Robert Silverberg

Robert Silverberg, né le 15 janvier 1935 à New York, est un romancier et nouvelliste américain particulièrement prolifique. Il démarra très tôt et très fort: première nouvelle publiée à 18 ans, premier roman à 19 et premier prix Hugo à 20 (ce qui reste à ce jour inégalé).

Dans la première partie de sa carrière, il inonde les magazines de quantités de nouvelles assez commerciales. Il publie tellement qu’il est obligé de prendre plus de 25 pseudonymes !

C’est Frederik Pohl, alors rédac-chef du magazine Galaxy, qui réussit à le convaincre qu’une SF plus littéraire peut trouver son public. Une deuxième carrière s’ouvre alors à lui, pendant laquelle il renonce aux poncifs de la SF, aux clichés des monstres de l’espace, aux happy-ends obligatoires. Il devient introspectif, prête attention à la psychologie de ses personnages, adopte un ton pessimiste, plus personnel. Durant cette période, qui couvre toutes les années 70, il écrit plusieurs chef-d’oeuvres, des drames humains dans des mondes aussi effrayants que l’intérieur d’un cerveau névrosé : des personnages coincés, qui cherchent une issue malgré l’incompréhension des autres.

En 1975, lassé par le mercantilisme du monde de l’édition et à court d’inspiration, il annonce son intention de se retirer, mais revient quatre ans plus tard à l’écriture avec le cycle de Majipoor, situé à mi-chemin entre le space-opéra et la fantasy.

Œuvres Choisies

Romans

La Porte des mondes, Robert Laffont, 1977 ((en) The Gate of Worlds, 1967)
Oeuvre juvénile légère, il s’agit d’un livre d’aventures à la Jules Verne qui se lit d’une traite. Dans un monde uchronique où la Peste Noire a laissé l’Europe trop affaiblie pour résister aux Ottomans, un jeune anglais part pour le Nouveau Monde, toujours dominé par l’Empire Aztèque.

Les Ailes de la nuit, J’ai lu no 585, 1975 ((en) Nightwings, 1969)
L’humanité, trop sûre d’elle, a détruit l’écosystème et ravagé la planète. Elle survit péniblement, dans la crainte de l’invasion promise par des extra-terrestres autrefois humiliés. Les Guetteurs sont une corporation de métier qui à pour tâche de surveiller l’espace, à l’affût des premiers vaisseaux envahisseurs, pour donner l’alerte. Une oeuvre étrange au ton nostalgique : des mutants aux ailes de papillons, un empereur déchu, des pierres aux pouvoirs peu naturels…on est dans un monde plus magique que futuriste, en dehors du temps. Plus qu’une aventure, l’histoire du Guetteur est une quête d’une grande poésie, et malgrè la tristesse ambiante, le récit s’achève sur un bel espoir.

Les Monades urbaines, J’ai lu no 997, 1974 ((en) The World Inside, 1971)
Fin du 24è siècle : dans des tours de 1000 étages qui abritent chacune un million d’habitants, l’humanité n’a plus qu’un but : se multiplier toujours davantage. La vie des 70 milliards d’individus est régie par des lois étranges qui encourage la reproduction. Aucune propriété, aucune intimité, aucun liens familiaux, oisiveté totale et interditcion morale de refuser un rapport sexuel à qui que ce soit. Un futur terrifiant, d’autant plus angoissant qu’il est tout à fait plausible. C’est sobre, simple et parfaitement démoralisant.

Le Livre des crânes, Collection Nebula, 1975 ((en) The Book of Skulls, 1972)
Ils sont quatre, partis en quête du secret de l’immortalité : celle promise par le Livre des Crânes. Au terme de cette quête, une épreuve initiatique terrible qui amènera chacun d’eux à contempler en face le rictus de son propre visage. Une épreuve au cours de laquelle deux d’entre eux doivent trouver la mort et les deux autres survivre à jamais.

