Je te retrouverai (John Irving)

En cet automne qui précéda l’entrée de Jack à Sainte-Hilda, sa mère lui réserva plus d’une surprise. Après lui avoir montré les filles en uniforme qui allaient bientôt dominer sa vie, elle lui annonça qu’elle se préparait à traverser l’Europe du Nord à la force du poignet pour retrouver son fugueur de père. Elle savait dans quelles villes il y avait le plus de chances qu’il se soit caché pour leur échapper. Ils le traqueraient, le retrouveraient, et l’obligeraient à faire face à ses devoirs, auxquels il manquait. Jack Burns avait souvent entendu Alice parler d’elle et de lui-même en termes de « devoirs » auxquels manquait son père. Mais, malgré ses quatre ans, il était déjà arrivé à la conclusion que son papa les avait abandonnés pour de bon, avant même sa naissance à lui.

Et quand sa maman disait qu’elle quadrillerait ces villes étrangères à la force du poignet, il savait ce qu’elle voulait dire. Comme son père, elle était une artiste du tatouage, seul métier d’ailleurs qu’elle eût en main. Dans les villes du Nord et de la Baltique qui jalonneraient leur itinéraire, d’autres membres de la confrérie des tatoueurs lui trouveraient du travail. Ils savaient qu’elle avait appris le métier avec son père, célèbre tatoueur d’Édimbourg – ou plus précisément du port de Leith, où elle avait, pour son malheur, rencontré le papa de Jack. Car c’était là qu’il l’avait séduite et abandonnée.

Mer du Nord et Baltique

Jack Burns a quatre ans et réside à Toronto avec sa mère quand celle-ci décide de l’emmener avec elle pour un périple d’un an en Europe du nord, à la recherche de ce père qu’il n’a jamais connu. Si nous ne l’avons pas retrouvé et obligé à assumer ses responsabilités d’ici le début de l’année scolaire, lui dit-elle, nous tirerons un trait sur lui pour toujours. Et c’est cette dernière phrase qui surprend le plus le petit Jack.
Lors de ce périple, Jack sera sauvé par un tout petit soldat, goûtera à la langue de renne et à la mûre arctique, étrennera ses patins à glace, exécutera ses premiers tatouages (à la sauvage), deviendra un spécialiste en Roses de Jéricho et aura pour baby-sitters deux prostituées amstellodamoises.

Mer de filles

Revenus bredouilles, tous deux doivent s’adapter à un nouvel environnement. Alice, aigrie, choisira de renoncer aux hommes. Jack, manipulé sans le savoir, va tout aussi inconsciemment répéter ce schéma pendant de longues années – à commencer par cette école pour filles, où sa beauté androgyne et son développement trop rapide contribueront à en faire un sujet d’expérience pour les filles plus âgées que lui. Il mettra longtemps avant d’enfin apprendre à dire : « Non ! », mais entretemps bien des choses se seront passées…

Veinard

Mais, dans cet environnement un peu malsain, Jack aura la chance de rencontrer deux êtres d’exception, une ancienne conquête de son père (ce qu’il ignore), et un professeur de théâtre homosexuel jusqu’à la moelle, qui lui apprendra à jouer pour son propre public, composé d’une seule et unique personne. Le jeune Jack ne le sait pas encore, mais il a trouvé sa vocation : il sera acteur, et chacune de ses performances sera – évidemment – dédiée à son père, qu’il a sans cesse l’impression d’entr’apercevoir … lors des compétitions inter-universitaires de catch, notamment, où il croit même voir crépiter les flashes de photographes assidus.
Grâce à un second rôle de travesti, Jack va rapidement rencontrer le succès à Hollywood et multiplier les expériences scabreuses dans ce microcosme pour le moins particulier.

Dormir dans les aiguilles

Dans le milieu du tatouage, dormir dans les aiguilles peut désigner deux choses : utiliser son salon comme dortoir par manque de sous, ou rejoindre son créateur. Deux personnes chères à Jack vont aller dormir dans les aiguilles, tout d’abord sa meilleure amie et colocatrice, Emma, puis sa mère (qui s’est mise en couple avec la mère d’Emma, Leslie). C’est cette dernière qui incitera Jack à retourner en Europe sur les traces de son père, permettant ainsi à Jack de découvrir l’ampleur des mensonges et manipulations de sa mère à son égard.

Le docteur Garcia

Suite à ce périple et à un nouvel épisode scandaleux hollywoodien, Jack va se résigner à suivre une thérapie chez le Dr Garcia, mais c’est la découverte d’une demi-soeur jusque là inconnue qui lui permettra enfin d’exorciser ses démons.

Un de mes (5 ou 6) ouvrages préférés d’Irving. L’un de ses plus personnels (au sens autobiographique) aussi. Enfin, l’un de ses plus longs, même si l’auteur, grand fan de Dickens, est coutumier du fait. En plus de ses thèmes récurrents (Nouvelle-Angleterre, lutte, prostituées, Vienne, accident mortel, cinéma, relations sexuelles entre jeunes hommes et femmes âgées, viol), Irving nous fait ici découvrir le milieu du tatouage, des deux côtés de la barrière.

Vous pouvez lire le début du livre ici, histoire de voir si le style de l’auteur vous convient (il est très bien traduit, j’ai pu le vérifier lors de cours d’anglais donnés à une amie).

Je te retrouverai, de John Irving
Traduit par Josée Kamoun, Gilbert Cohen-Solal
864 pages – 24.00 € TTC

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Classé dans Roman

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