir des suppôts de Satan. Statistiquement d’ailleurs la chasse aux sorciers fut en fait une chasse aux sorcières.

La sorcière n’a ni père, ni mère, ni fils, ni époux, ni famille. C’est un monstre, un aérolithe venu on ne sait d’où. Qui oserait, grand Dieu ! en approcher ? Où est-elle ? Aux lieux impossibles, dans la forêt des ronces, sur la lande où l’épine, le chardon emmêlés, ne permettent pas le passage. La nuit, sous quelque vieux dolmen. Si on l’y trouve, elle est encore isolée par l’horreur commune ; elle a autour comme un cercle de feu. Qui le croira pourtant ? C’est une femme encore. Même cette vie terrible presse et tend son ressort de femme, l’électricité féminine… (Jules Michelet (1798-1874), La sorcière.)

Simone de Beauvoir souligne la récurrence du thème de la mort dans les représentations mythiques de la femme :

Ce sont des femmes- Les Parques- qui tissent la destinée humaine mais ce sont aussi elles qui en tranchent les fils; la mort est femme et, dans quasiment toutes les civilisations, c’est aux femmes qu’il revient de pleurer les morts parce que la mort est leur oeuvre. Ainsi la femme-mère a un visage de ténèbres : elle est le chaos d’où tout est issu et où tout doit un jour retourner. (Simone de Beauvoir, Le Deuxième sexe).

L’ Embryon glaireux ouvre le cycle qui s’achève dans la pourriture de la mort[…] La terre-mère engloutit dans son sein les ossements de ses enfants. (Simone de Beauvoir, Le Deuxième sexe).

Représentation ambivalente de la virginité

Partout où la vie est germination, fermentation, elle soulève le dégoût. (Simone de Beauvoir, Le Deuxième sexe).

Dans les mentalités patriarcales, la destination de la femme étant d’être dominée et possédée par un homme, la pérennité de la virginité n’est acceptée que si elle est consacrée à un dieu.

Les vierges que l’homme n’a pas maîtrisées, les vielles femmes qui ont échappé à son pouvoir sont, plus facilement que les autres, regardées comme des sorcières… La malédiction est dans leur chair. (Simone de Beauvoir, Le Deuxième sexe).

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N’oublie pas ton poireau !

Une heure avant le début deleurs concerts, les musiciens du Vienna Vegetable Orchestra (Orchestre Légumier de Vienne) se dirigent vers le marché le plus proche, à la recherche des meilleurs proies disponibles à l’étal.

Pendant que le public se met en route vers la salle de concert, ils sont en train de mettre frénétiquement la dernière touche à leurs instruments. Des lambeaux de carotte s’envolent, la panique menace lorsqu’une citrouille se voit écrasée … mais finalement tout va bien : ils ont prévu des backups. Mais il n’est plus temps de lambiner, maintenant: les spots s’allument et le concert doit commencer…

 

Source :  Cultura Inquieta.

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Tabous linguistiques

La plupart du temps les mots savent se tenir.
Ils se contentent d’être un mélange de sons dans notre bouche ou de lettres sur une page.
Si je vous dis que le mot skloop est un gros mot dans une langue étrangère, capable de faire se vider une pièce ou démissionner un ministre, cela vous fera probablement rire. Et pourtant, si vous pensez aux pires jurons de notre langage, vous comprendrez vite qu’il y a quelque chose de spécial en jeu dans ce cas : notre réaction à leur égard est immédiate et viscérale.

Ce qui explique pourquoi les parents ne seront probablement pas très contents d’apprendre qu’une étude récente montre que les enfants sont doués pour absorber les jurons. Entre 1 et 2 ans, les garçons en ont déjà retenu 6 et les filles 8; entre 5 et 6 ans, on passe à 34 pour les garçons et 21 pour les filles.
Les parents ont tendance à vouloir protéger leur progéniture des gros mots, mais cette étude montre la futilité de cette réaction instinctive, au moins pour les empêcher d’en apprendre.
Par contre, elle peut servir à leur faire comprendre l’importance du contexte, le fait que la société demande des comportements adaptés aux circonstances.

