Coin-Coin Jambe de Bois


Lorsque j’étais enfant, ma mère et moi passions la majorité des congés de Noël du côté de Chimay, où des amis de ma mère possédaient une fermette. Il y avait des moutons, de beaux dénivelés pour faire de la luge et, surtout, beaucoup de monde. Et en hiver, c’est bien connu, rien ne vaut la chaleur humaine – tant animale qu’amicale – pour avoir bien chaud – au corps et à l’âme.

Nos hôtes, François et Françoise (je n’invente rien), avaient adopté deux enfants et François avait pris l’habitude, à l’heure du coucher, de leur conter les aventures de Coin-Coin « jambe de bois », un canard ayant perdu une patte dans sa jeunesse. Et il faisait ça si bien – en mode improvisation pure – que c’en était devenu l’un des événements marquants du séjour. Quand l’heure était venue d’un nouveau récit, jeunes, moins jeunes et vieux se rassemblaient donc dans une grande pièce du rez-de-chaussée pour y assister. Fabian et Marianne finissaient par imposer le silence aux quinze à vingt spectateurs présents et l’histoire pouvait enfin commencer…

Evidemment, étant donné le large éventail et le taux de renouvellement du public , on commençait toujours par un rappel des événements à l’origine du surnom de Coin-Coin – ce qui prenait au bas mot 5 minutes, le récit étant sans cesse interrompu par les « Oh » et les « Ah » de l’assemblée. Puis on en venait à l’histoire proprement dite, souvent inspirée d’un événement ou voyage récent. Ainsi, je me souviens notamment d’un épisode où Coin-Coin découvrait les splendeurs moscovites : la Place Rouge, la propreté des rues – vu les poubelles omniprésentes – les « Da ! », les « Tovaritch » et les cigognes.

Souvent, un mystère était résolu en fin d’épisode, la plupart du temps par Fabian. Dans ce cas-ci, je me souviens qu’il fallait trouver la signification d’une expression russe, mais j’ai oublié laquelle. Qu’importe ! A chaque fois, j’étais tout étonné de constater qu’une bonne demie-heure s’était écoulée, tant j’avais été captivé par le récit, les changements et intonations de voix de François, les splendides descriptions de lieux étranges et éloignés – incitation au voyage – les expressions en russe, anglais, italiens ou espagnol – découverte des langues étrangères.

Après cela, mettre les gosses au lit n’était plus qu’un jeu d’enfant : ils avaient bien trop peur d’être privés d’histoire le lendemain !

 

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