Maracle

 

Après la mort de sa mère, vedette du parc d’attraction familial, et l’installation à proximité d’un site concurrent bien plus moderne, Ava Bigtree voit son père se réfugier dans des projets irréalistes, sa soeur Ossie dans le spiritisme et son frère Kiwi dans ses rêves d’études. Mais elle est prête à tout pour sauver de la faillite l’entreprise familiale, Swamplandia !

Ce petit bijou de poésie enfantine a été sélectionné par le New York Times comme l’un des cinq meilleurs romans américains de 2011, finaliste du prix Pulitzer et adapté pour la télévision par HBO.

Extraits :

« Le langage des vivants pleut sur les morts et souvent nos communications peuvent les submerger. La grêle de nos mots peut être trop intense pour eux… » (extrait du Télégraphe Spirite)

« Nous n’avions qu’un seul mammifère, Judy Garland, une ourse brune de Floride (…) Elle savait faire un tour, enfin une sorte de tour : le Chef lui avait appris à hocher la tête pendant Somewhere over the Rainbow. Une horreur. Ses dodelinements terrifiaient les petits enfants et scandalisaient leurs parents. « Au secours ! s’écriaient-ils. Cette bête a une crise cardiaque ! » C’est vrai qu’elle n’avait pas le sens du rythme. »

« La plupart des touristes restaient après avoir appris la nouvelle, mais quelques uns demandaient à être remboursés. C’étaient toujours ceux qui avaient fait le moins de chemin qui se montraient les plus exigeants. A croire que la mort de maman était juste une arnaque. « Notre sortie du Mardi ! » se lamentaient ces vieilles dames aux cheveux bleutés. Elles avaient payé pour assister au numéro de Hilola Bigtree; on ne faisait pas quarante minutes de ferry pour manger des hot dogs en compagnie de reptiles et d’enfants éplorés !

Pour ces très vieilles gens, nous avait expliqué le chef, la mort des autres était comme un phénomène météorologique, un truc embêtant comme une averse. « Si elles font de l’esclandre, fourguez-leur le pack… »

J’en venais à détester ces rouspéteuses, avec leurs rouges à lèvres fendillés, leurs rides et leurs chapeaux de paille mous aux bords aussi larges que les anneaux de Saturne. Je murmurais à Ossie que je voulais voir le registre de ,l’avion de la Mort. L’embarquement se faisait dans un ordre vraiment stupide.

Le chef avait concocté un pack « spécial vieille peau » que nous étions censé leur refiler si elles voulaient un remboursement : un chapeau en caoutchouc mousse conçu pour donner l’impression qu’un alligator vous dévorait la tête, un collier flamant rose en strass, cinquante cure-dents vert et ambre dans leur coffret souvenir et un folioscope représentant maman. si on le feuilletait assez vite, cela faisait comme un dessin animé rudimentaire : d’abord elle plongeait, puis son corps fendait le bassin par son milieu en laissant un trait vert. Mais on avait découvert, ma soeur et moi, qu’en le feuilletant à l’envers, notre mère revenait en arrière. Alors, les bulles rentraient sous la surface lisse et unie, maman atterrissait sur le plongeoir à l’issue d’un brillant arc de cercle à rebours. Elle volait comme une pierre laissant une vitre intacte. Le verre se reconstituait et on se retrouvait au début du petit livret. Qui aurait pu se plaindre après cela . »

« Swamplandia », de Karen Russell, Le Livre de Poche 33247, 7,60€.

 

 

 

Publicités

Poster un commentaire

Classé dans Roman

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s