L’Oreille interne, J’ai lu no 1193, 1975 ((en) Dying Inside, 1972)
S’il ne fallait en citer qu’un, LE chef-d’oeuvre de Silverberg. Je le rachète régulièrement pour le relire, puis l’offrir. Ceci vaut bien une critique un peu plus longue !

David Selig est un raté. Quadragénaire discret, célibataire, il gagne péniblement sa vie en faisant le nègre pour des étudiants fainéants. Selig avait pourtant tout pour réussir : un don miraculeux, un pouvoir que bien des humains jalouseraient: Selig est télépathe.

Il entend tout ce qui se passe dans la tête des gens qui l’entourent. Depuis tout petit, il sait tout de nos mauvais jugements, de nos désirs honteux, de nos méchancetés secrètes…
Son don aurait pu être pour lui un atout extraordinaire. D’ailleurs, il en a profité quelques fois… mais cela lui a joué des tours. Et les scrupules l’ont rattrapé. David se considère comme un paria, un voyeur qui malgré lui regarde à l’intérieur de la tête de ses contemporains… Un monstre.
Comme il est difficile de sonder les pensées de la jeune femme qui vous côtoie dans le métro, et de constater qu’elle ne vous a même pas remarqué… Comme il est violent d’entendre son camarade de classe penser très fort qu’il a envie de vous mettre son poing dans la gueule…

A sept ans et demi, Selig s’est retrouvé chez le psychiatre. Trop intelligent, trop malin, déroutant pour les adultes, ce gamin qui comprend tout si vite. Mais il s’est bien gardé de livrer son secret. Personne ne sait, personne ne doit savoir. Pas même ses parents. Les rencontres de Selig l’ont conforté dans son mal-être : il y a cet autre mutant, qui fut son ami – mais dont l’assurance impertinente s’accompagne d’une absence totale de scrupules. Il y a sa soeur, Judith, avec qui il n’a eu longtemps qu’un rapport haineux voire destructeur. Il y a les femmes, toutes ses femmes, que malgré son don il n’a pas su comprendre…

Son don, Selig l’a toute sa vie vécu comme une tare. Mais alors quelle est cette inquiétude sourde qui l’envahit lorsque la quarantaine entamée, celui-ci commence à s’éteindre doucement ?

L’Homme stochastique, J’ai lu no 1329, 1975 ((en) The Stochastic Man, 1975)
Oeuvre située entre la philosophie et la SF, qui se déroule aux Etats-Unis en l’an 2000 lors de la campagne présidentielle. Etude psychologique sur une faculté mentale humaine ignorée de celui qui la possède, méditation sur les effets pervers de la connaissance du futur, réflexion sur le libre arbitre et la liberté de l’esprit humain ou assujettissement de l’homme à une prédestination qu’il ne peut que subir ? Tout à la fois, et plus encore…

Tom O’Bedlam, 1986 ((en) Tom O’Bedlam, 1985)
Etrange roman, variation sur la folie, sur l’aliénation collective, sur les influences psychiques… Dans une Amérique post apocalyptique, plusieurs personnes, fort loin les unes des autres, tant dans leur statut social que dans leurs moeurs, font des rêves identiques et troublants de planètes lointaines, habitées par des entités mystérieuses et accueillantes. S’agit-il d’un appel d’une civilisation extra-terrestre ? Ou d’élucubrations fumeuses d’esprits malades ? Le sait-on vraiment à la fin de l’ouvrage, quand la déroute de la raison, individuelle et collective se termine en un invraisemblable chaos ?

