Plume : Dans les bras d’Invidia

Au cours de ma longue existence, j’ai connu les deux faces de la jalousie. La bonne et la mauvaise, me dites vous ? Non, tout simplement la masculine et la féminine – ou encore celle que l’on ressent et celle dont on est victime.

Vers 25 ans, je suis tombé follement amoureux d’une fille un peu plus grande que moi, un peu plus jeune que moi, mais beaucoup plus populaire que moi ! Elle était en permanence entourée de beaux mâles, entre qui elle partageait ses attentions. Au début, désespéré, je ne pensais pas avoir la moindre chance d’avoir une relation autre qu’amicale (et encore !) avec F. Puis, je compris un beau jour que la belle n’était, après tout, pas totalement inintèressée. Grâce à une citation de Brel, qui me valut moult roucoulements (F. faisait la colombe quand elle appréciait : compliments, traits d’esprit, attentions, cadeaux …)

C’est alors qu’Invidia se présenta à moi, pourvue de tous ses atours. Même si ma relation avec F. était purement platonique, je ne pus m’empêcher d’être jaloux de ses nombreux amants (ou supposés tels). Un jour, la coupe déborda : mon meilleur ami, F. et moi avions passé la journée ensemble et F. prit un malin plaisir à nous accorder tout à tour ses attentions. Ce soir là, mon ami et moi en parlâmes et décidâmes d’éviter de répéter cette expérience douloureuse. Ce qui ne m’empêcha guère de continuer à souffrir en silence. Pourtant, après plus d’un an de « cour », F. et moi finîmes par « concrétiser ». Ce qui ne résolut pas mon problème : au contraire, j’avais encore plus de raison d’être jaloux, ayant maintenant découvert la valeur des trésors cachés de F., de les partager avec d’autres. La Déesse finit par l’emporter, un an plus tard, me forçant à renoncer à F. de peur de trop souffrir par après.

Lorsque je rencontrai N., ma future épouse, je n’étais moralement pas encore remis. F. s’était depuis « calmée » et avait pris pour compagnon quelqu’un qui me ressemblait étrangement, tant physiquement qu’intellectuellement. Je ne l’avais toujours pas digéré. Je venais aussi, après de longs mois de célibat, de décider de « prendre tout ce qui passerait à ma portée ». Après avoir couché avec N., je passai donc la nuit suivante avec une autre. Et la suivante. Je l’ignorais encore, mais j’allais le payer très cher !

Rapidement, j’eus à choisir entre mes dulcinées, venues toutes deux m’attendre au boulot pour passer la nuit avec moi. N. et moi furent bientôt cohabitants, puis un couple à qui il ne manquait que le contrat de mariage. Les premiers symptômes apparurent lorsque je partis jouer un tournoi d’échecs à Liège, quelques mois plus tard. N. voulait absolument m’y accompagner, bien que je lui aie expliqué que j’allais partager une chambre d’étudiant avec un inconnu et passer 8+ heures par jour à jouer, préparer ou analyser mes parties. Plusieurs heures d’altercations précédèrent donc mon départ pour ce tournoi.

A mon retour, la belle s’était calmée, mais ce n’était que partie remise. Tout devint bientôt prétexte à ces crises de jalousie maladive. Si je tenais la porte à une jeune fille, aimais un clip un peu trop sensuel de Kate Bush, achetais une BD de Manara, passais une soirée avec mes potes, Invidia l’enragée manifestait aussitôt sa présence, empoisonnant toujours un peu plus nos relations. Nous eûmes même recours à une aide psychologique spécialement destinée aux couples, mais rien n’y fit. Bientôt, ce fût le chantage au mariage, rapidement suivi du chantage à l’enfant et à la maison. Puis arriva ce qui devait arriver : je m’avouai vaincu et, courageusement, pris la fuite.

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