Plume : We don’t need another hero

Etrange mardi !

Vu que j’ai travaillé (au café) samedi et dimanche, et que c’est rebelote pour mardi, mercredi et jeudi soirs, une évidence s’est imposée à moi hier soir: si je voulais faire la java, c’était le seul jour qui restait.
Et java il y eut – les bars étaient d’ailleurs étonnamment bien remplis pour un lundi, ce qui ne fit que m’encourager dans la débauche. Ainsi, après une petite mise en train à la pils (pour accompagner ma pita), je goûtai la Bieken, bière blonde au miel recommandée par un collègue la veille. Si l’effet est très agréable, au niveau goût je m’attendais à mieux: on a un peu l’impression de boire une Duvel à laquelle on aurait rajouté du miel. Ca se laisse boire, mais sans plus.

Ayant changé de crêmerie, je me rabattis alors sur une valeur sûre: une bonne Triple Karmélite de derrière les fagots, et dans le verre ad hoc s’il vous plaît! Ce verre est à lui seul une oeuvre d’art qui mérite le détour, et son contenant est extrêmement plaisant au palais et vous fait planer en douceur jusqu’au niveau supérieur.
Ayant atteint un niveau d’ébriété qui me semblait étrangement élevé, je décidai de calmer le jeu et me contentai d’un Mojito, puis d’un Havana Club nature pour terminer la soirée.

Et, malgré une bonne nuit, je me réveillai avec un mal de crâne tenace, qui résista à ma promenade matinale et à un bon petit déjeûner. Décidant de prendre le taureau par les cornes, je repartis de plus belle: malgré le crachin qui menaçait de débarquer à tout moment, un petit tour des étangs d’Ixelles, avec Pink Floyd en fond sonore, ne pouvait que faire du bien à mes neurones tambourinantes !

Et c’est ainsi que, grâce au Havana Club, je me retrouvai à point nommé pour m’apercevoir que, ce qui me semblait être un bien étrange canard dans le deuxième étang, n’en était pas un. Il s’agissait en fait d’un être humain de petite taille et de sexe féminin, qui semblait apparemment hésiter avant d’entreprendre une nouvelle tentative de jeu du sous-marin.

Après avoir enlevé mon casque de walkman pour demander à la donzelle si elle avait besoin d’aide et enlevé mon manteau pour me préparer au plongeon, mon cerveau embrumé se rendit finalement à l’évidence: cette jeune fille n’était pas tombée malencontreusement dans l’étang … et elle n’avait pas l’air non plus fermement décidée à poursuivre ses expériences aquatiques: je n’eus qu’à tendre les bras vers elle pour qu’elle se dirige vers la berge, où nous fumes bientôt assis.

J’entamai un très bon extrait du Comment remonter le moral d’un suicidaire qui vient de se louper pour les Nuls, pour me rendre compte que la principale intéressée n’y comprenait goutte. « No Entiende », ajouta-t-elle d’ailleurs. L’anglais n’ayant pas mieux marché et mes questions concernant une amie ou des parents chez qui je pourrais l’amener (en espagnol plus qu’approximatif) n’ayant pas donné de résultats probants, je me résolus donc à l’accompagner au service d’urgence le plus proche, surtout que, malgré mon manteau, la belle, trempée jusqu’aux os, tremblait de froid. Le trajet n’aura pas amélioré mon opinion sur l’être humain moyen : entre les filles, qui me regardaient comme si j’étais un sale con de satyre (« qu’est-ce que ce salopard lui a fait pour la mettre dans cet état! ») et les mecs, qui la regardaient d’un air méprisant vu ses vêtements trempés et souillés d’herbe et de vase, je disposais d’un brillant échantillon de connerie humaine à l’oeuvre.

Bref, plus de peur que de mal pour la jeune fille – qui aurait de toute façon probablement renoncé d’elle-même si je n’étais pas passé par là. Par contre, une grosse déception pour moi. En effet, j’ai souvent fantasmé, principalement lorsque j’étais moi-même très déprimé, pouvoir sauver une vie en donnant la mienne, du genre « je plonge pour sauver l’enfant qui va se faire renverser par une voiture ». Eh bien le statut de chevalier servant est totalement surfait ! Non seulement j’ai passé une demi-heure à être mal à l’aise et à avoir l’impression d’être Goliath (cette jeune hispanique devait faire 1m50 au maximum), mais en plus, je me sens plutôt sale, comme si j’avais commis un acte peu recommandable. Pourtant, la doctoresse du service des urgences, elle, s’est montrée plutôt gentille (c’est bien la seule dans cette histoire, d’ailleurs). Enfin, mes illusions se sont envolées, et je sais maintenant pourquoi le monde manque de héros.

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1 commentaire

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Une réponse à “Plume : We don’t need another hero

  1. c’est tristement beau, et vrai tout autant pour l’héroïsme un peu loupé du monde

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