Plume : Chenavan (première partie)

D’ordinaire, ma mère et moi passions les vacances de Noël à Bailièvre, dans la fermette désaffectée que les Collinet avaient transformée en maison de campagne. Mais quand j’eus 9 ou 10 ans, notre lieu de villégiature changea brutalement. Les Evaldre avaient en effet à leur tour acheté une petite propriété, comprenant un mas, dans la montagne surplombant le lac d’Annecy, au lieu-dit Chenavan.

Pour ce périple de quelque sept cents bornes, nous nous levâmes à l’aurore – ce que nous ne faisions d’ordinaire que lors des « grandes vacances » – chargeâmes les voitures, puis nous lançâmes à l’assaut des routes départementales (en jaune sur les cartes routières Michelin, contrairement aux nationales, représentées en rouge). Le but, en démarrant dès potron-minet, était d’éviter les bouchons et de s’arrêter après quelques heures de route pour prendre le petit déjeuner, qui se trouvait dans le coffre. Premières heures de route que je passai essentiellement à dormir sur le siège arrière, par ailleurs. Arrivés aux environs de Signy-l’Abbaye, nous trouvâmes un troquet déjà ouvert pour casser la croûte et nous dérouiller les jambes.

Puis nous repartîmes, tout ragaillardis, et les noms de villages étranges commençèrent à défiler : Rethel, Pontfaverger, Suippes, Soulanges, Bar-sur-Aube, Recey-sur-Ource et enfin Is-sur-Tille, dont un collègue de Jean avait recommandé certain restaurant et où nous nous passâmes deux bonnes heures à nous ravitailler.

Le reste est plus confus dans ces souvenirs d’enfance… Lons-le-Saulnier, Poligny (où nous achetâmes du Comté), Genève (où nous fîmes le plein d’essence, tabac et chocolat), puis enfin des panneaux indicateurs mentionnant Annecy, et bientôt Talloires ! L’hiver aidant, les journées étaient courtes et notre plantureux arrêt-buffet ne nous permis d’arriver qu’après la tombée du jour. Ce qui fit que je ne découvris la magie de cette fin de parcours que des mois plus tard !

La montée à la lampe torche dans de vagues sentiers pentus, rendus encore plus attrayants de mystère par les reflets changeants de nos éclairages de fortune, l’arrivée à un « châlet » de deux étages, la constitution rapide d’un feu de bois (ouvert), puis, assis dans un assemblage hétéroclite de fauteuils et divans dépareillés, la dégustation religieuse et reposante (aux sens physique et moral) d’une soupe-maison emportée de Belgique précisément dans ce but, la réalisation que près de deux semaines de bonheur m’attendaient…

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