La malédiction du GSM


Août 2005 : après cinq ans de chômage – moi qui n’avais jamais été inactif depuis mes 18 ans – le patron d’un bar où j’avais travaillé à l’époque de l’unif me propose un emploi. Réalisant très bien que je vais gagner moins qu’au chomage (20-25 heures/semaine à 7€ de l’heure, c’est vite calculé), j’accepte néanmoins : le chômage, c’est drôle les six premiers mois, mais ça lasse vite. Et je fais bien, car je renoue plein de contacts sociaux et me sens de nouveau utile à quelque chose. Mais le bar ne marchant pas très bien, le nombre d’heures prestées commence à diminuer et le patron est exclusif : pas question que je travaille aussi ailleurs, même à l’autre bout de Bruxelles.

Finalement, en 2008, ne m’en sortant plus financièrement, je commence quand même à travailler aussi dans mon bar préféré deux à trois fois par semaine. Je ne vous dis même pas le sport pour goupiller deux horaires de nuit dans des bars quand il faut cacher ce fait à un de vos deux patrons !

21 Avril 2009 : Je décide de fêter mon cinquantième anniversaire avec 4 bons mois d’avance, sentant que je ne vais pas rester dans la forme olympique qui est la mienne jusqu’en septembre. Ayant invité une centaine de personnes (je fais ça dans un bar), je me retrouve équipé d’un verre de vodka magique : il ne se vide jamais ! Dès que ça risque d’arriver, il y a toujours quelqu’un qui me demande « Qu’est-ce que tu bois ? » Résultat des courses, quand je quitte le bar vers les 5 heures du mat’, je suis passablement torché.

Ce qui ne m’empêche pas, vu que la jeune fille qui a tenu à me raccompagner chez moi est aussi celle pour laquelle j’ai le béguin depuis plus d’un an, de lui conter fleurette chemin faisant. Bref, on arrive devant chez moi (à cent mètres du bar), on se dit à demain, j’ouvre ma porte, allume, fait deux pas et … m’étale comme un malpropre dans le couloir ! J’arrive tant bien que mal à monter les trois volées d’escalier et vais cuver quelques heures.

22 avril : je vais bosser l’après-midi, après avoir constaté la disparition de mon GSM à mon réveil. Je me dis que je l’ai sûrement laissé dans le bar et que j’irai le récupérer après le taf. La zoulie mademoiselle de la veille passe pendant mes heures de barman. Une fois venu le calme d’après 14:00, je vais m’installer à sa table, m’excuse d’avoir été peut-être un peu entreprenant la veille, tout en insistant sur le fait que je ne change rien à mes dires pour autant. Elle prend la nouvelle avec humour, me dit que je n’ai rien fait qu’elle regrette, bref … je lui demande si elle est libre ce soir là et nous nous fixons rendez-vous pour un resto.

Tout à mes amours, je pense quand même à passer au bar de la fête d’annif : pas trace du G. Bon, un Nokia de quatre ou cinq ans d’âge, je ne vais pas en faire une maladie non plus, hein.

23 avril : Je me lève tout guilleret, après avoir passé un très bon moment avec Miss X la veille (puis retravaillé le soir) et tombe sur ma voisine du dessous qui, me tendant mon téléphone, me demande s’il ne serait pas à moi. En fait, en m’étalant dans le couloir, mon G a jailli de ma poche pour aller se cacher dans la pénombre, où elle l’a retrouvé. Je la remercie et m’excuse du bruit occasionné, lui expliquant que je fêtais mes 50 balais. « Cool ! », me dis-je, « j’ai la baraka en ce moment ! » Grave erreur, que je ne vais pas tarder à réaliser !Loin de me douter de ce qui m’attend, je vais me balader en forêt avec Miss X l’après-midi et, avant de se quitter, elle m’invite à passer chez elle après le boulot (j’arrête à minuit ce jour là). Je n’en crois pas ma chance !

24-25 avril : Etonnamment reposé après deux heures de sommeil, je vaque à quelques occupations, puis passe le restant de la journée et la nuit en agréable compagnie. C’est en fin d’après-midi, le 25, que les choses vont commencer à se gâter. Je reçois comme toutes les semaines un SMS de mon gérant, mais au lieu de me communiquer mon horaire, il me signifie ma mise à pied immédiate pour cause de « travail chez la concurence ». Je me doutais bien que ça arriverait un jour ou l’autre; par contre, qu’un patron pour qui j’ai travaillé 12 ans au total n’aie même pas le courage de me le dire lui même et choisisse de déléguer le sale boulot à son gérant (et par SMS en plus), ça me reste en travers de la gorge.
Comme en plus, je ne travaille pas ce soir là et que ma dulcinée bien, je me retrouve donc à sillonner les bars en réfléchissant à l’opportunité d’une riposte. Mais après avoir imaginé quelques scénarios de vengeance plus délirants les uns que les autres, je décide d’attendre de m’être calmé avant de prendre une décision. Je vais coucher tard et dort très mal.

26 avril : Le lendemain, après le boulot, je n’ai aucune envie de rejoindre mon flat cafardeux, pour me retourner des heures dans ma couche à vainement chercher le sommeil. Je fais donc la tournée des Grands Ducs et me retrouve passablement émêché, en colère, désespéré (par les problèmes de thunes à venir) et terriblement seul. C’est à ce moment là que mon maudit GSM me pousse à commettre l’irréparable : j’envoie à ma nouvelle conquête un SMS mentionnant (en capitales, oui)  « JE T’M ». Oui oui, comme dans How I met My Mother !

27 avril : Je me réveille tard et encore saoul de la veille et Miss X, après avoir d’abord décalé notre rdv, m’en fixe un autre « pour parler ». Je réorganise donc ma journée en fonction et m’y rend. L’esprit toujours bien embrûmé, je mets cinq bonnes minutes à comprendre qu’elle est tout simplement en train de me plaquer.

Et voilà comment, en moins d’une semaine, ce GSM du Diable m’aura coûté mon travail et ma nana. Pour la petite histoire, j’ai fini par vraiment le perdre quelques semaines plus tard et bon débarras ! Je me demande d’ailleurs si je ne l’aurais pas volontairement laissé traîné sur le comptoir d’un bar dans l’espoir de transmettre à un autre sa malédiction !

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