Roma Æterna, 2004 ((en) Roma Eterna, 2003)
Et si l’Empire romain n’avait jamais disparu ? Voici l’histoire parallèle d’un Empire romain qui a connu bien des vicissitudes, des guerres et des crises politiques, mais qui n’a jamais cessé d’exister et de faire régner, avec quelques interludes sanglants, la Pax Romana. Le christianisme y est inconnu, ne serait-ce que parce que les Juifs n’ont jamais réussi à quitter l’Égypte des pharaons. Quelques siècles plus tard, un envoyé spécial de l’Empereur élimine un prophète d’Arabie avant qu’il ait eu le temps de fonder l’islam. La technologie évolue plus lentement que dans notre continuum. Vers l’an 2650 A.U.C. (Ab Urbe Condita : depuis la fondation de la Ville), qui correspond à la fin de notre XIXe siècle, le téléphone existe et l’automobile fait son apparition.

 

Cycle de Majipoor

Le Château de Lord Valentin, 1980 ((en) Lord Valentine’s Castle, 1980)
Valentin est un vagabond. Il porte le même nom que Lord Valentin, celui qui, avec le Pontife, règne sur l’immense monde de Majipoor. Amnésique, il erre avec une troupe de jongleurs à quatre bras. Il croit se souvenir pourtant qu’il est le vrai Coronal et que son esprit a été transféré dans ce corps par un usurpateur. Carabella la jongleuse le croit. Valentin mène alors sa petite troupe à travers les trois continents de Majipoor, à la quête de sa véritable identité.

qui sera suivi de :
Chroniques de Majipoor, 1983 ((en) Majipoor Chronicles, 1982)
Valentin de Majipoor, 1985 ((en) Valentin Pontifex, 1983)
Les Montagnes de Majipoor, 1995 ((en) The Mountains of Majipoor, 1995)
Les Sorciers de Majipoor, 1998 ((en) Sorcerers of Majipoor, 1996)
Prestimion le Coronal, 2000 ((en) Lord Prestimion, 1999)
Le Roi des rêves, 2002 ((en) King of Dreams, 2001)

 

« Nouvelles au fil du temps » – L’intégrale des nouvelles de Silverberg, parues en poche chez Folio SF
La nouvelle et la novella (genre typiquement anglosaxon, situé entre la nouvelle et le roman) ont toujours été un point fort chez Silverberg. Voici l’occasion de découvrir les multiples facettes de ses talents d’écrivain à peu de frais.
« Le Chemin de la nuit » Volume 1 [1959 – 1970]
« Les Jeux du Capricorne » Volume 2 [1971 – 1981]
« Voile vers Byzance » Volume 3 [1981 – 1987]

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2 Commentaires

Classé dans Ecrivain, Fantasy, Roman, SF, Uchronie

2 réponses à “Robert Silverberg

  1. J’ai pour ma part découvert Silverberg vers la fin des années ’70 alors que j’étais entre le collège et le lycée en empruntant « Les Monades Urbaines » à ma bibliothèque municipale préférée d’alors. Ce livre a participé – avec quelques autres comme Le long labeur du temps de John Brunner, Le Temps Incertain de Michel Jeury et Ubik de Philip K.Dick – à la construction des fondations (j’allais oublier Asimov) de ma culture SF.
    Je n’ai pour ma part pas trouvé démoralisante la lecture de Monades Urbaines, mais stimulante comme toute extrapolation/exploration des tendances possibles de nos sociétés soi-disant modernes.

  2. J’ai pour ma part découvert SF et Fantasy lors de mes années d’université, début des ’80s : Silverberg, Dick (Ubik et Le maître du Haut Château), Brunner (La ville est un échiquier et Tous à Zanzibar), les grands anciens (Asimov, Clarke, Heinlein, …). Mais j’ai rarement été satisfait des auteurs français (depuis j’en ai découvert de bons, je l’avoue).
    Pour les Monades, je n’ai pas non plus trouvé cela démoralisant à l’époque, mais en le relisant 20 ans plus tard, par contre :s … mais je crois que c’est vrai pour l’art en général : l’état mental dans lequel on se trouve influe énormément sur la perception qu’on peut avoir d’un livre, tableau ou morceau de musique. Quand j’ai le moral dans les chaussettes, j’évite certains morceaux de Portishead, qui est pourtant un de mes groupes favoris.

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