Mais il reste plusieurs questions sans réponses : tout d’abord, pourquoi certains mots sont-ils considérés comme dangereux ?
Et pourquoi, quand ils le sont, semblent-ils dotés d’une telle puissance ?
Les études sur les jurons, qui semblent imprégner toutes les cultures, les ont divisés en déistiques et viscéraux. Hostie, par exemple, est un juron en espagnol comme en québecois.

D’une certaine manière, ces mots sont sortis du contexte linguistique pour passer dans l’émotionnel. Les personnes qui ont subi des dommages dans certaines régions de l’hémisphère gauche du cerveau – siège du langage chez la plupart des droitiers – peuvent ainsi se retrouver incapables de formuler une phrase, tout en conservant la capacité de jurer.
Lorsque certaines parties évoluées du cortex ont été détruites, les zones qui se sont développées plus tôt – le système limbique et les ganglions élémentaires – peuvent être encore intactes. C’est là que semblent vivre les jurons, dans la partie animale du cerveau qui a donné naissance aux hurlements de douleur et aux grognements de frustration ou de plaisir.

Bien sûr, la culture humaine a beaucoup évolué avec le temps, empruntant parfois d’étranges itinéraires.
La plupart des choses que nous considérons comme dangereuses n’évoluent pas avec le temps ou le lieu, mais certains tabous inhabituels, difficiles à reconnaître, existent néanmoins.
Font-ils vibrer votre système limbique ?

• L’ours
Le sujet pourrait prêter à rire, maintenant que l’être humain domine la planète, mais durant la majeure partie de notre évolution, nous étions la proie de plusieurs animaux sauvages.
En conséquence, les mots désignant ces prédateurs sont parfois devenus tabous. De nombreux langages d’Europe de l’Est évitent ainsi une référence directe, considérée comme trop déplaisante, pour parler de l’ours.
En russe, par exemple, medvedev veut dire « mangeur de miel », alors que le mot ours lui-même désigne la couleur brune.

• Les morts
De nombreuses cultures interdisent de prononcer le nom d’une personne décédée – voire même des mots de consonance similaire.
D’après James Frazer (The Golden Bough), ce serait principalement pour éviter d’invoquer son fantôme.
Le linguiste Robert Trask note qu’en 1975, après la mort d’un certain Djäyila, membre d’une tribu australasienne, le verbe djäl (vouloir), d’usage fréquent, dut être abandonné et remplacé par un mot emprunté à une communauté avoisinante.

• Le cocu
Dans les sociétés patriarcales, l’homme dont la femme commet l’adultère a toujours été assujetti au ridicule.
Les insultes destinées à évoquer cette situation sont encore fréquentes de nos jours.
Le mot lui-même est dérivé de l’ancien français et désigne l’oiseau qui va pondre ses œufs dans le nid d’un autre.

• Le nom de Dieu
Dans plusieurs religions, il est interdit non seulement d’invoquer le nom d’une divinité sous un prétexte futile, mais carrément de le prononcer.
On a donc recours dans ce cas à un nom indirect. On ne sait toujours pas, à l’heure actuelle, comment se prononçait le nom du dieu des Hébreux, car il était soumis à un tabou et seules ses consonnes, « YHWH », pouvaient être retranscrites.
En lisant la Torah, les juifs le remplacent par le mot Adonai (qui signifie « maître » ).

• La belle-mère
En Dyirbal, un langage du nord du Queensland, il est considéré comme très grossier d’utiliser certains mots du langage usuel devant certaines personnes du sexe opposé, notamment les belle-mères.
Une kyrielle de formes alternatives sont donc utilisées pour désigner l’animal ou objet concerné de façon indirecte.

• Recourir aux clicks
Les langages Bantous d’Afrique du Sud utilisent des consonnes uniques ressemblant à des clicks, empruntées aux langages Khoisan voisins.

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Carthage

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Pour enjoliver ton corsage,
Que dirais-tu d’un tatouage ?
Tu penses : cela fait un peu étalage
De motard échappé de son garage;
Ou crains-tu quelque dérapage
Nécessitant un rattrapage ?
Vois-le comme un rite de passage :
Delenda Est de ton Carthage;
Une gomme effaçant les ravages,
Lénifiant ton esclavage.
Ton déjà très bel emballage,
Exhaussé par cet orpaillage,
Telle une gemme après maillage :
Splendeur serait ton apanage !

