Vivons heureux en attendant la mort (Pierre Desproges)

C’est vrai que la chair est faible. Cette nuit j’ai fait un rêve étrange et pénétrant par là. J’ai rêvé de Bernadette Lafont (1). C’est pourquoi aujourd’hui j’ai du mal à me concentrer.

Il m’est extrêmement pénible d’évoquer Bernadette Lafont, même petite fille, sans me sentir confusément coupable de tentative de détournement de mineure. Féminin moi-même au point de préférer faire la cuisine plutôt que  la guerre, on ne saurait me taxer d’antiféminisme primaire. Je le jure, pour moi, la femme est beaucoup plus qu’un objet sexuel. C’est un être pensant comme Julio Iglesias ou moi, surtout moi.

Pourtant, Dieu me piétine, quand j’évoque Bernadette Lafont, , je n’arrive pas à penser à la forme de son cerveau. J’essaye, je tente éperdumment d’élever mon esprit vers de plus nobles valeurs, j’essaye de calmer mes ardeurs sexuelles en imaginant Marguerite Yourcenar en porte-jarretelles ou Marguerite Duras en tutu, mais non, rien n’y fait. Et c’est ainsi depuis le jour maudit où, séchant les Jeunesses musicales de France pour aller voir le Beau Serge, cette femme, cette femme qui était là cette nuit dans mon rêve, triomphante de féminité épanouie, délicatement posée sur sa sensualité endormie, cette femme à côté de qui la Vénus de Milo a l’air d’un boudin grec, cette femme a dardé dans mon coeur meurtri l’aiguillon mortel d’un amour impossible que rien, rien au monde ne parviendra jamais à me faire oublier, pas même la relecture assidue de Démocratie française et du Programme commun de gouvernement de la gauche.

Rien au monde ne pourra jamais libérer mon esprit de vos charmes inouïs, madame : vos yeux étranges et malicieux, où je m’enfonce comme dans un bain de champagne incroyablement pétillant, votre poitrine simplement arrogante, véritable insulte à l’usage du lait en poudre, et « votre dos qui perd son nom avec si bonne grâce qu’on ne peut s’empêcher de lui donner raison » – ce n’est pas de moi, c’est une image superbe inventée par M. Brassens, qui n’eut toute sa vie que des bonnes idées, sauf celle d’être mort avant Julio Iglesias.

(1) : bombe thermonucléaire et multi-mammaire capable de faire bander un arc-en-ciel ou de détourner un boutonneux communiste de la ligue de Moscou.

Publicités

Poster un commentaire

Classé dans Ecrivain, Extraits

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s