Ballet de sorcières (Fritz Leiber)

Ballet de sorcières (titre original : Conjure Wife), de Fritz LEIBER
Mary ROSENTHAL (traducteur), Atelier Pascal VERCKEN (couverture)
Le Masque Fantastique n° 7 (LIBRAIRIE DES CHAMPS-ELYSEES) ISBN : 978-2-7024-0514-7

Quatrième de couverture

Regardez votre femme … ou celle d’un autre. Maintenant imaginez-la en sorcière. Imaginez que toutes les femmes sont des sorcières et que les hommes ne font que se soumettre à leurs charmes … non, pas ceux-là … Des charmes, sorts, conjurations et envoûtements non dénués de danger. Incroyable ? C’était aussi l’avis de Norman Saylor lorsqu’il apprit que sa femme pratiquait la sorcellerie. Il l’obligea à y renoncer. Et l’enfer se déchaîna. L’enfer ? Oui. L’enfer !

la carrière de Norman Saylor, dont la réputation repose en grande partie sur l’étude des analogies entre les superstitions primitives et les névroses modernes, semble sur le point de prendre un tournant capital. Ce n’est plus qu’une question de jours : la chaire de sociologie lui tend les bras. L’affaire est d’importance, car Norman a connu bien des difficultés afin de se faire accepter au sein du monde clos de la petite université où il travaille. Mais grâce à son épouse Tansy, il a réussi à se faire peu à peu une place dans un milieu où ce sont les femmes qui mènent la boutique.

On ne devrait jamais fouiller dans les affaires de sa femme.

C’est un irrespectueux manque de confiance, indigne d’un gentleman et, surtout, cela pourrait bien mettre en lumière des choses que l’on aurait préféré continuer à ignorer, des choses qui peuvent bouleverser toute une existence: Norman découvre avec stupéfaction que sa femme pratique la sorcellerie à son insu. A ceci s’ajoute la découverte que toutes les femmes sont des sorcières. D’abord, il rejette le phénomène et convainc son épouse d’abandonner ces pratiques que sa raison réprouve. Puis, le doute s’introduit dans son esprit, renforcés par des faits qu’il aurait considéré comme anodins sans cette connaissance qu’il a obtenue par hasard. Le malaise s’installe, fait son nid à son domicile et à son travail et finalement éclate au grand jour, bouleversant sa routine bien ordonnée.

Une métaphore sur les femmes et leur jardin secret ?

Ballet de sorcières a le charme suranné de ces récits classiques des années 1950, mais dans lequel Fritz Leiber fait preuve d’une ouverture d’esprit peu caractéristique de cette époque.

Admettons avec lui, avec toutes les réserves qui s’imposent, que les hommes sont censés fonctionner selon la logique et les femmes d’une manière plus intuitive. Poussant le raisonnement un peu plus loin, nous nous retrouvons avec un Ballet de sorcières dans lequel le rationnel et l’irrationnel s’opposent à travers le héros, un scientifique, et les femmes de l’université de Hempnell, dominant et manipulant plus ou moins discrètement leurs époux. Croire en la magie, c’est laisser l’imagination l’emporter sur la réalité objective, ne pas y croire, c’est penser que le hasard est par nature une nécessité mathématique et inéluctable qui découle des faits. Le résultat est-il le même ? Pour ce que nous en savons, c’est peut-être une double vision du monde nécessaire à l’être humain et à défaut d’être prouvée, elle peut aider à vivre avec plus de sérénité. Pourtant, interpréter les faits et laisser vagabonder son imagination n’est pas sans comporter quelques dangers, que Fritz Leiber nous rappelle avec brio dans ce roman que l’on pourra lire ou relire avec grand profit.

La magie est une science pratique. Il y a une différence énorme entre une formule de physique et une formule magique, bien qu’elles portent le même nom. La première décrit, en brefs symboles mathématiques, des relations générales de cause à effet. Mais, une formule magique est une façon d’obtenir ou d’accomplir quelque chose. Elle prend toujours en considération la motivation ou le désir de la personne invoquant la formule : avidité, amour, vengeance ou autres. Tandis que l’expérience de physique est essentiellement indépendante de l’expérimentateur. En bref, il n’y a pas, ou presque pas, de magie pure comparable à la science pure.

Le point de départ est simple et les éléments du récit s’enchaînent sobrement sans effusion pyrotechnique poussant la logique fictive introduite par Leiber jusqu’à son terme. Leiber a l’habileté d’introduire l’extraordinaire insidieusement dans un univers observé avec le plus grand réalisme, et de laisser jusqu’au bout le doute entre deux explications (ici, psychanalytique et occulte).

Il sera intéressant pour les cinéphiles de noter qu’une très bonne adaptation, scénarisée par Charles Beaumont et Richard Matheson, est sortie en 1962 sous le titre de « Night of the eagle » et dont le titre français est identique à celui du livre d’Abraham Merrit, « Brûle, sorcière, brûle ! »

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