 

Ce n’est qu’un premier jet écrit en moins d’une heure, mais j’en suis plutôt content : cela fait deux ans que je voulais écrire sur ce sujet.

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Boissons fantastiques

Au cas où vous ne le sauriez pas, je vous l’apprends : il existe des bières fictives tirées de la littérature, dont l’existence se résume malheureusement à quelques logos et T-shirts. Parmi celles-ci, la Mordor Dark Ale peut se targuer d’un slogan qui en jette : One beer to rule them all (une bière pour les gouverner tous). Brassée à Barad-Dûr, cette bière puissante peut provoquer, dit-on, une certaine accoutumance.

Dans le même registre, la Wizzards Old Peculiar, brassée par les sorciers d’Ankh-Morpork depuis 1983, peut avoir des effets imprévisibles. Je vous conseille de dédier la première à Terry Pratchett, il paraît que cela protège des ensorcellements.

Moins alcoolisées, la Golden Hall Pilsner, brassée à Rohan, et la As You Wish Ale devraient vous permettre de tenir toute la nuit. Et si vous en avez marre de la bière, pourquoi ne pas essayer le Cidre de Rivendell ? Délicieux, suprêmement rafraichissant, il serait aussi capable de vous faire grandir, de rendre vos oreilles plus pointues et votre peau plus délicate. Et le lendemain matin, pour se remettre, rien de tel qu’un petit Stormborn Coffee, garanti corsé par la mère des dragons en personne !

Grosse déception personnelle, quand même : la Herzwesten Dark (tirée du « Drawing of the dark » de Tim Powers) semble avoir été honteusement oubliée ! Ce breuvage a quand même sauvé la civilisation occidentale de l’envahisseur ottoman : ça mériterait quand même au moins un mug, non ?

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Saskia

« J’envie la musique qu’entendent les amoureux.

Je les vois marcher, main dans la main, côte à côte dans la file au cinéma ou dans le métro, tête contre tête, assis sur un banc dans le parc, et je meurs d’envie d’entendre la chanson qui se joue entre eux : les accords excitants de la première floraison d’une romance, les airs majestueux qui se murmurent entre un couple depuis longtemps en amour. Cela se voit à la façon dont ils se regardent, les coups d’oeil échangés, l’effleurement d’une main sur un coude, le sourire qui ne peut être aussi doux que pour l’être aimé. Si vous écoutez bien, vous pouvez presque l’entendre. Presque, mais pas tout-à-fait, parce que la musique leur appartient et que tout ce que vous pouvez en capter n’est qu’un vague écho, qui émerge par-dessus le murmure et le brouhaha aigre-doux de vos propres souvenirs, ombres en lambeaux, vibrantes d’excitation, remis en tête par quelque incident oublié, remémorés seulement tard la nuit, au petit matin. Ou à travers le bonheur des autres. »

 

Texte original :

« I envy the music lovers hear.

I see them walking hand in hand, standing close to each other in a queue at the theater or subway station, heads touching while they sit on a park bench, and I ache to hear the song that plays between them : The stirring chords of romance’s first bloom, the stately airs that whisper between a couple long in love. You can see it in the way they look at each other, the shared glances, the touch of a hand on an elbow, the smile that can only be so sweet for the one you love. You can almost hear it, if you listen close. Almost, but not quite, because the music belongs to them and all you can have of it is a vague echo that rises up from the bittesweet murmur and shuffle of your own memories, ragged shadows stirring restlessly, called to mind by some forgotten incident, remembered only in the late night, the early morning. Or in the happiness of others. »

— Charles De Lint, in « Saskia » (traduction maison).

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Quand le Diable sortit de la salle de bains

 

Nous avons tous, j’imagine, une petite liste de livres que nous rêvons de lire un jour. Pour ma part, j’essayerais bien « Quand le diable sortit de la salle de bains« , de Sophie Divry, dont voici un court extrait :

… comment faire pour tenir dix jours avec quarante euros ?
Comment faire ou plutôt comment non-faire : non-acheter, non-sortir, non-vouloir, non-métro, non-bus, non-shopping, non-desserts, non-viande, non-bière, non-marché, non-cinqfruitsetlégumes-frais, non-café, non-imprévus, non-nouvelles factures, non-nouvelles charges ?

