Plume : La féminine éducation

J’avais quatre ans quand mon père est mort et, pendant les dix années qui suivirent, les figures de père furent presque totalement absentes du paysage. A part un oncle vieux garçon et un grand-père que j’adorais, tous deux trop âgés pour remplir ce rôle. Je fus donc élevé dans un milieu presque exclusivement féminin. Ce qui explique certaines bizarreries.

Ainsi, je fis du tricot, du crochet et de la broderie dans ma jeunesse. Un peu de solfège, aussi. J’échappai de justesse à la danse classique. Par contre, il ne serait pas passé par la tête de ma mère de m’inscrire dans un club d’échecs ou de football, pour lesquels je manifestais pourtant un intérêt et des prédispositions évidentes. J’étais (et suis toujours) nul en bricolage. J’avais le jardinage en horreur (ça, c’est corrigé, Dieu merci) !

D’autres gros inconvénients, dus à cette éducation féminine, m’handicapèrent longtemps. Le premier tenait au fait que ma mère, professeur qu’on ne voulait pas nommer principalement à cause de ses opinions politiques, me changeait d’école à chaque fois qu’elle passait d’un intérim à l’autre. Elle faisait ainsi d’une pierre deux coups : plus de problèmes de transport (vu que nous allions au même endroit à la même heure) et vengeance (comme j’étais premier de classe partout, elle privait son ancien employeur d’un bon élément et en amenait un sur son nouveau lieu de travail. Evidemment, être « premier de classe », fluet et relativement peu sociable, avec sa mère comme prof dans la même école, ça ne m’arrangeait pas vraiment ! Le deuxième problème, c’est qu’étant d’une politesse extrême vu mon éducation, les autres gosses de mon âge avaient tendance à prendre cela pour de la couardise – peut-être même me subodoraient-ils gay, allez savoir ?

Pas étonnant donc qu’au niveau éducation sexuelle, quelques lacunes se soient aussi présentées. Autant ma mère n’éprouvait aucune gêne quand il s’agissait de se ballader à poil devant moi, autant aborder le sujet de mon engin lui était difficile. Mon éducation sexuelle se résuma donc à une seule et unique conversation d’un petit quart d’heure. Je devais avoir 10 ou 11 ans et ma mère me demanda si je savais comment on faisait les bébés. Je lui expliquai qu’une rumeur persistante circulait à l’école, mais que je n’y croyais pas, parce que « ça ne rentrerait jamais ». Fou rire de ma mère (qui était une bonne nature et riait souvent), qui me confirma la ‘rumeur’. Puis, plus rien …

Durant mes dernières années d’humanité, j’avais bien commencé à m’intéresser aux filles, mais à part quelques baisers et l’un ou l’autre effleurement de sein, pas grand chose à signaler. Arrivé à l’université – et disposant de mon kot vu les 50 kilomètres de distance ainsi mis avec le foyer familial (Yoohoo !) – les choses n’évoluèrent pas non plus particulièrement en ce domaine. Je me fis pas mal d’amis et aussi quelques amies, mais comme il s’agissait la plupart du temps des copines de mes amis …

Il fallut attendre l’année suivante pour enfin voir se produire un déclic (si j’ose dire, mais n’anticipons pas). J’avais quitté mon horrible cellule de 5 mètres carrés de la cité un universitaire pour aller cohabiter avec un pote et sa soeur; je commençai aussi à travailler dans un bar, pour enfin atteindre à l’indépendance financière et je continuais à travailler 10 heures/semaine au magasin de disques du campus (deux vinyles par jour, ça ne se refuse pas). Une des découvertes permises par la cohabitation fut la pile impressionnante de magazines de mon pote, riche en jeunes demoiselles (fort) peu vêtues. Et ce qui devait arriver arriva. Après une nuit passée à préparer un gros examen, me sentant prêt, mais craignant de m’endormir, je me mis à feuilleter l’un de ces magazines et … il se passa quelque chose de très angoissant au niveau de ma ceinture ! Paniqué et craignant de devoir filer aux urgences – et d’aussi rater mon examen, par ailleurs – je m’épongeai tant bien que mal, pris une douche et constatai que je ne me sentais pas si mal que cela. En fait, que du contraire !

Ce n’est que quelques jours plus tard que me revint en mémoire un incident, survenu quelques années plus tôt au domicile familial. Marc, mon beau-père, avait fait brutalement irruption dans ma chambre, dont j’avais fermé les rideaux. Cela m’arrivait assez régulièrement, lorsque je voulais contrer l’impression d’être observé par les voisins d’en face pour lire tranquillement. Le regard de mon beau-père en disait long : il s’attendait clairement à avoir quelque chose à me reprocher et était fort courrouçé que ce ne soit pas le cas. Enfin, je réalisai qu’il pensait me surprendre dans une situation … embarrassante. S’il avait seulement su alors combien d’années encore cela me prendrait pour simplement immaginer que cette possibilité s’offrait à moi, il en eût été fort esbaudi 😉

Quelques mois plus tard, j’avais mis à profit cette découverte – et mon statut de barman/serveur, je n’ai pas honte de l’avouer – pour (enfin) passer ma première nuit en charmante compagnie.

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