En mai, fais ce qu’il te plaît !

« Mon prénom, c’est Aimé. Comme quoi ça veut rien dire. Vous allez voir, je sais pas raconter les histoires. »

En ce joli mois de mai, Monsieur Louis repose sous un arbre, une balle de fusil dans la gorge. Etant donné qu’il a légué sa maison de campagne, transformée en hôtel pour chasseurs citadins, et l’ensemble de ses biens à cinq de ses clients choisis au hasard, c’est à Aimé que revient la tâche d’accueillir, à cette période inhabituelle de l’année, ces étranges héritiers chasseurs en attendant le notaire.

Parlons-en de ces invités ! Un policier à la retraite qui met tout le monde mal à l’aise, un ex-militaire tellement discret qu’on a du mal à se rappeler qu’il existe, un tenancier de bordel homosexuel (le tenancier, pas le bordel) habillé et maquillé comme un clown – accompagné de son chien, Pistache – et un couple véreux, dont la moitié féminine fait tout pour mettre en valeur ses protubérances mammaires abondantes. Et tout ce beau monde est bien trop obnubilé par l’héritage que pour avoir une pensée émue pour le mort.
« Ca le regarde pas le policier, pourquoi que Martial a tout qui lui manque d’un côté, plus de cheveux, plus de bouche, plus de narine, plus de joue, plus d’oreille et plus d’oeil, rien que sa peau de caoutchouc avec des trous-trous couleur brûlé. »

Pour aider Aimé, il n’y a que Martial, une force de la nature au caractère de cochon. Mais depuis l’accident qui l’a défiguré, Martial n’aime pas quand des étrangers lui regardent la tête. Et depuis qu’il a trouvé le cadavre de Monsieur Louis, dans un état de décomposition avancé, il bégaye, a perdu le sommeil et l’appétit. Alors c’est plutôt de six personnes et d’un chien qu’Aimé doit finalement s’occuper. Enfin, bientôt cinq, vu que Paulette Truchon se sent tellement mal de devoir partager l’héritage qu’elle se retrouve bientôt allongée sur le parquet, les seins à l’air, mais néanmoins morte.

L’histoire devient alors un croisement complètement déjanté entre une partie de Cluedo et les « Dix petits nègres » d’Agatha Christie. Les candidats-héritiers ont évidemment tous quelque chose à se reprocher et on en vient rapidement à se demander s’ils ont bien été désignés par le hasard. On apprendra aussi comment Martial a été défiguré, qui sont les parents d’Aimé, et bien d’autres choses encore…

Extraits choisis

(le commandant Lyon-Saëck, l’ancien policier, parle de l’héritage à Aimé)
« (…) et le dernier héritier, dont je n’ai d’ailleurs pas bien saisi le patronyme, prendra ce qu’il reste … les économies de Monsieur Louis, l’armurerie, le commerce des porcs, l’étang et que sais-je encore. »
Patronyme, ça veut dire nom. C’est un mot compliqué qui remplace un mot normal que tout le monde connaît. Il y a des gens qui parlent exprès avec des mots compliqués alors qu’ils connaissent les mots normals correspondants. Les mots compliqués c’est pas des gros mots mais ça vous injurie pire que des connards ou des salauds ou tous les noms d’oiseaux. Les gens qui parlent avec des mots compliqués c’est pour bien vous faire comprendre que eux c’est eux et vous c’est moins que ça. Lucette dit que le langage c’est comme la façon qu’on marche, ça dit d’où qu’on vient et surtout d’où qu’on vient pas. Lucette, elle vient de deux endroits à la fois vu qu’elle a eu une bonne éducation chez son père et une mauvaise dans le foyer d’accueil qui comme son nom l’indique l’a accueillie et qui comme son nom ne l’indique pas l’a tapée avec une planche en bois pendant cinq ans.

 

Pour rigoler, j’ai demandé : « Vous avez combien de filles, en tout, Monsieur Milou ? »
Il a regardé Pistache au cas où c’est lui qui répondrait.
« Voyons voir… Pistache… Combien on a de petites ? Le problème, c’est que c’est délicat… Il y a les temps pleins et celles qui font que des demi-journées…
Mais si vous comptez que deux demies ça fait une pleine, combien vous avez de filles ?
C’est plus compliqué que ça… Les mi-temps font toutes les nuits et rapportent presque autant que les filles à temps plein. Et puis elles tombent moins malade… Sans compter qu’elles sont souvent plus jeunes, plus jolies et qu’elle enchaînent évidemment plus.
Elles enchaînent plus de quoi ?
D’hommes ! Qu’est-ce que vous voulez enchaîner, Modeste ? Des couplets ? »
Le commandant et son allure ont fait une grimace parce qu’ils ont le respect de la loi et que les bordels c’est pas permis.
« Alors bon, vous savez pas exactement…
Mais si, je sais parfaitement ! Si je compte comme vous avez dit, j’ai onze filles… environ.
Ah, ça tombe pas juste ?
Dix et demie pour être précis.
Et vous, monsieur le commandant, vous avez d’autres filles, à part celle qui se marie ? »
Oh qu’elle était mécontente la tête du commandant.
« il y a fille et fille, nom d’un chien ! »
Pistache a aboyé, parce qu’il aime pas qu’on parle de sa race comme ça.
« Pardon, monsieur le commandant, je voulais pas dire par là que votre fille aussi est une dame qui reçoit de l’argent pour faire ce que la plupart des dames font gratuitement. »

Le joli mois de mai (Emilie de Turkheim)
Le Livre de Poche #33224 5,10€

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Classé dans Polar, Roman

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