Ces pensées se refermaient sur moi jusqu’à bloquer mes poumons dans une non-respiration qui m’aurait sans doute amenée à une oui-crise d’angoisse puis à une séance de contemplage de plafond, lorsque mon ordinateur émit un bip qui me fit violemment sursauter.

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La notion de sauveur

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« Tous ces livres d’histoire américaine qui se focalisent sur les Pères Fondateurs et sur les présidents successifs pèsent lourdement sur la capacité d’action du citoyen ordinaire. Ils suggèrent qu’en temps de crise il nous faut chercher un sauveur : les Pères Fondateurs pour la Révolution, Lincoln pour la sortie de l’esclavage, Roosevelt pour la Grande dépression, Carter pour la guerre du Vietnam et le scandale du Watergate. En revanche, entre les crises, tout va pour le mieux et il faut nous contenter du retour à la normale. Les livres d’histoire classique nous apprennent encore que l’acte suprême du citoyen est de désigner son sauveur en allant voter tous les quatre ans pour choisir entre deux Blancs relativement riches, anglo-saxons de surcroît et mâles par-dessus tout, à la personnalité terne et aux opinions parfaitement orthodoxes. »

Une histoire populaire des Etats-Unis de 1492 à nos jours, Howard Zinn, 1980, traduction de Frédéric Cotton.

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Comme une fleur sous la pluie

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Je me coupe à ras l’ongle du doigt
du milieu
de la main droite
vraiment à ras
et je commence à lui caresser le con
et elle se tient assise sur le lit toute raide
à se passer de la lotion sur les bras
la figure
et les seins
elle vient de sortir du bain
puis elle s’allume une cigarette :
« que ça ne t’empêche pas de continuer »,
dit-elle, et elle ne cesse de fumer et de
se passer de la lotion
je continue de lui caresser le con.
« Tu veux une pomme », que je lui dis.
« volontiers », fait-elle, « tu en as une ? »
mais en définitive je préfère continuer à la
travailler –
elle commence de se tortiller,
puis elle se met sur le flanc,
humide et ouverte
comme une fleur sous la pluie.
puis elle se met sur le ventre
et son superbe cul
me fait risette
et je repasse la main dessous et je lui
touche aussi le con.
elle se tourne et empoigne
ma queue qu’elle agite en tous sens,
j’écrase
mon visage dans le flot
de ses cheveux roux qui ruissellent
de toutes parts
et ma queue gonflée pénètre
dans ce miracle.
après, tout devient jeu : la lotion
les cigarettes et la pomme.
puis je sors acheter du poulet
et des crevettes et des frites et des pains au lait
et de la purée de pommes de terre arrosée de
jus de viande
et de la salade de chou rouge, et nous
mangeons, elle me dit
combien c’a été bon pour elle et je lui dis
combien c’a été bon pour moi et nous
mangeons
le poulet et les crevettes et les
frites et les pains au lait et la
purée de pommes de terre arrosée de jus de
viande et
la salade de chou rouge aussi.

 

Extrait de « Women », de Charles Bukowski.

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Le kraken

Sous les agitations de la surface,
Loin, loin, dans le calme des abysses,
Enveloppé de son très vieux sommeil sans rêve,
Repose le Kraken.
De faibles reflets de lumière
Frôlent ses flancs ténébreux.
Des éponges géantes, millénaires,
L’entourent.
Dans la pénombre des cavernes infinies,
D’énormes poulpes
Démêlent de leur bras la verte statuaire.
Il s’y repose depuis les premiers âges
Et toujours monstrueusement grandit,
Dévorant d’immenses vers marins,
Jusqu’à la Fin des Temps, le dernier incendie,
La rouge Apocalypse.
Alors, pour la première fois,
Il sera vu des hommes et des anges.
Il se réveillera dans l’horreur pourpre,
Il montera à la surface
Et y mourra.

Le Kraken, Tennyson (1830).

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